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Auteur : Christophe Paviot
Date de saisie : 14/01/2008
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Naïve, Paris, France
Collection : Naïve sessions
Prix : 12.00 € / 78.71 F
ISBN : 978-2-35021-141-1
GENCOD : 9782350211411
Sorti le : 04/01/2008
On pensait avoir tout lu, tout vu, tout écouté, sur le leader du groupe de rock le plus emblématique des ces vingt dernières années. Oh, il restait bien quelques demo tapes et quelques extraits de carnets intimes, exhumés avec parcimonie aux dates anniversaire par l'épouse du défunt - mais ce n'est pas ce qui nous importe. Car ce que nous livre Christophe Paviot, qui a manifestement plus vécu que conceptualisé le rock, est un ouvrage empreint d'une telle hargne qu'il mérite sa place parmi les (bons) livres consacrés à Nirvana. Il ne s'agit pas ici d'un documentaire sur la vie du groupe et de son guitariste/chanteur, mais plutôt d'une fiction réaliste, narrée du point de vue de Kurt Cobain. Là où le vacarme de cette âme poétesse était subtilement renversé par la mise en scène contemplative d'un Gus Van Sant (on se souvient du silencieux Last Days, autre fiction - mais en images - sur feu Cobain), l'écriture de Paviot prend le lecteur à la gorge, le plonge dans la sueur des concerts, les relents de bière et les montées d'héroïne, et ça tâche... Le récit détourne la carrière du groupe ; en se basant sur ce postulat étrange, selon lequel le groupe n'a réussi à signer de contrat pour aucun de ses albums, l'auteur enfonce encore le destin de Cobain dans un espèce de drame subversif, une eschatologie sombre dont on ressort avec les mains tremblantes et l'envie de casser une Fender sur scène.
Je suis peut-être qu'un putain de camé mais le président des États-Unis s'enfile lui aussi des pailles d'un dollar dans le nez. Ouais, plutôt des tickets de 100 dolls. Y a un autre truc que je sais aussi, c'est qu'en 1991 Nirvana est le meilleur groupe de punk rock au monde, meilleur que les Melvins et toute cette merde de Seattle, tous des suceurs de majors.
Avec ce roman, Christophe Paviot prend à rebours le destin du groupe Nirvana et opère une plongée hallucinée dans la cervelle de Kurt Cobain, son mythique leader. Les galères, la drogue, les concerts abrasifs et la rage, surtout la rage. Et puis la musique. Dans une langue âpre, au plus près des corps, l'écrivain parvient à redonner vie à Cobain et livre un récit en distorsions, face B anamorphosée d'une vie qu'il fait éclater en vol. D'où surgissent, entre autres, Novoselic, Grohl, un tatouage de cerf, de grandes dents, la scène alternative de Seattle, des cheveux sales et de la bière.
Une tragédie rock à l'ironie grinçante.
Christophe Paviot est né en 1967. A 40 ans, il a déjà connu plusieurs vies : il a failli devenir pompier comme son père, a travaillé comme docker dans le port de Valparaiso, au Chili, puis dans un élevage de crocodiles en Australie... Après pas mal d'autres péripéties, il devient dans les années 1990 créatif dans une grande agence de publicité parisienne. Il vit aujourd'hui entre Paris et la Bretagne. Cassé (Kurt Cobain) est son sixième livre après Les villes sont trop petites. Le ciel n'aime pas le bleu, Missiles Et souvenirs cardiaques (Le Serpent à plumes), Blonde abrasive et Devenir mort (Hachette Littératures).
Je suis peut-être qu'un putain de camé mais le président des Etats-Unis s'enfile lui aussi des pailles d'un dollar dans le nez. Ouais, plutôt des tickets de 100 dolls. Y a un autre truc que je sais aussi, c'est qu'en 1991 Nirvana est le meilleur groupe de punk rock au monde, meilleur que les Melvins et toute cette merde de Seattle, tous des suceurs de majors. Et moi je le dis, notre tour est venu, on va tout péter. Et l'autre con de Willie en face de moi qui me demande, qu'est-ce que t'en sais que vous allez tout péter ? Il me dit qu'à notre dernier concert y avait douze mecs dans la salle, douze mecs plus ma mère qu'a débarqué à la fin du truc pour m'offrir cette saloperie de tapis de douche à ventouses qui puait le caoutchouc. Alors excuse-moi, mec, mais ça sentait pas le succès mondial votre set. Voilà ce qu'il me balance ce crétin. Je le regarde en plein dans les yeux, deux petites peaux inertes pareilles que les valves sur les brassières des gosses à la piscine. Willie est là avec sa tête d'abruti en équilibre sur ce cou cisaillé de plis. Il est encore plus maigre que moi, la dope est dans la cage. Il repose sa bière en froissant la canette, il a l'air content du bruit que ça fait, toute sa puissance est là-dedans, pauvre chiotte, je sais pas ce qu'il a dans la tête. Je me demande ce qu'il pourrait faire d'autre à part tracter à la sortie des concerts. Ça marche toujours pour vendredi, Willie ? Tu tractes pour nous ? Chris a dessiné les nouveaux flyers, des purs flyers, il a trouvé une nouvelle combine, c'est une copine, elle s'occupe des photocops, ce coup-ci on en a fait 800, mec. 800, t'entends ça ? C'est la fille de chez Fedex ? Ouais, celle qui bosse dans les bureaux sur Union Street. Hey Kurt, c'est vrai que tu l'as baisée celle-là ? Je regarde Willie avec ses petits yeux de valves, cette ordure ne pense qu'à ça, le cul. Il me fout la gerbe. Pas question que je lui raconte l'histoire du cerf, et puis cette fille je l'ai pas basculée dans mon plumard, non c'est Chris qui se l'est faite. Chris m'avait répété pour le cerf tatoué au creux de ses reins, juste au-dessus du cul, en la baisant il pouvait pas s'empêcher de penser qu'il enculait un cerf. Un truc de tordu. Je préfère la fermer, l'autre me ferait chier avec ses questions. Une fille seule, assise au bar, se déhanche pour poser ses coudes sur le comptoir, la graisse de son dos se gonfle au-dessus de sa ceinture, un peu comme un jabot mais plus bas. Pas de tatouage de cerf chez elle. La bandoulière de son sac lui traverse les omoplates et lui dessine des plis sur son sweat rayé rouge et blanc. Elle regarde les verres empilés sur les étagères, les cadres qui effacent peu à peu le mur. Le plus grand, une imitation de gravure ancienne, représente une locomotive à vapeur surmontée d'un chapeau de cow-boy géant avec des vautours installés sur les poteaux télégraphiques au second plan. La fille se gratte le dos, devinant que je l'observe, elle se retourne, elle continue de se gratter en enfonçant sa main plus bas. Elle boit une Redhook, une bière locale fabriquée dans une de ces petites brasseries, les microbrews, c'est comme ça qu'on les appelle.
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