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.. Impostures : récits

Couverture du livre Impostures : récits

Auteur : Marie-Claire Bancquart

Date de saisie : 01/10/2007

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Amourier, Coaraze, France

Collection : Thoth

Prix : 12.00 € / 78.71 F

ISBN : 978-2-915120-41-7

GENCOD : 9782915120417

Sorti le : 01/10/2007

  • Les présentations des éditeurs : 18/01/2008

L'imposture, tantôt assassine, tantôt fascinante, hante les trois récits de ce livre.
Tromperies de l'histoire : la presque oubliée Sempronia fut l'amie de Catilina; belle et poète son véritable rôle a été occulté par ses ennemis. Aujourd'hui, elle n'est plus connue que par leurs brèves calomnies...
Dissimulations forcées : l'hérétique Aldo fut contraint toute sa vie de masquer ses convictions, mais il en a exprimé la force dans son oeuvre de sculpteur, qui exerce sur les dévots fidèles une trouble attirance. Illusions fertiles de la vie : Perpétua, d'une beauté onirique, est née des imaginations merveilleuses et déçues de son père...
Marie-Claire Bancquart, dont on sait l'approche à la fois érudite et sensible de l'histoire, nous propose de découvrir ici trois destins exceptionnels.

Marie-Claire Bancquart est née dans l'Aveyron en 1932 et vit à Paris. Écrivain et professeur émérite à la Sorbonne, elle est l'auteur d'essais, de romans et de poèmes, trois genres dans lesquels elle propose diversement sa vision d'un monde où les hommes, les choses de la vie et les objets apparaissent comme énigmatiques, à la fois difficiles à vivre et pleins de séduction.


  • Les courts extraits de livres : 18/01/2008

Catilina était bien l'un des plus beaux hommes d'Italie. Il était grand, bâti en force, les traits énergiques, le regard direct. Il souriait volontiers. Outre cela, de naissance noble. Il excellait dans tous les sports, avec une préférence pour les courses de chars. Il avait étudié l'art oratoire en Asie Mineure ; il y avait charmé ses maîtres eux-mêmes par l'abondance de ses discours et la richesse de ses images.
Les femmes, elles, étaient folles de lui. Il en avait profité durant sa première jeunesse, qui fut très agitée, sans qu'on s'en offusque beaucoup. Rome avait alors perdu ses anciennes valeurs morales. Elle était devenue une métropole à la fois riche et misérable, qui n'arrêtait pas de dévorer les produits du monde entier - épices, vins, statues, bêtes exotiques - et de se dévorer elle-même à force d'inquiétude. Les prêtres des sectes orientales avaient la cote dans tous les milieux. Des sorcières opéraient, elles, dans les quartiers extérieurs de la ville, où les paysans, quittant leurs terres, s'étaient entassés dans des taudis. Les chômeurs étaient nombreux. L'État les assistait. Beaucoup, las tout de même d'être inactifs, s'engageaient dans les armées de mercenaires qui avaient à réprimer des révoltes.
Du coup, Lucius Sergius Catilina ne se privait pas de courir les rues de la ville, la nuit, à la tête d'une bande dont il était le chef. Il entretenait une courtisane comme tous les jeunes nobles, mais il fréquentait davantage les prostituées de la périphérie de la ville. Il s'enivrait, brisait les plantes rares dans les jardins des grandes familles, blessait les fauves qu'elles y tenaient en cage, ou quelquefois les libérait : vous imaginez la panique ! Il barbouillait les statues, criait des obscénités. Il connaissait des réveils difficiles, mais il ne se laissait pas abattre : il allait exercer son corps à la palestre ou au cirque. L'après-midi, il avait rendez-vous avec une femme ou l'autre de la bonne société. Elles ne s'en vantaient pas ouvertement. Mais elles le laissaient deviner par allusions et chuchotements.

On ne disait rien pourtant sur Catilina et l'une de ses amies, Sempronia, femme du noble Decius Junius Brutus. Elle était célèbre dès sa première jeunesse pour sa beauté et pour ses dons. Ayant reçu des leçons des meilleurs maîtres, elle écrivait, en latin comme en grec, des poèmes et des discours. Mieux encore que les courtisanes, elle jouait de la cithare, et mieux qu'elles, elle dansait, sans découvrir ses bras ni se livrer à des gestes lascifs. En l'épousant, son mari n'avait pas jugé qu'il lui fallût cesser de cultiver ces arts. Mère de deux petits garçons, elle ressemblait toujours à la jeune fille qui l'avait séduit. Quant à elle, elle était toujours amoureuse de son mari. On les citait en exemple.
Sempronia était du même âge que Catilina et elle le connaissait depuis l'enfance. Leurs familles étaient alliées. Elle admirait sa force et son intelligence, mais elle le blâmait pour ses excentricités. Elle déplorait surtout son indifférence envers les affaires publiques, qui offraient la seule carrière possible pour un jeune noble. Elle répétait qu'un homme comme lui, une fois assagi, sauverait la situation de Rome qui allait en se dégradant : toujours plus de chômeurs, toujours plus de fortunes aux origines troubles, et l'immobilisme de tous les partis, dont la seule ambition était de se hisser au pouvoir.


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