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Auteur : Christoph Ransmayr
Traducteur : Bernard Kreiss
Date de saisie : 19/07/2008
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Albin Michel, Paris, France
Collection : Grandes traductions
Prix : 20.90 € / 137.10 F
ISBN : 978-2-226-18206-7
GENCOD : 9782226182067
Sorti le : 03/01/2008
Publié par Albin Michel en janvier 2008, ce récit nous emmène dans les hautes altitudes où la poésie et le rêve peuvent se déployer sans limites.
Deux frères irlandais Pad et Liam, aussi proches et différents que peuvent l'être les membres d'une même famille, rejoignent le Tibet oriental pour gravir PHUR-RI, la montagne volante, montagne éphémère qui n'apparaît qu'à de brefs intervalles entre la fin de l'hiver et le début de la mousson. D'après une légende tibétaine, transmise par les pasteurs du Kham qui sillonnent les hauts plateaux à la suite de leur troupeaux de yacks, les montagnes déposées par les dieux ne resteront pas toujours dans le monde des humains mais s'envoleront de nouveau dans les airs et disparaîtront comme elles sont venues.
Ces montagnes qui ont volé au secours des hommes quand ceux-ci ont commencé à se redresser de la position animal pour lever la tête et le regard vers le haut, les deux frères réaliseront leur rêve ; l'un y laissera la vie après avoir sauvé celle de l'autre.
Une longue et lente mélopée contemplative, rendue par une prose rythmée musicale et nostalgique, un long poème non versifié, une phrase " flottante " englobant tout (pensées, dialogues, descriptions) et cela coule et s'amplifie comme le Yang Tse, minuscule ruisseau à sa source tibétaine et fleuve gigantesque à son embouchure chinoise.
Avec en toile de fond cette vision orientale d'une nature habitée, secrète et mystérieuse, où tous, humains, animaux, végétaux et minéraux sont solidaires.
Et cette idée que tout revient toujours à sa source pour commencer à nouveau.
Avec la montagne volante, Christoph Ransmayr rejoint les grands visionnaires de la montaigne.
Alexandre David Néel et le voyage d'une parisienne à Lhassa - René Daumal et le mont analogue - Thomas Mann et la montagne magique - Yasushi Inoué et la paroi de glace - Jiro Tanigushi et le sommet des dieux - Ramuz et la grande peur dans la montagne, sans oublier son compagnon et ami Reinhold Messner... une belle photo de famille.
Porté par une langue d'une très grande beauté, à la fois poétique et précise, investi d'un impressionnant pouvoir d'évocation, le nouveau roman du grand écrivain autrichien Christoph Ransmayr relève du chef-d'oeuvre littéraire.
Nostalgiques " d'un lieu immuable sous un ciel immuable ", deux frères, très dissemblables et pourtant profondément liés, quittent l'Irlande pour le Tibet oriental. Ils ont pour but d'escalader le mont Phur-Ri, un des derniers espaces inexplorés du monde, minuscule tache blanche sur les cartes géographiques. Mais cette " montagne volante ", comme l'appellent les nomades khampas, est, selon la légende, éphémère...
Obsédés par leur quête, Pad et Liam se lancent dans une expédition périlleuse qui va les acheminer à la rencontre d'eux-mêmes, de leurs illusions, de l'amour et de la mort.
Oui, le mot roman est bien écrit sur la couverture. Pourtant, dès qu'on ouvre le livre, le regard tombe sur des lignes disposées comme des vers. Ransmayr nous avertit dans un bref avant-propos : un "malentendu s'est fait jour ici et là, qui veut que tout texte constitué de phrases flottantes, donc de lignes d'inégale longueur, relève de la poésie. C'est faux. La phrase flottante - ou mieux : la phrase volante - est libre et n'appartient pas seulement aux poètes". Le pari de renouer avec la tradition de l'épopée est osé mais d'emblée réussi : on entre dans ce récit sans la moindre impression d'artifice ou d'archaïsme, et la traduction française de Bernard Kreiss y est ici pour beaucoup...
Christoph Ransmayr, né en 1954, est surtout connu pour son premier roman : Les Effrois de la glace et des ténèbres (Maren Sell, 1989). Il a eu moins de succès avec Le Syndrome de Kitahara (Albin Michel, 1997). Mais il faut lui savoir gré de ne jamais écrire dans le sillage de ses précédents ouvrages, même si chacun nous entraîne dans une odyssée. Il a mis onze ans à écrire celui-ci, période entrecoupée de longs voyages. Il connaît tous les lieux dont il parle, il y a vécu, et la magie de ce roman vient en partie de la relation verticale et cadencée, tantôt contemplative, tantôt hallucinée, que l'auteur instaure entre la mer et la montagne, les abysses et les abîmes, les ressacs et les crevasses.
Pour emmener son lecteur sur les cimes, Christoph Ransmayr a choisi la voie la plus escarpée : un roman en vers. Et ça marche !...
Et puis, dès les premières lignes, «Je mourus/à 6 840 mètres au-dessus du niveau de la mer/le quatre mai de l'année du Cheval», on est ensorcelé par la fluidité poétique du texte. On finira par dévorer cette montagne de vers non rimés. «La phrase flottante [...] est libre et n'appartient pas seulement aux poètes», revendique Ransmayr dans un bref préambule.
Christoph Ransmayr revisite les mythologies germaniques à travers une rhapsodie himalayenne : «La montagne volante»...
La première ruse du livre fait son défi : rédiger toute l'histoire en strophes, sous la forme d'un long poème séquencé en dix-huit chants épiques. A l'instar de la montagne que les personnages gravissent, la phrase se fait volante, à la fois aérienne et estampée : il y a des monts immaculés que des pieds foulent et des pages blanches que les signes maculent. L'écriture comme alpinisme ? De l'Irlande au Tibet, on passe des courbes géodésiques dessinées sur les écrans des ordinateurs à la réalité des sommets de feu blanc, comme si l'univers de MySpace ouvrait sur celui de Hölderlin. Curieuse sensation, à la lecture, d'essuyer des cristaux de givre sur les tablettes d'un barde télématique. Dans ses romans, Ransmayr décrit toujours des mutations en rapport avec une expérience. Ici, l'ascension des à-pics tibétains joue comme une remontée dans le temps : on éprouve des états archaïques multipliés selon la loi d'un livre d'arcanes, d'un codex des mystères.
Construit en strophes d'inégales longueurs, de rythmes lancinants et de mots drus, son étonnant roman est tout ensemble histoires de fratrie, de politique (en miroir, les destins tourmentés de l'Irlande et du Tibet), de civilisation (les conquêtes d'Internet sous le regard du bouddhisme), de philosophie et de sexualité. Une espèce de livre de sagesse, sans prêchi-prêcha : rien qu'une langue sonore, matérielle, pour dire les arrachements obligés...
Car Ransmayr, contrairement à ses illustres confrères, croit à l'amour. Et au pardon. Il en faut quand on doit, tel son héros, tuer ce qu'on a de plus cher pour survivre. La Montagne volante a la puissante attraction des grands mythes.
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