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Auteur : Antonin Varenne
Date de saisie : 11/01/2008
Genre : Policiers
Editeur : Toute latitude, Paris, France
Collection : Intrigues
Prix : 19.90 € / 130.54 F
ISBN : 978-2-35282-015-4
GENCOD : 9782352820154
Sorti le : 22/01/2008
«Je me suis arrêté sur un banc pour faire manger le Petit, au bord d'un canal avec de l'eau verte que tu te demandes bien ce qu'il y a dedans. Le petit a pas voulu de la purée de légumes. Il a pas crié ni rien, mais y faisait la gueule et y voulait pas kreillav. Je me suis demandé comme ça si les mômes de six mois pouvaient faire une grève de la faim quand on leur tue leur maman. Il voulait rien avaler. Alors je me suis remis à marcher en remontant le sens du courant, avec mes fesses qui me faisaient mal au destin. C'était presque le soir et je savais plus trop comment retourner au café.
Au bord du canal, quand j'ai continué à marcher, je suis tombé sur un campement.
Cousine, un signe comme ça, tout le monde pourrait le voir.»
Depuis qu'une rafale de chevrotine lui a dessiné au plomb sa bonne étoile sur les fesses, tout fout le camp dans la vie de Nino Valentine. Une voiture en flammes, une dent pourrie, un bébé rouquin... Traqué par toutes les polices et dépassé par les événements, le beau manouche se concentre sur l'essentiel : survivre. Un poète raté, un flic obèse et des putes insoumises : autant de nouveaux venus dans sa vie, parsemée de coups de feu et de couches-culottes.
Envoyé comme une bouteille à la mer depuis les États-Unis par e-mail, le premier roman d'Antonin Varenne, Le fruit de vos entrailles (traduit en plusieurs langues) a atterri en octobre 2006 comme un OVNI dans le paysage mouvant du polar français.
Repéré par tous les acteurs du monde du polar et sélectionné au Prix Polar Cognac 2007, l'auteur récidive avec ce deuxième roman.
La plume cette fois trempée dans la culture gitane, le sous-sol du Quai des Orfèvres et la vulgarité people ambiante, il nous livre un polar grinçant, bourré d'humour et non dépourvu de tendresse.
Déjà paru aux Éditions Toute Latitude
Le fruit de vos entrailles
Antonin Varenne
PREMIÈRE COUCHE
Moutons, betteraves et tapins
Faut que je te raconte cette histoire Cousine, tout comme c'est arrivé, parce que j'en peux plus de parler tout seul. Je te jure que c'est la vérité, mais tu me crois que si tu veux, parce que je t'aime.
Je te dis, de toute façon, ça avait mal commencé.
Marco, qu'est pas futé depuis tout jeune, il s'y prenait comme un pied. Au lieu de choper les bêtes par le cou, y se marrait et y faisait la brouette avec les pattes arrière. Les moutons se sont mis à brailler tout ce qu'ils pouvaient. On n'avait pas fini d'embarquer le deuxième que la chevrotine a volé dans la bergerie, un vrai champ de foire. J'ai pris une bête sur mon dos et je me suis jeté à l'arrière de la camionnette. Des torches s'agitaient dans tous les sens, ça sifflait de partout. Toute la ferme était sur nous. Marco a démarré parce qu'au moins y sait conduire, et on s'est tirés sans demander la TVA.
En reprenant mon souffle j'ai remarqué comme ça que le mouton, sur mon dos, y bougeait plus. Le patte-à-glue avait achevé son bien à la chevrotine : la pauvre bête m'avait sauvé la vie ! J'avais juste quelques plombs dans le cul.
Cousine, quand ça a commencé j'étais dans la viande si tu veux savoir.
Grand-père Gino y dit toujours : nous on n'a pas eu Israël, alors on se débrouille comme on peut ; et d'ailleurs, on n'en veut pas de leur connerie de pays. Chante petit.
On est rentrés au camp retrouver la Branche. La darone était pas aux anges. Chez nous on n'appelle pas le toubib, pas qu'on peut pas le payer, mais parce que les docteurs y connaissent rien à nos problèmes, ni comment on les attrape, ni comment on les soigne. C'est la mère qui soigne, surtout mes fesses. Si je m'en sors, elle m'excommunie, si je meurs, elle va tuer le paysan. Le plomb était pas rentré bien loin mais j'allais chier des spaghettis quelques jours. La mère, qui lit dans les cartes et le ciel, elle était toute retournée. Elle a dit comme ça, en sortant les plombs de ma chair meurtrie, qu'ils avaient dessiné des étoiles sur mon cul, la constellation des Gémeaux et que c'était un signe. Elle a dit que Castor et Pollux étaient comme Abel et Caïn, des frères issus du malheur et que j'allais devenir fou entre les ténèbres et la lumière, des tas de trucs comme ça. Elle a parlé d'enfants, de la bête qui dormait en moi, de la connerie que j'avais héritée de mon défunt père et que tout recommençait. Moi je m'y fie pas entièrement aux histoires d'étoiles et de cartes, et tous ces mecs je les connaissais pas. Mais je me suis dis comme ça, bon, ben on verra. J'ai vu, Cousine.
À ce moment-là il aurait fallu changer les portières de la camionnette, qu'étaient pleines de trous ; peut-être même qu'il aurait fallu la revendre tout de suite et partir très loin. Mais voilà, dans deux jours c'était Pâques, et Pâques, dans la viande, figure-toi que c'est un jour important. Cinq moutons que j'avais de commandés pour le lendemain. Je te dis, un fils avec mes talents, c'est du gâchis de le laisser moisir dans ce trou à merde. Mais le grand-père y dit qu'on est plus tranquille à la campagne. Le grand-père il a un tatouage avec des numéros qui dit : traîne pas dans les villes, tu les vois pas venir. Alors on suit le tatouage. Tu parles, ici ils donneraient des juifs plus vite que leurs putains de coins à champignons. C'était un grand roi Gino. Mais comme il dit : le roi se retire à Versailles. Et Versailles, pour lui, c'est la Creuse. Cinq moutons pour demain. Ce con de Marco, il allait les dépecer tout seul les deux qu'on avait ramenés. Reste qu'il en manquait encore trois, et tout le monde palabrait dans la vardine comme quoi on était des bons à rien.
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