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Auteur : Sam Braun | Stéphane Guinoiseau
Date de saisie : 03/01/2008
Genre : Biographies, mémoires, correspondances...
Editeur : Albin Michel, Paris, France
Prix : 15.00 € / 98.39 F
ISBN : 978-2-226-18073-5
GENCOD : 9782226180735
Sorti le : 03/01/2008
Le 12 novembre 1943, Sam Braun et sa famille sont arrêtés à Clermont-Ferrand et déportés à Auschwitz, via le camp de Drancy. Sam a 16 ans, il reviendra seul. Ses parents et sa soeur de 10 ans seront gazés dès le premier jour. Sam Braun a passé deux hivers à Auschwitz, il devra encore survivre à la "marche de la mort", errance infernale sur les routes d'Europe jalonnées de coups. Lorsqu'il est enfin libéré, il pèse 35kg pour 1,77m.
Son récit fait surface après un silence de 40 ans. Un silence nécessaire pour sortir d'Auschwitz et pouvoir vivre et se sentir enfin libre. A travers son récit recueilli par Stéphane Guinoiseau, on apprend le pardon, le pardon pour ses bourreaux. Incapable de leur en vouloir ou de leur souhaiter le même sort, Sam Braun n'a jamais voulu la vengeance considérant que cela le ferait devenir comme eux et leur permettrait de gagner. Au-delà d'une impressionnante leçon d'humanité, on ressent à travers cet homme de 80 ans une volonté de vivre pour faire comprendre aux autres ce que veux dire être libre.
Sam BRAUN
Entretien avec Stéphane Guinoiseau
PERSONNE NE M'AURAIT CRU, ALORS JE ME SUIS TU
Il aura fallu quarante ans à Sam Braun pour témoigner. Jusqu à ce jour où il décide de rompre le silence et entreprend un travail de mémoire.
L'auteur a tiré une sagesse peu commune de son incarcération à Buna-Monowitz, un des nombreux camps du complexe concentrationnaire d'Auschwitz.
C'est ce récit d'une densité extraordinaire qu'a recueilli Stéphane Guinoiseau qui raconte avec précision et sincérité l'expérience des camps et le difficile retour à la parole, retenant le flot sensible de l'émotion pour mieux nous parler d'humanisme.
Extrait de l'avant-propos :
«On ne prépare pas l'avenir sans éclaircir le passé.»
Germaine Tillion,
A la recherche du vrai et du juste
En juillet 1945, un avion sanitaire de l'armée française se posa sur une piste du Bourget, au nord de Paris. Un petit nombre de rescapés des camps nazis débarqua, rapatriés depuis Prague. Après l'évacuation d'Auschwitz, le 17 janvier 1945, ils avaient parcouru, pendant cet hiver interminable, un long périple jalonné de cadavres, de souffrances et de crimes avant d'échouer dans la capitale tchèque. Pour retourner en France, ces survivants durent, pendant plusieurs semaines, se réhabituer à la nourriture et à la vie, soigner leurs blessures apparentes, tenter d'oublier l'odeur de cendres et de mort. Juillet 1945 donc : un jeune homme qui allait sur ses dix-huit ans retrouvait son pays. Arrêté à Clermont-Ferrand en novembre 1943, il avait été déporté à Auschwitz dès le mois de décembre, après un bref séjour à Drancy. Grâce aux incontournables travaux de Serge Klarsfeld, le bilan précis est aujourd'hui connu : sur les 76 000 juifs déportés de la France entre mars 1942 et août 1944, moins de 2 600 revinrent. Ce jeune homme en faisait partie mais son père, Faivel, sa mère, Malka, et sa petite soeur, Monique, âgée de onze ans en 1943, avaient disparu dans les chambres à gaz, dès leur arrivée à Auschwitz. De cette frêle silhouette, j'imagine le fragile regard lumineux, plein de larmes séchées en ce jour de retrouvailles estivales avec sa terre natale, j'imagine le coeur affolé de tristesse contenue et d'espérances nouvelles quand il parcourut le tarmac et puis la solitude, et puis le silence, bientôt scellé par l'indifférence ou la gêne. Ce jeune adulte, tôt blessé par les deuils imprévus et la lame des souvenirs les plus cruels, s'appelait Sam Braun. Soixante ans plus tard, je le rencontrai au hasard d'une conférence dans l'établissement scolaire où j'enseigne. Lorsque Sam pénétra dans la bibliothèque où se donnait la conférence, l'assistance, quelque peu bruyante les minutes précédentes, se tut subitement et son sourire aimanta immédiatement les regards. Sobre et pudique, Sam Braun évoqua rapidement les circonstances de son arrestation, sa déportation, son séjour à Auschwitz puis il dialogua pendant deux heures avec un public de jeunes, captivés par sa vitalité, sa lucidité, son humanisme. Il fut question de tolérance, de pardon, d'hospitalité, d'antisémitisme, de racisme, de mémoire et d'oubli, de silence et d'histoire, et la qualité de l'écoute, ce jour-là, laissait percevoir les questionnements intimes et les réflexions nouvelles qui cheminaient au coeur de l'auditoire. L'intérêt éveillé n'allait pas retomber, comme le montreraient les questions et commentaires des adolescents dans les jours suivants. Je raccompagnai Sam jusqu'à sa voiture et lui proposai, ce jour-là, de recueillir son témoignage pour le publier, convaincu que cette parole devait s'inscrire et demeurer. Il accepta l'idée et nous organisâmes les rencontres, pendant une année. Je l'enregistrai et nous composâmes ensuite l'ouvrage qui va suivre. Jamais sa bienveillance, sa patience et sa générosité ne me firent défaut pendant ces heures d'entretien.
Un jour, alors que nos entretiens étaient entamés depuis quelques mois, il me montra trois cartons posés sur l'étagère de sa bibliothèque. Ils contenaient plusieurs milliers de lettres écrites par des adolescents à la suite de ses interventions... Il m'autorisa à y jeter un oeil. Je fus impressionné par la force et la qualité de cette correspondance émouvante, sincère, intime. Je ne citerai qu'une seule lettre, écrite en 2005 :
«Cher Monsieur Braun,
(...)
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