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Auteur : José Saramago
Traducteur : Geneviève Leibrich
Date de saisie : 14/02/2008
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Seuil, Paris, France
Collection : Cadre vert
Prix : 20.00 € / 131.19 F
ISBN : 978-2-02-086399-5
GENCOD : 9782020863995
Sorti le : 10/01/2008
L'auteur imagine un pays où du jour au lendemain les gens ne meurent plus, et pensent accéder au plus fou des rêves : la vie éternelle !
Mais la désillusion est rapide, car le temps poursuit malgré tout son oeuvre. La perspective d'une vieillesse éternelle, faite de douleurs et de souffrances, déclenche chaos et désespoir. Pompes funèbres faisant faillite, fossoyeurs au chômage, hôpitaux surchargés, sans parler des maisons de retraite... : les familles finissent par désespérer de ne plus pouvoir se débarrasser de leurs anciens...
La mort va t-elle reprendre du service ?
Un roman ironique, mordant et intelligent.
Dans un pays sans nom, un événement extraordinaire plonge la population dans l'euphorie : plus personne ne meurt. Mais le temps, lui, poursuit son oeuvre, et l'immortalité, ce rêve de l'homme depuis que le monde est monde, se révèle n'être qu'une éternelle et douloureuse vieillesse. L'allégresse cède la place au désespoir et au chaos : les hôpitaux regorgent de malades en phase terminale, les familles ne peuvent plus faire face à l'interminable agonie de leurs aînés, les entreprises de pompes funèbres ferment, les compagnies d'assurance sont ruinées, l'État est menacé de faillite et l'Église de disparition, car sans mort il n'y a pas de résurrection et sans résurrection il n'y a pas d'Église. Chacun cherche alors la meilleure façon, ou la pire, de mettre fin au cauchemar de la vie éternelle, quitte à faire appel aux mafias, à passer des accords que la morale réprouve, ou à laisser la corruption gangrener la société.
Jusqu'au jour où la mort décide de reprendre du service...
José Saramago est né en 1922 à Azinhaga, au Portugal. Écrivain majeur de la littérature portugaise, son oeuvre est traduite dans le monde entier. Il a reçu en 1995 le prix Camõens, la plus haute distinction des lettres portugaises, et le prix Nobel de littérature en 1998.
Traduit du portugais par Geneviève Leibrich.
Comme à son habitude, c'est dans un pays imaginaire que le Prix Nobel portugais a choisi de placer son intrigue. Alors que les douze coups de minuit viennent de retentir, annonçant "l'an neuf", tout ce que compte le royaume en vieillards, accidentés et subclaquants (reine-mère comprise) sont maintenus au bord du trépas. En attendant que la mort daigne reprendre du service, la rumeur enfle à travers la population qui pavoise. Le rêve millénaire de l'humanité vient enfin de se réaliser...
Jusqu'ici sociale, politique et philosophique, la fable fantastique va basculer alors dans un singulier face-à-face intimiste et émouvant. Un combat entre Eros et Thanatos que livre avec maestria un romancier malicieux qui sait se jouer de tous les paradoxes pour célébrer magnifiquement la vie.
Roman social et politique ? Certes. Mais dans une seconde partie, Saramago bascule dans le récit fantasmagorique, en imaginant la rencontre entre la mort incarnée en une femme mystérieuse et un violoncelliste, une de ses victimes programmées. Tout rationalisme est subverti, la seule évidence devenant celle des fluides ou des chairs, des silences ou des dialogues. On ne dira rien d'autre de ce long face-à-face, si ce n'est qu'il est l'oeuvre d'un romancier virtuose qui sait composer d'étourdissantes symphonies humaines.
Un conte philosophique. Le dernier roman de José Saramago, l'écrivain portugais qui reçut en 1998 le prix Nobel de littérature, s'apparente à une fable...
Finalement, y a-t-il une autre solution pour les hommes que de mourir, un jour ? semble conclure l'écrivain avec l'acuité de son âge (il a 85 ans). De manière brutale, ou avec «préavis» pour mieux s'y préparer, comme l'envisage le second acte de la fable, cela reste à trancher. À moins que l'amour finisse par désarmer la mort...
