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Auteur : Jacky Schwartzmann
Date de saisie : 17/01/2008
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Hugo Roman, Paris, France
Collection : Littérature francophone
Prix : 13.50 € / 88.55 F
ISBN : 978-2-7556-0222-7
GENCOD : 9782755602227
Sorti le : 17/01/2008
Denis, looser professionnel, nourrit à l'égard de la société un ressentiment tenace. Ancien dealer au RMI, il dérive du Lidl local au bar du cours Charlemagne où les prostituées poussent comme des horodateurs. Seul l'amour qu'il porte à son épouse Brigitte lui permet de maintenir la tête hors de l'eau. Alors qu'ils vivent d'aides au logement et autres subsides de l'État, un coup de fil en apparence salvateur de l'ANPE leur redonne espoir.
Si Denis ne se départit jamais de son sens de l'humour, l'absurdité des rouages du système social va faire basculer sa vie dans une spirale encore plus infernale...
À la manière d'une tragi-comédie au langage cru et imagé, Bad trip raconte, les tribulations épiques d'un anti-héros attachant qui porte un regard acide et sans concession sur les contradictions de notre société.
Jacky Schwartzmann est né en 1972 dans un quartier sensible de Besançon. Deux années d'études de philosophie en poche, objecteur de conscience, il enchaîne les petits boulots pour se consacrer à l'écriture. Il est aujourd'hui premier chef de rang dans un "bouchon " de la rue Mercière, à Lyon. Bad trip est son premier
Ils avaient mis une nouvelle caissière, au LIDL, mais elle était aussi moche que les autres. Ses cheveux étaient gras, sa mine triste, ses mains fatiguées. Ses doigts, tachés à jamais à force de manipuler des cartons, étaient bousillés et boudinés. Ah ça, c'était pas comme à Carrefour. Les filles à Carrefour, elles étaient belles et bonnes, soignées. Empaquetées dans des uniformes bien repassés et parfaitement alignées.
Au LIDL, c'était pas ça.
Au LIDL, c'était Germinal.
Y avait pas de budget pour les têtes de gondole et aucun effort pour le packaging. Pour les filles, pareil, rien à carrer, elles n'étaient pas déguisées ni rien, non, elles avaient des tronches d'ouvrières. Pas de face, pas de sourire, elles répétaient des gestes imbéciles, saucissonnées dans des blouses dégueulasses dessinées par un couturier de l'ère stalinienne.
Au LIDL, c'était triste, y a pas à dire.
«Cinquante-six euros quarante-huit, nous dit la tourte.
- J'fais un chèque, répondit Brigitte.»
Comme ma femme préparait le carnet de chèques et sa carte d'identité, je pris les sacs en plastique bourrés à craquer et je me dirigeai tranquillement vers la sortie.
Il faisait un temps magnifique. La lumière était à son volume maximum. C'était agréable. Le ciel était d'un beau bleu monochrome et le soleil inondait tout le cours Charlemagne. Ses rayons cognaient si fort contre les pare-brise des bagnoles qu'on se serait cru dans un accélérateur de particules. Ils cognèrent aussi contre les vitres du tramway, qui passa à vive allure devant moi, et ça a fait comme des flashes qui m'ont ébloui. Je me suis imaginé, un instant, que des connards de paparazzi me harcelaient, ouais, sauf que cours Charlemagne, y en avait pas, des paparazzi. Y avait que Brigitte qui venait de sortir du magasin et qui m'a pris le bras. On a traversé le cours et on s'est retrouvés devant notre immeuble, juste en face du LIDL. Brigitte salua une bonne femme qui sortait et qui nous tint la porte. Brigitte parvint à lui sourire même si, je le savais, ça lui faisait mal. Elle avait des douleurs insoutenables qui lui remontaient dans tout le corps. Son vagin n'était plus que l'épicentre d'un séisme de souffrances, et qu'elle m'ait accompagné en courses, c'était déjà un exploit. Elle aurait bien voulu s'arracher le sexe, tellement elle morflait, et ne plus jamais entendre parler de cette connerie, le sexe.
L'ascenseur était en panne, comme d'habitude. Nous avons pris les escaliers, dont chaque marche extirpait à Brigitte un gémissement sourd. Il nous a fallu bien dix minutes pour atteindre le troisième étage.
Une fois dans la cuisine, je posai les sacs sur la table, avant de m'y installer avec une canette de Grafen Walder. J'allumai une Camel et j'observai Brigitte ranger les courses dans le réfrigérateur et dans les placards, Brigitte avec ses gestes courts et froids, Brigitte avec son organisation... Lorsqu'elle eut terminé, elle rangea les sacs sous l'évier, s'assit en face de moi et but une gorgée de ma bière. Ensuite, elle m'annonça qu'elle avait fait les comptes et que ce n'était pas cool, ce qui ne me surprit pas. Après les courses de ce soir, nous avions dépassé notre autorisation de découvert. Il nous restait vingt-cinq euros en liquide, et le RMI ne devait pas tomber avant cinq jours. Nous avions assez à manger pour tenir jusque-là, plus trois paquets de Camel et un peu d'herbe, mais pas assez, c'était sûr.
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