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Auteur : Bertrand Visage
Date de saisie : 16/02/2008
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Seuil, Paris, France
Collection : Cadre rouge
Prix : 16.00 € / 104.95 F
ISBN : 978-2-02-060923-4
GENCOD : 9782020609234
Sorti le : 03/01/2008
L'histoire débute sur une plage aux abords de Catane, en Sicile où des enfants découvrent le corps supplicié d'un agonisant. Une fois retapé, l'homme est expédié à l'autre bout du monde. Huit ans après, il revient pour retrouver la fille du mafieux dont il était amoureux. Polar ? Histoire d'amour ? Roman d'une ville ? Tout cela à la fois : l'intrigue distillée en touches subtiles, restitue parfaitement l'ambiance d'une Sicile mystérieuse et violente.
Un homme retourne en Sicile huit ans après en avoir été chassé. Il a quarante-quatre ans, sa vie est devenue flottante, aussi éprouve-t-il une indescriptible émotion à arpenter les rues qui sentent le linge et la tomate. Et le voici qui rôde chaque soir autour d'un certain immeuble populaire d'un quartier de Catane, où continue de vivre Veronica, cette «fille de gangster» qui a été sa femme. Elle n'est pas là. Il décide alors, sur un coup de tête, de pénétrer dans l'appartement. Bientôt il prend ses aises, et, dans un sentiment d'euphorie et de surexcitation, il élimine tous les objets qui se sont accumulés en son absence. Les voisins lui font fête, tout se passe pour le mieux...
Mais une nuit, un violent orage éclate. Arturo qui ne parvient pas à dormir se dirige à tâtons vers la cuisine. Là, il aperçoit sur le balcon à la lueur des éclairs le corps étendu d'une jeune femme. Qui n'est pas celle qu'il attendait.
Le mystère et la sensualité sont partout présents dans ce roman qu'on ne lâche plus jusqu'à la dernière page. L'histoire aurait pu être banale, celle de la fin d'un amour. Elle est ici transfigurée par un sens aigu du récit, une acuité quasi visuelle à l'égard des personnages qui le peuplent. On ne les lit pas, on les voit.
Bertrand Visage a longtemps vécu en Italie du Sud. Il a publié sept romans parmi lesquels Tous les soleils (prix Femina 1984) et Angelica (1988) qui se déroulent dans les mêmes lieux.
Si l'on pouvait faire entrer les écrivains dans des tubes à essai, on en saurait davantage sur leur formulation. Agitée comme il convient, passée au bec benzène, l'éprouvette Bertrand Visage ne tarderait pas à prendre toutes les couleurs de l'Italie. Ça sentirait le chat, le vieux palais moisi. Encore quelques secondes à bouillir, et le mélange révélerait sa teinte secrète : ce mordoré des peaux de filles, quand elles sont nues, dangereuses par conséquent. L'ancien directeur de la NRF, qui avait tenté d'y faire entrer un peu d'air frais naguère, publie sa nouvelle tragédie légère : on dirait que le genre a été inventé par lui.
Trois petites bonnes femmes marchent en zigzags sur la plage immense. Trois brunettes aux cheveux hirsutes, les deux plus grandes armées d'un bâton qui leur sert aussi bien de fourche que de fouet, pour piocher dans les algues pourries ou chahuter les crabes.
Elles ont des tricots troués et les cuisses nues, il fait un froid piquant, on est en février 1991.
Quand soudain, d'un même mouvement, le bâton vengeur tombe de leurs mains, et les trois petites belettes s'immobilisent. Lentement, très lentement, elles s'accroupissent en rond.
De longues minutes s'écoulent, enfin les deux aînées se décident à relever le front, roulées dans leur pull, l'air béat.
Elles regardent par-dessus leur épaule, la mer qui se tient si loin qu'elle paraît envolée. Elles regardent ensuite dans le sens opposé, les maisons blanches et noires de Sferracavallo, puis à nouveau elles interrogent leur découverte.
Mais plus elles examinent le corps de l'homme renversé sur le côté, moins elles en éprouvent de répugnance : elles sont simplement très émues, une surprise heureuse qui fait trembler leurs genoux, avec une sensation de chaud au ventre, un chatouillement à l'intérieur, et quelque chose de plus grave aussi. Comme un énorme gong qui résonnerait dans l'air derrière elles et que chacune entend.
Les trois brunettes n'osent pas encore ouvrir la bouche. Il leur arrive un grand mystère. L'homme étendu continue à gonfler au soleil du matin. Cheveux de paille, odeur de sang.
Ses boutons craquent. Il a des paupières boursouflées, plus de narines, plus de dents. De toute manière, il leur appartient, puisque c'est elles qui l'ont trouvé. Tout ce qu'on trouve est à soi, n'est-ce pas ? Mais alors, il faudrait pouvoir le cacher quelque part, et ça, c'est une sacrée question.
Il va mourir, se dit l'aînée. Il va mourir, pense en silence la deuxième. Il va mourir, certainement.
La plus petite ne pense rien, elle frotte son nez pour ne pas pleurer.
D'où vient-il ? Qui lui a fait mal comme ça ? C'est peut-être un Viking qui s'est battu contre un requin. Un... quoi ? Un pirate venu des pays enneigés, articule l'aînée, les autres ne comprennent rien à ce charabia, et puis d'ailleurs ça n'a guère d'importance de savoir comment il est arrivé jusqu'ici. Il est à elles. Elles l'ont vu en premier.
À nouveau, elles regardent les maisons blanches et noires qui s'accrochent à la falaise de Sferracavallo, elles écoutent le gong invisible, le son de la cloche qui vibre dans l'air. Mais alors, que faire ? On pourrait le mettre dans un hangar à bateau, dit la deuxième. Et c'est une bonne idée, c'est même la seule solution.
Quand elles ont fini de parlementer, les deux plus grandes respirent un grand coup, attrapent les bras du Viking et commencent à le tirer sur le sable humide.
La plus petite marche à côté, elle se contente de faire des tourniquets avec son bâton pour marquer la cadence et chasser les mouches. Et le curieux cortège se traîne lentement, pas à pas, vers les hangars à bateaux.
En milieu d'après-midi, un inconnu se présente sur la place de Sferracavallo. Il est monté sur une moto Honda, il demande qu'on lui indique la maison du maire, qui se trouve un peu plus loin. Sitôt renseigné, l'homme met pied à terre, frappe à la porte et tend une enveloppe, avec ces simples mots : «Voilà pour les frais.»
«Les frais de quoi ?» demande Don Gesualdo. Les frais de pension. Le maire hausse les sourcils, ne voyant pas très bien de quelle affaire on veut lui parler. La nouvelle n'a pas encore circulé. Néanmoins, il ouvre l'enveloppe et compte les billets à l'intérieur.
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