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Auteur : Jean-Luc Maxence
Date de saisie : 05/01/2008
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Rocher, Monaco, France
Collection : Littérature
Prix : 15.00 € / 98.39 F
ISBN : 978-2-268-06406-2
GENCOD : 9782268064062
Sorti le : 03/01/2008
Guerres, tsunamis, pandémies, injustices sociales... D'où vient la série de malheurs qui ne cessent de s'abattre sur l'humanité au fil de l'Histoire ? De l'âme individuelle ou de l'inconscient collectif ? C'est la question vertigineuse que pose l'étrange visiteur du soir qui pénètre soudain dans le cabinet du psychanalyste des profondeurs, le Vingt et unième siècle, sous les traits d'un jeune homme qui ne croit plus en rien. Ni Dieu ni aucun philosophe ne parviennent plus à le réconforter ni à l'éclairer sur la finalité du monde.
Or, le Vingt et unième siècle n'est pas un personnage allégorique. Le mal du siècle se noue au coeur d'un drame intime et terrifiant, qui vient perpétuer le massacre des Innocents à travers le viol et la honte. Comment alors retrouver un sens à la vie quand on est précisément la part d'ombre refoulée du monde ? Dans ce roman poétique, Un pèlerin d'Éros, Faust postmoderne, nous tend le miroir du monde et dévoile le chemin mystérieux qui mène à l'harmonie retrouvée entre l'homme et l'univers.
Jean-Luc Maxence, né en 1946 à Paris, écrivain, fondateur d'un laboratoire d'édition poétique, Le Nouvel Athanor, et d'une revue littéraire, Les Cahiers du sens, est l'auteur d'une trentaine d'ouvrages (parmi lesquels, récemment, un essai sur Jean Grosjean chez Seghers, et un autre sur C. G. Jung, chez Dervy).
Le vingt et unième siècle, sous les traits d'un jeune homme, entre dans le cabinet du psychanalyste des profondeurs. Premier dialogue à bâtons rompus avant la décision d'engager une cure de longue haleine. De quoi souffre cet insolent et insolite patient en habit d'Arlequin ? Que peut lui répondre l'analyste sous l'oeil tantôt goguenard, tantôt grave, d'un portrait de C. G. Jung accroché au-dessus du divan ? Quelle nouvelle philosophie pour un siècle nouveau ?
Un sentiment étrange de rêve éveillé m'habite. Je pressens que quelque chose va advenir mais je ne sais pas quoi, qui ou qu'est-ce. Peut-être quelqu'un va-t-il se faire connaître ? Ou quelque chose comme un spectacle inattendu, une scène de vie imprévue, un bouleversement, un changement possible ? Peut-être un attentat dans ma tête ? Une voiture piégée ? Un 11-Septembre ? Ou l'écroulement d'un mur de Berlin ou d'ailleurs ? Bref, l'illustration concrète d'un retour de bâton, du passage naturellement pas sage d'un cycle à l'autre.
J'attends. Et, pour l'instant du moins, rien ne bouge. Ne se fait entendre. Pas la moindre brise de l'âme. Seulement le temps qui passe et la vieille horloge de l'entrée qui, discrètement, l'atteste. C'est bien cela le Chronos, mon petit, contre lequel chacun se cogne. La course sans fin de l'aiguille de ta montre. Le chronomètre des records inutiles. La mort annoncée, petit à petit, à petit feu. Le temps. Pour le Kairos, le pied de l'instant, il n'est pas à l'ordre de l'heure. J'attends l'inattendu. Je le pressens. Une vague crainte m'envahit. Un trac ?
La pièce aux murs blancs où je me tiens debout m'est pourtant coutumière. En fermant les yeux, de mémoire, je peux la décrire dans ses moindres recoins. La visualiser. C'est bien là que je reçois mes patients et patientes. Dans cette neutralité d'hôpital pas très bienveillante au premier abord. Vertigineuse ?
Mais il est des matins tristes où je me sens fatigué de tendre l'oreille de l'entendement au moindre quidam venu. Je préférerais parfois jouer les professeurs, architecturer de savants exposés pour comprendre le cosmos devant des étudiants aux aguets des moindres battements de coeur de l'invisible. J'éprouve l'envie d'écrire. Pourquoi ne pas entamer un essai sur les interrogations fondamentales ?
Je rêve de métaphysique, de rapprochement entre tous les savoirs établis. Je suis las, vraiment, de toutes ces manifestations individuelles exprimant de problématiques états d'âme particuliers.
Si j'étais un philosophe, tous les pourquoi et les comment n'auraient plus qu'à mal se tenir. Je hais les métaphores inhabitées.
On sonne. Trois coups, comme au théâtre. Alors je pense furtivement aux gongs du zazen, le vendredi matin, quand Jean-Marc ouvre la méditation dans l'ombre préservée de la salle de danse qui, à Neuilly, nous sert de dojo. Et je maintiens ma posture assise coûte que coûte, comme un grand. Toutefois, il n'est pas temps de se prendre pour un bouddhiste éclairé du dedans. On sonne. On insiste. Il faut ouvrir. Le nirvana devra attendre.
Ouverture, ouverture, de quelle blessure parles-tu ? N'est-ce pas mon métier de pousser sans cesse une porte intérieure, puis une autre, puis une troisième, puis toutes les autres jusqu'au dernier souffle, jusqu'à la mort de tout désordre et de toute colère ?
De toute façon, l'inconnu fait peur. Je porte en moi toute la frayeur du siècle véhiculée par le langage. À qui avouerais-je une telle phrase, romantique à souhait ? Le vieux crucifix de mon enfance me regarde, dans le réfectoire des solitudes, et le delta lumineux et le soleil et la lune de mon âge d'homme, dans le Grand Temple de tant de frères hypothétiques.
Il vaut mieux faire quelques pas et ouvrir. Je m'exécute. Façon de parler, bien entendu.
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