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Auteur : André Velter
Date de saisie : 27/09/2007
Genre : Poésie
Editeur : Gallimard, Paris, France
Collection : Blanche
Prix : 14.00 € / 91.83 F
ISBN : 978-2-07-078619-0
GENCOD : 9782070786190
Sorti le : 27/09/2007
La poésie trouve ici une unité de lieu : l'altitude. Celle du Tibet et de l'Himalaya. Celle de ce Toit du Monde qui ne recouvre rien mais donne sur le ciel dans une autre lumière. Le Haut-Pays est le troisième pôle de la terre : là où les boussoles s'essoufflent et perdent leurs repères, là où s'ébauche un réel aimanté.
Ce qui s'éprouve alors, c'est l'expérience du lointain et du proche, de l'infini, de l'infime, de la plénitude et du manque. Il y a tout ensemble le jeu des muscles, l'ivresse des visions, le silence, la solitude, la montée des mots ou des chants. Il y a aussi comme une traque fervente qui s'exalte, s'irrite, s'émerveille de son propre mouvement.
Il va sans dire que ce parcours n'est pas celui d'un dévot. La rencontre avec le bouddhisme tibétain intervient d'abord et tout naturellement dans le sens de la marche : c'est une approche physique, pas un acte de piété, même si la traversée du Tsangpo mène à Samyé, le monastère des origines.
Poème et polyphonie à la suite, ce livre n'accueille en effet que des ascèses toniques où le corps est en fête et l'esprit des plus libres.
A. V.
Poète, essayiste, homme de radio, voyageur, André Velter est né en 1945 dans les Ardennes. Il a notamment publié Aisha (avec Serge Sautreau), L'Arbre-Seul, Du Gange à Zanzibar, Zingaro suite équestre, La vie en dansant, L'amour extrême et autres poèmes pour Chantai Mauduit, Au Cabaret de l'éphémère, Midi à toutes les portes.
De très loin monte l'oubli, de très loin ce qui parle d'or pur, de foudre, de diamant. Etre et ne pas être, il n'y a pas de question. Le destin passe pour un rêve d'étoile, la mort pour un changement de cap au jeu des éléments. Le monde a de la chair enfin, du souffle, un bestiaire et des cris. À la fois plus de sang et de sens, une complicité matérielle qui allie l'air et l'éther, l'eau, la terre, le feu. Alors le ciel libère l'autre couleur du voyage, comme si le silence, l'absence, l'altitude entraient dans le champ de la vision.
L'Himalaya n'appartient pas au commun du chaos. Surgi de l'au-delà de l'ombre, ultime ivresse du magma, il aspire à la transparence, dans l'exaltation du soleil et des glaces. Sa lumière crée l'infini, sa pureté terrifie ou transfigure, il mêle l'obsession inhumaine du désert et le défi des plénitudes. Il est mystère, miracle, miroir. Il est, plus fortement que l'éternité.
En ce séjour des neiges, l'harmonie rejoint la réalité portée à blanc. Sacrilège semble la vie, tout mouvement venu de l'éphémère. À la rigueur imagine-t-on un aigle, et seulement quand il plane. Les autres relèvent de l'impossible, des marges d'erreur qui improvisent : les autres, les hommes, les autres hommes.
Ce sont gens de hautes terres et de haut mutisme, gens de rocs, de rapides et de vents, gens d'horizons limpides, de nuits où s'éveiller, ce sont gens de vallées ocres, de pentes bleues, d'étendues vacillantes, ce sont ceux du Ladakh, Zanskar, Lahaul, Spiti, Khumbu, Sikkim, Bhoutan, ceux du Tibet, ceux des marches de Mongolie. Hors la loi habituelle des pesanteurs, ils peuplent ce qui ne devrait être que hanté, sillonnent cette part d'inaccessible où la nature se hausse jusqu'à l'imaginaire. Et ils ne sont pas tant sur cette immensité.
D'eux j'ai reçu le pain du vide, aliment des nerfs et du coeur. Aussi la soif qui désaltère. Et la vue qui efface le temps.
Ici, ravin, ermitage ou village, le premier oracle est un double, le premier cavalier un frère, le premier yak une autre folie : une incarnation au sang lourd qui vit avec panache sa destinée d'être mythologique.
Ici l'on ne décuple jamais trop ses bras pour étreindre l'univers, avant de douter et de rire d'une émotion si vaste.
Ici l'on passe d'une absence à une autre. Chaque étape est une île sur l'océan de la terre. Chaque soir s'éclaire d'un chant d'argile sèche.
Ici l'altitude n'est pas hautaine, elle a l'élévation naturelle, naïve, éblouie. Un rien l'illumine, elle connaît le silence, l'aile brisée de la nuit, le jour incendié. Le vertige ne l'impressionne pas. Elle en a fini des conseils de prudence, de l'imprudence revendiquée aussi : elle tombe à pic, sans plus. Elle aime l'évidence du vent et la voix de la voie.
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