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Auteur : Pierre Pelot
Date de saisie : 19/02/2008
Genre : Essais littéraires
Editeur : NIL, Paris, France
Collection : Exquis d'écrivains
Prix : 12.00 € / 78.71 F
ISBN : 978-2-84111-359-0
GENCOD : 9782841113590
Sorti le : 03/01/2008
Ce petit livre régale au sens propre comme au sens figuré. Pierre Pelot y décline ses grands et petits bonheurs culinaires, dessinant une sorte d'autoportrait où se mêlent de brèves esquisses de l'enfance et des recettes brossées à grands traits.
Curieux mélange des genres, curieuses associations de mets, parfois. Orties, tartines ou rouleaux de printemps servent ainsi de prétexte à fixer par la langue ce qui habituellement s'éprouve par le silence : la gourmandise.
L'on reste, pourtant, un peu sur sa faim. Car ces courts chapitres se succèdent comme autant d'ébauches pour des histoires qu'on aimerait voir se prolonger, s'étoffer, prendre chair. Pour autant ces croquis en disent plus qu'il n'y paraît sur cette langue toujours inventive et alerte qui fait l'art de Pelot, un art qui puise inlassablement à la source, l'enfance, pour dire l'inextinguible soif de vivre l'expérience du monde.
Cueillir les champignons, les orties, pêcher les truites à la main : dans une langue vive et truculente, pleine d'émotion, Pierre Pelot nous donne à savourer, avec un entrain irrésistible, les trésors des forêts vosgiennes de son enfance. Qu'il invente des recettes ou rende hommage à la patate, au lard, à la choucroute et à la soupe, cet infatigable amoureux de la nature sait nous faire rire et nous mettre l'eau à la bouche...
Orties
Elles accompagnaient nos jeux de pirates et d'Indiens. Elles étaient presque de toutes les expéditions, en forêt ou ailleurs, elles nous voyaient passer dans nos shorts aux couleurs d'été, harnachés, coiffés de plumes, hurlant, brandissant des arcs de noisetier à la courbure rien moins que flageolante. Elles hochaient la tête, indulgentes, sans nous tenir rigueur des percées que nous lancions parfois dans leurs rangs à grands coups de bâton... Comme des ombres de voyageuses revenues de bien loin, elles nous voyaient passer, l'âme et l'haleine chargées de sucs et d'épices indicibles, exotiques chez nous un jour ancien de retour de néants intouchables...
Certes... ça brûle. Quand on y met la patte. On s'y frotte et on s'y pique, c'est même un vieil adage. Alors qu'il suffit de les caresser dans le sens du poil...
Ça n'a pas l'air méchant, pourtant, ça ne porte pas de griffes, de piquants ni d'épines, ce n'est même pas une ronce, une rose, et ça n'a pas de dents, rien d'apparence mauvaise.
Elles sont même plutôt jolies, sur leurs hautes tiges élancées, avec leurs feuilles frangées de dentelle, leurs mignonnes fleurs timides, discrètes, aux fragrances délicates qui ne vous soûlent pas les narines au détour de quelque imprudente reniflade.
Les orties.
Les orties de mauvaise vie, au sens où on le dit des dames qui font et vont pour nous la rendre belle.
Et qui vont, les farouches, en hordes chevelues jusqu'au diable vauvert, en toutes terres, en tertres, creux et sommets, tous les terrains, qu'ils soient vagues ou point, les bords de sentiers, les chemins de traverse, les dépotoirs et les ravins, et les endroits généralement mal fréquentés.
En meutes, ou solitaires, dans la moindre faille d'asphalte, vous en pouvez voir une au moins pointer quenotte.
Ce qu'aux canins sauvages sont mes amis les renards de bon aloi, telles les orties se dressent parmi les herbes dites folles.
Courbant la tête au moindre vent sous cette mauvaise réputation urticante qui vous est faite à la traîne de nos cuisants souvenirs enfantins, quand sur nos jambes nues maigrelettes nous traversions sans méfiance vos cohortes silencieuses, mesdames... Sans doute avons-nous tendance à ne nous souvenir plus crûment que du pire. Mais plus tard, pourtant, il s'est toujours trouvé une mère, une grand-mère, une parente quelconque, pour nous proposer le meilleur sur un coin de nappe ou de toile cirée en nous offrant par presque surprise la première assiettée de soupe aux orties-mais-non-qui-ne-piquent-plus-gros-nigaud...
Quand c'est cuit, c'est cuit. Un sanglier vous chargera-t-il encore en gigot ?
Bien au chaud sous la pâte brisée, plus de danger. Ça vous ronronnera au palais, avec un petit goût sauvage de gibier, à la première salive. Mon père était chasseur et j'ai mangé du renard avant qu'il soit mon totem ; toute honte bue, j'en garde avec l'ortie cette souvenance-là aux papilles.
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