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J'étais une petite fille de sept ans

Couverture du livre J'étais une petite fille de sept ans

Auteur : César Aira

Traducteur : Michel Lafon

Date de saisie : 07/03/2008

Genre : Romans et nouvelles - étranger

Editeur : Bourgois, Paris, France

Collection : Littérature étrangère

Prix : 15.00 € / 98.39 F

ISBN : 978-2-267-01963-6

GENCOD : 9782267019636

Sorti le : 07/02/2008

Pour échapper à la tyrannie de son épouse, un homme (ordinaire) vend son âme au diable et choisit de devenir roi ; la narratrice est la "petite fille de sept ans", sa fille, qui lui voue une admiration sans égal et qui va entreprendre avec lui un voyage à travers son royaume magique, à la recherche... de son âme de petite fille, subtilisée lors d'un rapt. Dans ce pays de contes de fées, l'art poétique de César Aira se déploie comme un ciel aux millions de lunes.


  • Les présentations des éditeurs : 17/09/2008

Un homme ordinaire, malmené par son épouse, fait un pacte avec le diable et fonde le royaume turc de Biscaye. Ses pouvoirs surnaturels ne suffisent pas à apaiser l'impatience de sa petite fille, ni à la préserver des dangers qui la menacent : roi et princesse devront entreprendre un voyage à travers la vieille Biscaye magique, jusqu'aux confins de leur «pays de conte de fées», en quête d'une âme volée.
«La source des histoires, qui alimentait ma curiosité insatiable, ne cessait jamais de jaillir.»
Ce roman récent est un des sommets de l'art poétique de César Aira, de son inimitable fantaisie : personnages et paysages en fusion défilent comme dans un rêve enfantin, ou sur l'écran encore phosphorescent d'un cinéma abandonné.

César Aira est né à Coronel Pringles, dans la Province de Buenos Aires, le 23 Février 1949. Il réside à Buenos Aires depuis 1967, dans la quartier de Flores, cher à Roberto Arlt. Romancier, nouvelliste, essayiste, dramaturge, traducteur, il a publié à ce jour une quarantaine de livres. Comme beaucoup d'intellectuels argentins, il est polyglotte et a lu en profondeur les romans d'aventure et les grands auteurs français, langue qu'il parle couramment. A 14 ans, il découvre Proust et vénère Rimbaud. Après la disparition de Roberto Bolano, il est considéré comme l'un des écrivains sud-américains les plus importants. L'absurde, voire le fantastique que l'on retrouve dans l'oeuvre d'Aira ne sont pas sans rappeler l'univers de Copi.

Traduit de l'espagnol (Argentine) par Michel Lafon


  • Les courts extraits de livres : 17/09/2008

J'étais une petite fille de sept ans, princesse d'un pays de conte de fées. Un jour, alors que je me pro­menais seule dans les bois, je découvris une petite pierre jaunâtre, parfaitement circulaire, d'un centimètre de diamètre, aplatie. Sa couleur était belle, étrange, elle ne paraissait pas naturelle; mais plus belle encore était sa surface extraordinairement douce, comme une perle en un peu plus brillant. Je l'aurais crue en plastique si, à cette époque, le plastique avait existé ; puisque tel n'était pas le cas, sa beauté n'avait aucune explication. Je m'agenouillai à côté d'elle, sans craindre que la terre et l'herbe salissent aux genoux mon pyjama chinois en soie, et je restai un moment à la contempler, en extase. Comment était-elle arrivée jusque-là ? Comme elle était belle, douce, luxueuse. Serait-ce un bouton tombé du costume d'un haut dignitaire étranger ? Ou peut-être une espèce rarissime de champignon, un champignon en cristal de rosée ? Quoi qu'il en soit, j'allais l'emporter pour l'examiner à mon aise, je la caresserais pour me détendre quand je serais énervée, elle me tiendrait compagnie en permanence, comme une amulette.

Mais quand je la pris, délicatement, entre le pouce et l'index, quelle ne fut pas ma surprise de sentir que mes doigts passaient au travers et que la petite pierre merveilleuse se désagrégeait. Ce n'était ni une pierre, ni un bouton, ni rien de semblable ! Ce n'était pas solide. C'était une crème... Je passai de la surprise à la déception et, je l'avoue, je ressentis même un peu de dégoût. La chose conservait une surface perlée et une jolie couleur, mais elle n'avait plus sa circonférence régulière ; c'était maintenant une grosse goutte de pluie irrégulière et dégoulinante, à laquelle ma tentative avait donné la forme d'un huit tordu, et qui en plus m'avait sali les doigts. Qui sait de quelle sorte de matière répu­gnante il pouvait s'agir ? C'était bien fait pour moi, avec ma manie de vouloir toucher à tout.

Je frottai doucement mes deux doigts l'un contre l'autre. La crème était onctueuse et fluide, pas grasse du tout. Je portai les doigts à mes narines et respirai : c'était un parfum suave, organique, avec une note de muguet.

Ma curiosité avait quelque chose de puéril. Puéril depuis le début, depuis la promenade dans les bois sans autorisation, la quête de fleurs, de petites pierres, de nids, d'insectes rares, jusqu'au geste de trouver, de m'agenouiller, de saisir... Vu le peu d'années que j'avais alors, qu'espérer d'autre que des attitudes et des expériences puériles ?

Plus tard, un vent violent vida le ciel de ses nuages et, après le dîner, nous sortîmes sur les terrasses du palais, pour contempler le prodigieux spectacle que nous offrait le firmament. Des millions et des millions de lunes brillaient et clignotaient dans le noir de l'univers sans fond. Elles formaient des figures, des constellations, des voies et des traînées, vers lesquelles s'élevaient nos clameurs émerveillées. Lunes pleines, croissantes, décroissantes, dans toutes leurs phases, groupées en faisceaux serrés ou solitaires, certaines si lointaines qu'elles n'étaient qu'un point de pâleur trémulante, d'autres plus proches palpitant avec agressivité au zénith.


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