Inscrivez-vous àla Lettre des Libraires.
Libraires,partagez vos découvertes.
Editeurs,valorisez vos livres.
Bienvenue sur Lechoixdeslibraires.com. Lechoixdeslibraires.com vous permet de découvrir, de partager les coups de cœur des libraires. Vous y entendrez également les écrivains raconter leur amour des livres, et des librairies, au micro de Patricia Martin (productrice à France Inter). Vous lirez les « Lettres à mon libraire », rédigées par les auteurs à l’attention de leur libraire. Des comédiens vous proposeront de courtes lectures. Grâce à leur participation active, les éditeurs ont la possibilité de mettre en avant, dans la rubrique "l'espace des éditeurs", les livres de leur choix auprès des libraires de France et de tous les internautes. Nous proposons également un podcast.
est notre partenaire « Télé » : chaque jeudi soir, un portrait de libraire est diffusé dans l’émission de François Busnel « La Grande Librairie ».
est notre partenaire « Radio ». Ecoutez l'émission "A livre ouvert" : chaque dimanche soir, François Busnel reçoit deux libraires pour commenter l’actualité littéraire de la semaine passée.
est notre partenaire « Presse écrite ». Découvrez en exclusivité le palmarès des livres préférés des libraires de France.
Auteur : Philippe Besson
Date de saisie : 20/01/2008
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : 10-18, Paris, France
Collection : 10-18. Domaine français, n° 4095
Prix : 6.40 € / 41.98 F
ISBN : 978-2-264-04687-1
GENCOD : 9782264046871
Sorti le : 17/01/2008
Clément l'a quittée. C'était il y a quelques semaines. Après avoir cherché refuge dans l'isolement et le silence, elle a choisi de partir. Et de lui écrire. De Cuba, de New York, de Venise, de longues lettres auxquelles il ne répond jamais. Seule en ces terres étrangères, elle tente par les mots d'échapper au chagrin, aux questions, aux souvenirs. De l'espoir, encore, au renoncement, déjà, elle vacille entre un passé qui s'évanouit et un avenir qui se dérobe. Avec précision mais sensibilité, Philippe Besson décortique la mécanique du deuil amoureux.
Philippe Besson est l'auteur de En l'absence des hommes, Son frère (porté à l'écran par Patrice Ch-reau), L'Arrière-Saison (grand prix RTL-Lire), Un garçon d'Italie, Les Jours fragiles, Un instant d'abandon (les droits de ces trois derniers romans ont été cédés pour le cinéma) et Se résoudre aux adieux. Ses livres sont traduits en dix-sept langues. Son dernier roman, Un homme accidentel, a paru en 2008 aux éditions Julliard.
«On reconnaît un écrivain à la force de ses obsessions. Il en est ainsi de Philippe Besson qui, de livre en livre, creuse ses interrogations sur l'écriture, la création, la solitude, le lien familial et le lien amoureux.»
Michèle Gazier, Télérama
Clément,
J'ai décidé de t'écrire, plutôt que rien.
Plutôt que rester là, comme ça, dans le silence.
Que je te dise : je me suis honnêtement, sérieusement essayée au silence, je l'ai endossé comme on se glisse dans un vêtement, je m'y suis livrée comme on accepte une astreinte. Je l'ai fait d'abord pour moi, ne t'y trompe pas, c'était un choix égoïste, même s'il m'a coûté. En fait, j'ai pensé que cela me sauverait. Mais le rien-dire ne sauve pas, enfin disons que, moi, il ne m'a pas sauvée. Je crois même qu'il m'a enfoncée un peu plus dans la tristesse, le chagrin. Pour être tout à fait honnête, il m'a dévastée parce qu'il est peuplé d'images, le silence, de souvenirs impossibles à chasser, telles ces mouches importunes qui tournent autour du visage, qu'on tente d'éloigner avec de grands mouvements des bras, et qui toujours reviennent. Et puis, dans le silence, on est sans défense : les assauts n'en sont que plus blessants.
Alors maintenant, j'essaie les mots, ça ne pourra pas être pire. Qui sait si, en parlant, je ne vais pas me délester de la douleur entassée ? Un peu.
Pourquoi t'écrire à toi, me diras-tu ? Mais parce que des paroles sans destinataire ne sont pas vraiment des paroles. Sans écho, elles se perdent. C'est comme si elles n'avaient jamais existé. C'est écrire au vent, au désert, à l'abîme. Si personne ne m'écoute, autant continuer à me taire. Quelqu'un doit m'écouter. Et qui mieux que toi ?
Oui, qui mieux que toi ?
Je vais t'appeler par ton prénom.
Clément.
Je ne peux plus dire : «mon amour», ou des choses approchantes, toutes ces expressions niaises qu'on emploie sans en percevoir le ridicule et qu'on répète à l'envi au point de leur ôter leur signification. Tu serais embarrassé si je disais : «mon amour», de toute façon. Tu prétendrais que je ne suis pas guérie.
Un aveu : je ne suis pas guérie. Mais les malades doivent avoir l'élégance de ne pas indisposer les bien-portants, on leur sait gré de dissimuler leur mal.
Tu me reprocheras ce ton sarcastique, cette ironie sans doute pathétique. Je vaux mieux, assurerais-tu. Et puis, tu n'aimes pas, en général, les femmes qui se défont, qui s'égarent. Tu préfères celles qui se tiennent, et montrent de la dignité, une rigueur. Ne t'inquiète pas, je suis capable de me montrer digne aussi : simplement, cela me demande quelques réglages préalables, il faut que je fasse des efforts, cela ne me vient pas naturellement.
Je serais ravie d'être de celles qui encaissent les coups sans broncher. J'ai toujours éprouvé de l'admiration pour les personnes qui conservent leur sang-froid en toutes circonstances, restent debout au milieu des champs de ruine et trouvent encore la ressource de secourir les blessés. Je n'ai pas leur courage, hélas, leur détermination, ou leur inconscience. Je suis trop lucide pour ne pas voir les désastres. Et trop fragile pour les regarder sans vaciller.
Oui, je suis une femme qui vacille. Cela ne t'étonnera pas.
Copyright : lechoixdeslibraires.com 2006-2008 - Informations légales - Programmation : Olf Software - Accessibilité, CSS et XHTML : Gravelet Multimédia