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Auteur : Francine Prose
Traducteur : Céline Schwaller
Date de saisie : 18/03/2008
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Métailié, Paris, France
Collection : Bibliothèque anglo-saxonne
Prix : 21.00 € / 137.75 F
ISBN : 978-2-86424-639-8
GENCOD : 9782864246398
Sorti le : 14/02/2008
Par un bel après-midi de printemps, Vincent Nolan, jeune néonazi au crâne rasé et aux bras entièrement tatoués de symboles SS arrive à Manhattan. Il entre dans les bureaux de la fondation de défense des droits de l'homme «World Brotherhood Watch», dirigé par le très charismatique et survivant de l'Holocauste, Meyer Maslow. Vincent affirme qu'il est membre de l'ARM (Mouvement pour la Résistance Aryenne), qu'il a lu tous les livres de Maslow. Mais qu'il a changé et qu'il veut aider à empêcher des types comme lui de devenir des types comme lui. Il sait comment pensent ces types, comment ils se retrouvent, où ils se retrouvent et comment les faire changer de camp. Ce qu'il ne dit pas, c'est que dans sa fuite, il a emprunté à ses anciens compagnons un pick-up, 1 500 dollars et le contenu d'une armoire à pharmacie. Si Vincent est celui qui veut changer, il influence également et change la vie de ceux qui l'entourent : Meyer, qui s'interroge de plus en plus sur le sens de sa quête vis à vis du pouvoir, des médias et de l'argent ; Bonnie, collectrice de fonds pour la fondation, divorcée, qui élève seule ses deux enfants et qui se demande avec effroi si elle n'est pas en train de tomber amoureuse d'un skinhead ; et enfin Danny, un adolescent qui découvre le monde et dont Vincent va devenir l'ami et le complice. Avec «Un homme changé», Francine Prose élabore un roman d'une grande finesse qui associe avec brio réalisme et humour noir. Le personnage de Vincent Nolan, adepte de la suprématie blanche, issu d'une famille pauvre et pur produit de l'Amérique profonde est totalement crédible. Toutefois, le comique des situations provoquées par l'arrivée d'un néonazi dans une famille américaine typique issue de la classe moyenne new-yorkaise nuance le récit.
Un après-midi à Manhattan, Vincent, un jeune néonazi, entre dans les locaux d'une fondation de défense des droits de l'homme fondée par Meyer Maslow, un survivant de l'Holocauste. Il annonce qu'après avoir lu les livres de Maslow, il veut changer radicalement, lui qui est couvert de tatouages nazis proclame qu'il a pour mission de sauver des types comme lui pour les empêcher de devenir des types comme lui.
En changeant progressivement pour atteindre ses objectifs, Vincent change aussi ceux qui l'entourent : Maslow qui a peur que l'héroïsme ne devienne un travail de bureau; Bonnie, chargée de lever des fonds, divorcée et mère seule, dévouée à la croisade de Maslow; et Danny, l'adolescent qui ouvre les yeux sur le monde.
L'humour noir illumine et met à nu ce qui demeure invisible à notre culture consommatrice, droguée et manipulée par les médias. Un homme changé pose des questions essentielles : qu'est-ce qui fait la valeur d'une vie ? Est-il possible de changer ? Qu'est-ce que signifie être humain ? L'effrayante intelligence, l'esprit et l'humanité de ce roman font de Francine Prose un auteur majeur.
Francine Prose est née en 1947 à New York, où elle vit. Professeur d'université et grande voyageuse, collaboratrice de la revue Harper's et du Wall Street Journal, elle est l'auteur, entre autres, de Les Petits Miracles, Bigfoot et moi, Visites guidées en enfer, Blue Angel et Après.
Nolan arrive au parking, prêt à affronter le Porto de service qui aura les cojones de se demander ce qu'un vieux tas de ferraille rouillé comme son pick-up Chevrolet vient faire à Jag-u-ar City. Mais la machine qui crache les tickets se moque pas mal de ce qu'il conduit. Elle lève son bras, comme une bénédiction, comme la main de Dieu divisant la mer Rouge. Nolan passe devant une douzaine de places libres et monte jusqu'au dernier niveau, où il se gare à côté d'une camionnette poussiéreuse qui n'a pas bougé depuis un moment. Il prend son sac marin, saute de la voiture, inspire, remplissant ses poumons d'un air humide qui sent le ciment. Jusqu'ici, tout va bien, il aime bien ce parking. Il aimerait pouvoir rester ici. Il trouve la cage d'escalier où lui-même se cacherait s'il prévoyait d'agresser un passant, descend cinq volées de marches en tire-bouchon et plonge dans l'enfer de klaxons retentissants qu'est Times Square en milieu d'après-midi.
