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Auteur : Saphia Azzeddine
Date de saisie : 04/01/2008
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Léo Scheer, Paris, France
Collection : Littérature
Prix : 15.00 € / 98.39 F
ISBN : 978-2-7561-0119-4
GENCOD : 9782756101194
Sorti le : 04/01/2008
Jbara est une bergère, née dans les montagnes du Maghreb. Comme si cela ne suffisait pas de naître pauvre, elle est née femme. Enfant femelle moins bien traitée que les chèvres dont elle s'occupe, objet de jouissance et de péché, elle sera digne dans la prostitution, révoltée sous les coups, naïve dans son espoir d'une vie meilleure car elle croit en dieu.
Sa religion à elle, c'est d'aimer Allah dans un amour qu'elle lui offre pur, généreux et qu'elle choisi de vivre non pas dans la crainte mais dans la confiance.
Allah est son seul allié, son protecteur et son guide.
La vie de Jbara est une vertigineuse lutte pour Etre.
Un parcours terrifiant de cruauté et d'injustice, dans lequel se côtoient tour à tour la rage, l'espoir, l'humour, l'absurde et la foi.
C'est pas facile de faire des confidences... encore moins à Dieu... et encore moins sans doute à Allah quand on est une femme ! Jbara s'en moque, elle Lui parle sans ambages, sans pudeur, puisque de toutes façons Il voit tout. Tout de sa vie, de ses errances, ses erreurs...Mais au moins, elle a appris et compris que chacun est Responsable de sa vie, et elle le crie «Au lieu de se bouger, ils (les gens) attendent que Tu te bouges, Toi.» Elle, elle n'a pas attendu, elle a empoigné la vie, Sa Vie, et sans nier le «pernicieux», elle nous livre ce qu'elle a gardé de plus précieux...
Merci, Saphia Azzeddine, pour ce puissant témoignage !
À qui parler quand on est pauvre, perdue, rejetée de sa famille ? Jbara, petite bergère des montagnes du Maghreb, parle à Allah. Il est, dans un monde qui ne voulait pas d'elle, son seul confident. Elle lui raconte sa vie, la misère, le mépris, son père ignorant et brutal qui la traite en servante, les hommes qui la traitent en objet, la découverte progressive du pouvoir de la beauté, la prostitution, la prison, le désir d'ailleurs : une vie semblable à tant de vies de femmes, aujourd'hui.
Monologue fiévreux, porté par une rage irrépressible, que la verve et l'humour rendent encore plus acérée, Confidences à Allah est un témoignage direct, cru, sur l'oppression des femmes, mais aussi, et d'abord, le portrait d'une jeune fille résolue à exister par elle-même, et qui ne se soumettra pas.
Tafafilt c'est la mort et pourtant j'y suis née. Je m'appelle Jbara. Il paraît que je suis très belle mais que je ne le sais pas. Ça me fait une belle jambe à moi d'être belle. Je suis pauvre et j'habite dans le trou du cul du monde. Avec mon père, ma mère, mes quatre frères et mes trois soeurs.
Ça baise comme des salauds chez les pauvres, parce que c'est gratuit.
De toute façon, personne, à l'époque, ne m'a jamais dit que j'étais belle. On ne dit pas ces choses-là chez moi. Ce n'est pas quelque chose qui compte, la beauté, à Tafafilt, ça ne rapporte rien. Surtout on ne sait pas ce qui est beau ou ce qui ne l'est pas. Mon père serait incapable de vous dire si je suis belle, ma mère aussi. Ils diraient tout au plus : «C'est une fille travailleuse, Jbara !» C'est une notion de riche, la beauté. Moi, pour l'instant, je suis travailleuse, on va dire. On n'est pas très éduqués dans mon bled. D'ailleurs on ne m'a jamais éduquée, on de Miloud, il n'a jamais connu l'eau. Il s'essuie avec des cailloux et se sèche avec du sable. C'est un berger, il habite dans un bled à une cinquantaine de kilomètres de chez moi. Il passe de temps en temps faire du commerce avec des mecs comme lui. Et se faire du bien avec moi.
Un jour, ma mère la pauvre elle m'a dit que ce qu'il y avait de plus haram dans la vie, c'était de ne plus être vierge. Son père le lui avait dit. Son mari le lui avait confirmé. J'aurais tout fait pour ne pas décevoir ma mère, mais le Raïbi Jamila l'a toujours emporté sur tout. Je crois bien que même sur Allah ça l'emportait. Je ne compare pas Allah à un Raïbi, ça n'aurait aucun sens, je dis juste que le Raïbi ça a un bon goût sucré et que Allah jusqu'à présent il me laisse un goût doux-amer...
Parce qu'il faut toujours Le craindre. Mon père, dès qu'il m'en parle, c'est pour me dire qu'il va me châtier si je fais encore des conneries. Un jour j'ai juste dit devant lui qu'il faisait trop chaud et que c'était pénible : eh bien il m'a flanqué une baffe. Dans sa logique, à ce con, comme c'est Allah qui fait le temps, j'avais blasphémé. Maintenant, vous avez une idée de qui est mon père. C'est un ignorant et il l'ignore. Un vrai cancer à lui tout seul. Il ne sait que gueuler et de préférence sur les gonzesses. C'est un pauvre, mon père. Et c'est un con. C'est un pauvre con.
Je Lui en veux un peu à Allah de m'avoir laissée pourrir dans ce trou à rats. À droite il y a des montagnes, à gauche il y a des montagnes. Et au milieu il y a nous, notre tente en peau de chèvre et notre troupeau de brebis. C'est moi qui m'en occupe. Je les aime bien. Elles sont gentilles et très mignonnes. Je leur gueule dessus aussi mais c'est parce que je ne sais pas parler normalement. Ça gueule tout le temps chez moi. Sauf quand mon père n'est pas là, il y a du silence. Il est souvent chez le fkih du village voisin. Un fkih, c'est - comment dire en restant polie ? - c'est... c'est comme un imam. Non, pas du tout. Jamais. Ce n'est pas juste pour les vrais imams. Non, un fkih c'est en général le plus idiot du village qui ne veut pas bosser pour de vrai alors un jour il décide de devenir imam. Enfin, c'est eux qui s'appellent comme ça.
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