Le lendemain, personne ne mourut. Ce fait, totalement contraire aux règles de la vie, causa dans les esprits un trouble considérable, à tous égards justifié, il suffira de rappeler que dans les quarante volumes de l'histoire universelle il n'est fait mention nulle part d'un pareil phénomène, pas même d'un cas unique à titre d'échantillon, qu'un jour entier se passe, avec chacune de ses généreuses vingt-quatre heures, diurnes et nocturnes, matutinales et vespérales, sans que ne se produise un décès dû à une maladie, à une chute mortelle, à un suicide mené à bonne fin, rien de rien, ce qui s'appelle rien. Pas même un de ces accidents d'automobile si fréquents les jours de fête, lorsqu'une irresponsabilité joyeuse et un excès d'alcool se défient mutuellement sur les routes pour décider qui réussira à arriver à la mort le premier. Le passage à une année nouvelle n'avait pas laissé dans son sillage l'habituelle traînée calamiteuse de trépas, comme si la vieille atropos à la denture dénudée avait décidé de rengainer ses ciseaux pendant une journée. Il y eut toutefois du sang, et pas qu'un peu. Effarés, perplexes, affolés, dominant à grand-peine leurs nausées, les pompiers dégagèrent de l'amalgame des débris de misérables corps humains qui, d'après la logique mathématique des collisions, auraient dû être morts et bien morts, mais qui, en dépit de la gravité des blessures et des traumatismes subis, étaient toujours vivants et donc transportés vers les hôpitaux au son déchirant des sirènes des ambulances. Aucun de ces blessés ne mourrait en chemin et tous démentiraient les pronostics médicaux les plus pessimistes, Ce pauvre diable est irrécupérable, l'opérer serait une perte de temps, disait le chirurgien à l'infirmière pendant que celle-ci lui ajustait un masque sur le visage. En réalité, peut-être le malheureux n'aurait-il pas pu être sauvé la veille, mais il était clair que la victime se refusait à trépasser aujourd'hui. Et ce qui se passait ici se passait dans l'ensemble du pays. Jusqu'à minuit très exactement du dernier jour de l'année, des gens acceptèrent encore de mourir dans le plus fidèle respect des règles, tant celles se rapportant au fond de la question, c'est-à-dire à la fin de la vie, que celles concernant les multiples modalités que revêt habituellement le fameux fond de la question avec plus ou moins de pompe et de solennité quand survient le moment fatal. Un cas intéressant pardessus tous les autres, évidemment en raison de la personne en cause, fut celui de la très vieille et très vénérable reine mère. À vingt-trois heures cinquante-neuf minutes de ce trente et un décembre, personne n'aurait eu la naïveté de parier une allumette usée sur la vie de la royale dame. Ayant abandonné tout espoir, les médecins s'étant rendus à l'évidence inexorable, la famille royale, disposée hiérarchiquement autour du lit, attendait avec résignation le dernier soupir de la matriarche, quelques mots brefs peut-être, une ultime sentence édifiante destinée à la formation morale des princes, ses petits-enfants bien-aimés, une jolie phrase bien tournée peut-être, à l'intention de la mémoire immanquablement ingrate de ses futurs sujets. Puis, comme si le temps s'était arrêté, il ne se passa rien. L'état de la reine mère ne s'améliora ni n'empira, il resta comme en suspens, le corps frêle oscillant à l'orée de la vie, menaçant à chaque instant de tomber de l'autre côté, mais rattaché à celui-ci par un fil ténu que la mort, car ce ne pouvait être qu'elle, continuait à retenir, par un étrange caprice. L'on était déjà passé à la journée suivante et ce jour-là, comme cela fut annoncé dès le commencement de ce récit, personne ne mourrait.
L'après-midi était déjà fort avancée quand commença à courir le bruit que depuis le début de l'an neuf, plus précisément depuis zéro heure de ce mois de janvier où nous nous trouvons, pas un seul décès n'avait été enregistré dans l'ensemble du pays. L'on pourrait penser, par exemple, que ce bruit tirait son origine de la réticence surprenante de la reine mère à renoncer au peu de vie qui lui restait encore, mais la vérité est que l'habituel bulletin médical distribué aux médias par le service de presse du palais non seulement certifiait que l'état général de la royale malade s'était visiblement amélioré pendant la nuit, mais encore suggérait, mais encore donnait à entendre, dans des mots soigneusement choisis, qu'un rétablissement complet de cette très auguste santé n'était pas impossible. Dans sa première manifestation, la rumeur aurait très bien pu émaner le plus naturellement du monde d'un établissement de pompes funèbres, Visiblement, personne ne semble disposé à mourir le premier jour de l'an, ou d'un hôpital, Le type dans le lit vingt-sept fait du surplace, ou du porte-parole de la police de la route, C'est un vrai mystère qu'avec tous ces accidents de la route il n'y ait pas au moins un mort pour servir d'exemple.
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