C'est pire que jamais. Un genre de pogo géant, mais avec des voitures. Le simple fait de marcher exige de la concentration, comme conduire quand il y a beaucoup de circulation. Il se souvient du vieux Times Square, à l'époque lointaine de ces week-ends vertueux où, avec ses amis du lycée, il prenait le bus pour aller en ville se torcher la gueule et mater les putes. Il a lu des trucs sur Times Squareland, un nouveau parc à thème disneyifié, mais c'est encore plus compliqué que ce dont il doit s'occuper pour le moment, à savoir avancer sans percuter une petite vieille. Une boule d'angoisse pure grossit dans sa poitrine, alimentée par le contact de son polo trempé qui lui colle au torse.
Il fait vingt-cinq degrés, peut-être trente, et c'est le seul mec de tout New York à porter un pull à manches longues. Tous les blancs semblent avoir des climatiseurs personnels sous leurs costumes italiens de luxe, contrairement aux noirs et aux Latinos qui ont déjà trempé leurs tee-shirts. Et Nolan, dans tout ça ? Eh bien, c'est le seul blanc qui transpire. Le seul être humain, toutes origines confondues, qui suffoque sous les gaz d'échappement. Pendant qu'il se trouvait à Trifouillis-les-Oies avec ses amis et leur fantasme de patrie aryenne, une forme de vie extraterrestre s'est développée dans les villes du pays, une espèce hybride capable de survivre en bouffant de la pisse de chien et du monoxyde de carbone. Il faut qu'il cesse d'avoir des idées pareilles. Son attitude est déterminante. Hier soir, chez son cousin Raymond, il a regardé le mec de la météo jacasser à propos de la canicule, tellement extraordinaire pour un mois d'avril, et rassurer les téléspectateurs de la région en leur fourguant ses moyennes saisonnières et ses statistiques, de peur que quelqu'un se dise : aïe, le réchauffement de la planète, la fin du monde est pour tout de suite. Pourquoi les gens s'étonnent-ils tant de voir que la planète les laisse tomber ? L'Armageddon écologique était exactement ce qu'il fallait à Nolan pour lui faire oublier ses propres problèmes tandis qu'il considérait les sombres heures à venir, jusqu'à ce qu'il décide qu'il était temps de se lever et d'emprunter le pick-up du cousin Raymond, son argent et ses comprimés, et de se volatiliser dans l'ozone. Il n'avait presque pas dormi depuis deux semaines, depuis qu'il avait décidé de changer de camp. Deux Xanax n'avaient pas suffi à empêcher son cerveau de courir comme un rat de laboratoire d'un microdétail à un autre. Comme, par exemple, la longueur de ses manches. Devait-il cacher ses tatouages ? Ou simplement porter un tee-shirt et les laisser parler à sa place ? Si une image vaut bien mille mots, alors il a les deux mille premiers là, sur les bras, deux mille moins les incontournables bonjour-ravi-de-vous-rencontrer. C'était une des raisons pour lesquelles il s'était fait tatouer : ça évitait de tourner autour du pot. D'un autre côté, entrer dans les bureaux de la fondation World Brotherhood Watch avec le symbole des SS sur un biceps et une tête de mort sur l'autre pourrait compliquer les choses et l'empêcher de se faire entendre - mettons, si les gens auxquels il parle vont se planquer sous leur bureau. Nolan ne leur en voudrait pas. Ça ne fait pas si longtemps qu'un tueur fou a tiré sur l'école maternelle du temple juif de L.A.
Quoi qu'il en soit, ça va être difficile d'expliquer ce qu'il vient faire chez Brotherhood Watch, surtout qu'il ne le sait pas vraiment lui-même. Il y a des... problèmes d'ordre pratique liés au vol du pick-up de Raymond et des quinze cents dollars qui, pour être précis, appartiennent à l'ARM, l'Aryan Résistance Movement - le Mouvement pour la Résistance aryenne. Mais ce n'est pas aussi simple que ça. S'il s'agissait seulement de disparaître et de prendre un nouveau départ, Nolan pourrait s'amuser. Aller vendre des 4 x 4 à Palm Springs, être croupier à Las Vegas. Aller à Disney World, mettre un costume de Dingo et laisser les mômes lui tripoter la tête.
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