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Auteur : Jean Chalon
Date de saisie : 06/12/2007
Genre : Biographies, mémoires, correspondances...
Editeur : Pocket, Paris, France
Collection : Pocket. Best, n° 12246
Prix : 6.70 € / 43.95 F
ISBN : 978-2-266-14372-1
GENCOD : 9782266143721
Sorti le : 06/12/2007
De sa naissance à Saint-Sauveur-en-Puysaye, en 1873, à sa mort à Paris, en 1954, Colette n'a cessé d'apprendre. À regarder le monde, à écrire, à éviter les pièges de la politique et de la mondanité, à partager «ces plaisirs que l'on nomme, à la légère, physiques».
Car l'auteur de Chéri et Gigi, qui passe pour une femme libre, est asservie et contente de l'être à l'amour et à la beauté. Cette parfaite épicurienne sait en jouir comme personne et, quand vient le temps de souffrir, elle se change en stoïcienne exemplaire, apprenant à supporter d'insupportables souffrances. Et c'est ainsi que l'éternelle apprentie devient un maître !
Jean Chalon
Egalement chez Pocket : Le lumineux destin d'Alexandra David-Néel et Chère Marie-Antoinette.
La naissance du «soleil en or»
(23 janvier 1873)
Éternelle apprentie, Colette essaye, sa vie durant, de transformer ses prisons éphémères en paradis provisoires. L'art qui consiste à changer une prison en paradis, c'est précisément celui qu'elle enseigne à travers son oeuvre où se reflète souvent son existence.
Pour accomplir cette métamorphose, point de magie, ni de mystère. Colette a simplement suivi l'évidence de ses sens, ou de son bon sens. Elle aurait pu faire sien l'hommage que Marguerite Yourcenar avait adressé à Natalie Barney, «Je vous ai particulièrement su gré d'avoir échappé aux grippes intellectuelles de ce demi-siècle, d'en avoir été ni psychanalysée, ni existentialiste, ni occupée d'accomplir des actes gratuits, mais d'être au contraire restée fidèle à l'évidence de votre esprit, de vos sens, voire de votre bon sens».
Cette soumission à de telles évidences, Colette semble l'avoir reçue en héritage de sa mère, Adèle-Eugénie-Sidonie Landoy, Sido pour les intimes, et cela, dès sa naissance, le 23 janvier 1873, vers dix heures du soir, à Saint-Sauveur en Puisaye, dans le département de l'Yonne. L'accouchement qui a duré «près de quarante-huit heures» a été tellement laborieux que l'on s'occupe plus de la mère que de l'enfant qui naît, «à demi étouffée», mais manifeste déjà «une volonté personnelle de vivre, et même de vivre longtemps».
Il fait tellement froid que l'on attendra une température plus clémente pour baptiser, le 11 avril, la nouvelle-née qui reçoit le prénom de Gabrielle, et celui de Sidonie. Elle a pour parrain et marraine le colonel Louis Desandré et son épouse. Baptême de pure forme : les Colette ne croient ni en Dieu, ni au Diable. Mais il faut bien, de temps en temps, sacrifier aux usages et satisfaire l'opinion publique que ce baptême tardif choque.
Dans les familles bien-pensantes, le baptême s'effectuait dans les quarante-huit heures qui suivaient la naissance, ou, au plus tard, huit jours après. Ce délai de deux mois scandalise Saint-Sauveur-en-Puisaye, comme l'a scandalisé la grossesse tardive de Sido. Être mère à trente-cinq ans est un défi aux convenances qui ont puisé un regain de puissance dans la chute du second Empire.
Les désastres de 1870 ont mis fin à ces licences dont on trouve l'écho dans les opérettes d'Offenbach. Vénus ne fait plus cascader la vertu de la Belle Hélène qui s'est acheté une conduite. La déesse de la volupté est détrônée par la déesse de la raison. Les bonnes oeuvres remplacent les liaisons dangereuses. C'est le triomphe de M. Thiers et de M. Homais. Les représentants de la IIIe République se doivent de donner l'exemple et de montrer le droit chemin, celui qui conduit à la prospérité et au progrès.
Prospérité et progrès sont les nouvelles idoles de la France qui, encore une fois, montre qu'elle est un phénix éternellement capable de renaître de ses cendres. Les incendies allumés par la Commune ne sont qu'un mauvais souvenir. Comme leurs contemporains, M. et Mme Colette ont foi en l'avenir et espèrent que leur petite Gabrielle ignorera les horreurs de la guerre.
Ces horreurs-là, le père de Gabrielle, Jules Colette, ne les connaît que trop. Né le 26 septembre 1829 au Mourillon, près de Toulon, il est le fils de Jean-Joseph Colette, capitaine d'armes, et de Marie-Adélaïde Funel. Voué à la carrière militaire, il entre à Saint-Cyr et en sort avec le grade de sous-lieutenant. Indiscipliné, il va faire oublier ses incartades en Algérie qu'il quitte pour la Crimée. Blessé à la bataille de l'Aima, il est promu lieutenant, puis capitaine en 1855. En 1859, il participe à la guerre d'Italie. Blessé à nouveau, il est amputé de la jambe gauche et mis à la retraite.
Cette précoce retraite à trente ans est adoucie par sa nomination, en 1860, comme percepteur à Saint-Sauveur-en-Puisaye où il rencontre Sido qui est alors l'épouse de Jules Robineau-Duclos.
Sido est née le 12 août 1835 à Paris. Elle est la fille de Sophie Chatenay et de Henry Landoy. Ce Landoy est un mulâtre, un négociant en café, cacao et autres denrées exotiques, un expert en séductions diverses. À la mort de Sophie le 2 octobre 1835, Sido est mise en nourrice dans l'Yonne, à Mézilles. Quand Henry meurt à son tour, le 17 janvier 1854, Sido est recueillie par ses frères, Eugène et Paul. Elle doit son éducation à Eugène qui a débuté comme rédacteur au Figaro et qui, ensuite, à Bruxelles, a fait une belle carrière dans le journalisme et dans l'édition.
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