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Auteur : Pierre Pelot
Date de saisie : 09/01/2008
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Gallimard, Paris, France
Collection : Folio 2 euros, n° 4622
Prix : 2.00 € / 13.12 F
ISBN : 978-2-07-034086-6
GENCOD : 9782070340866
Sorti le : 04/10/2007
«Cinq-Six-Mouches avait décidé qu'il trouverait le nid du héron, ce qu'ils étaient tous apparemment incapables de faire dans la région, tous autant qu'ils étaient, tout juste bons à lever le nez et à s'exclamer quand le héron passait. Mais lui trouverait le nid.
Il le trouverait au bord d'un des étangs du pays des étangs, comme on découvre, dans les livres, les Mines du Roi Salomon ou la Vallée des Dinosaures, et il en reviendrait couvert de gloire pour avoir réussi ce que plus personne n'était capable d'accomplir.»
inédit
Il ne faut jamais croire les gens qui vous disent qu'il fera beau demain. Ce sont des menteurs pathétiques ou des illuminés, je ne veux pas penser une seconde qu'ils agissent par scélératesse.
Il ne faisait pas beau.
Déjà que toutes ces années passées s'étaient définitivement englouties au fond de quelque tourbillon nécessairement liquide, comme il en existe dans les noiretés de certains lacs, sournois, même pas visibles en surface.
Ce n'est pas tant qu'il ne faisait pas beau, mais surtout il pleuvait. Il pleuvait à la façon qu'il pleut ici - en un instant, presque à la seconde, je me suis souvenu. La pluie sur le paysage vert et gris, immuablement, exclusivement vert et gris, pour ne pas dire vert-de-gris. Les gris, en peinture, sont accessoires à toutes les couleurs, mais en l'occurrence, ici, c'est tout de même plus volontiers le gris et le vert, sur fond de brumes pendues comme des guenilles aux pentes de la montagne. Les fumées de l'humide qui remontent entre les cimes une fois l'averse désamorcée. «Regarde : les renards fument !» disait mon père. De cette phrase il me souvient toujours et, allez savoir pourquoi, en même temps, je revois ses yeux, et je retrouve à mes narines l'odeur de tabac et de sueur qui imprégnait la bande de cuir de sa casquette...
Il ne faisait donc pas beau. Moi, je m'étais attendu à des retrouvailles au grand soleil, dans la chaleur et les ors d'un de ces étés de là-bas, au meilleur bout de l'histoire, quand nous allions dans de vastes shorts et de lâches maillots de corps qui méchamment remettaient à leur place dans nos maigreurs préadolescentes les prétentions mensongères tarzanesques que nous ne craignions pas d'afficher.
Mais il pleuvait.
Je n'aurais jamais imaginé hier encore, ou il y a simplement un instant, que le présent puisse à ce point se révéler bancal, à ce point ne pas tenir debout.
Il n'y avait plus rien. C'est-à-dire d'autres choses. Je pensais revenir chez moi et j'arrivais tout simplement en ailleurs au terme d'un grand voyage - pas loin de la dernière gare. Même les montagnes qui cernaient l'endroit me sont parues fatiguées et comme tassées, frileuses sous la pluie, davantage voûtées, je ne sais pas comment le dire, différentes en tout cas.
Je suis allé à la maison, d'abord. Je ne pouvais ne pas aller à la maison, d'abord. C'est-à-dire... non seulement je le pouvais mais j'aurais dû sans doute ne pas commencer par cette extrémité du souvenir, sauf que mes pas m'ont amené là sans que vraiment je les commande et je me suis laissé porter en oubliant de réfléchir.
Je l'ai déjà noté ailleurs, à une époque reculée où j'écrivais encore à plaisir : la maison de l'Oncle Elian et de la Tante Irène avait tout pour séduire un enfant, sans aucun doute tout particulièrement l'enfant que j'étais et jusqu'à ce que des années additionnées par mégarde fassent de moi, dès avant la mort de mon père, une sorte de «mauvais» garçon hirsute et renfrogné éternellement vêtu de jeans et d'une sorte de ciré simulant au plus proche le blouson de cuir noir que je ne pouvais évidemment pas me payer.
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