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Auteur : Patrice Salsa
Date de saisie : 01/02/2008
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Actes Sud, Arles, France
Collection : Domaine français
Prix : 17.00 € / 111.51 F
ISBN : 978-2-7427-7240-7
GENCOD : 9782742772407
Sorti le : 01/02/2008
Tout commence "normalement". Le narrateur arrive à Rome, découvre son appartement. Chapitre "avant" : avant quoi ?
L'histoire continue, bascule de plus en plus dans l'onirisme, le flou, entre réalité et songes. On perçoit que le narrateur veut nous confier quelque chose. Mais il nous manque les clefs.
Tranquillement, enfin presque, nous le suivons dans ses déambulations, à Rome, incursion dans sa jeunesse, les relations avec sa grand-mère, son père (décédé), sa mère : Elle.
La musique est présente comme une bouée de sauvetage ; une litanie parfois exaspérante, comme peut nous agacer quelquefois un enfant : mais là aussi ce n'est pas gratuit. Il suffit d'attendre, l'explication finit par exploser.
Les chapitres se répondent les uns aux autres. Le narrateur distille les éléments qui nous permettent d'acquérir au fur et à mesure de la lecture, les clefs de la compréhension.
Pour arriver au dernier, qui s'appelle "après". Et le rideau tombe.
Nous découvrons qui est La Signora Wilson, pourquoi les images sont évanescentes.
Et nous recommençons : "Avant"
Il y a des romans et il y a des auteurs.
Quelqu'un qui écrit un très bon roman, ne sera pas forcément un très bon auteur. Un bon auteur, un très bon auteur est quelqu'un qui sur la durée écrit des bons romans.
Patrice Salsa avait écrit un très bon roman, "un garçon naturel" aux éditions du Rouergue en janvier 2005. Les critiques l'avaient trouvé très bon.
Il vient de faire publier "la Signora Wilson" aux éditions Actes Sud.
Le roman nous emmène à Rome, où le narrateur, un jeune bourgeois est nommé dans une ambassade. Logé dans un Palazzo, il est sans cesse dérangé par des appels téléphoniques pour la Signora Wilson...
Rêveur, il va à la rencontre de cette ville.
Distrait il est heurté par une voiture, il se relève, et commence une tout autre histoire plus personnelle.
Patrice Salsa nous entraîne dans une promenade romaine à priori légère qui très vite prend une dimension presque fantastique. Mais qui est cette Signora ? Mais qui est ce jeune homme ?
Ce roman se lit très bien tant le style est fluide même si l'auteur joue de la déconstruction (avec des retours en arrières, des plongés dans la pensée du narrateur ?) pour pouvoir nous surprendre à la fin !
LE POINT DE VUE DES ÉDITEURS
Le narrateur de ce livre vient d'arriver à Rome. Nommé dans une ambassade, ce jeune Français issu de la grande bourgeoisie découvre avec délices la splendeur de la cité italienne et, non sans ironie, l'indolence des fonctionnaires en poste. Très vite, il s'installe dans un palazzo romain, un lieu où tout serait parfait si ce nouveau locataire n'était sans cesse dérangé par une multitude d'appels téléphoniques. Une certaine Signora Wilson est chaque fois demandée.
D'une promenade à l'autre, le jeune homme apprivoise cette ville incomparable, mais sa fascination pour ces lieux prestigieux et son désoeuvrement professionnel l'entraînent vers de tout autres rêveries. Perdu dans la contemplation des pierres, il traverse la rue sans prendre garde et bascule soudain par-dessus le capot d'une automobile. Mais dans l'instant il se relève.
Commence alors une autre histoire, un voyage au cours duquel il pourra percevoir l'origine de ses peurs, revisiter son enfance, sublimer l'antique, démultiplier le désir, et comprendre l'étrange machination de la Signora Wilson.
Après Un garçon naturel, Patrice Salsa nous livre une subtile construction située aux confins de l'onirisme. Rome, étranges palazzi, théâtres, bals masqués, musiques et réminiscences d'une enfance blessée, tout ici se révèle tel un tableau caché sous une fresque Renaissance, puis de nouveau s'efface pour nous désigner avec virtuosité l'entrée d'une chambre dérobée. Patrice Salsa vit et travaille à Paris. Ce livre est son second roman.
La première quinzaine, le téléphone n'a sonné qu'à deux reprises. La première, ma cousine veut savoir si je suis bien arrivé, bien installé et si mes collègues sont sympathiques. Je lui réponds que oui et que l'appartement est immense. Je ne parle ni des fresques aux plafonds et aux murs, ni de mon accrochage lors de mon arrivée, réservant cela à un futur courrier. En reposant le combiné, je suis un peu triste en pensant à l'aile enfoncée de la Lotus. Heureusement, le garagiste trouvé grâce à l'aide du compagnon indigène d'une collègue me semble - au téléphone du moins - compétent et passionné. La seconde, ma propriétaire m'informe de la venue de l'idraulico pour le lendemain à dix-sept heures. Bien entendu, il ne viendra pas.
Les semaines suivantes, le téléphone sonne tous les deux ou trois jours, et même, un samedi, deux fois dans la même journée. Mes interlocuteurs, jamais les mêmes semble-t-il, demandent, dans des idiomes divers, à parler à la Signora Wilson. J'informe courtoisement mon correspondant, dans la langue qu'il utilise - sauf une fois où j'emploie l'anglais pour répondre à ce qui me semble être du polonais -, qu'il n'y a pas de Signora Wilson à ce numéro, et que non, ce n'est rien, il ne m'a pas dérangé. Je remarque que les femmes paraissent plus contrariées et sont portées à insister. Au fil des appels, j'ai tendance à répondre de plus en plus sèchement, surtout quand ils ont lieu en pleine nuit ou dès potron-minet. Il va vraiment falloir se décider à contacter la compagnie de téléphone pour faire changer ce satané numéro, si c'est possible. La ligne est au nom de ma propriétaire, Mancini, j'ai vérifié dans l'annuaire qui m'a aussi appris qu'il n'existe dans cette ville qu'un Wilson-Smith - Donald de son prénom -dont le numéro ne s'approche ni de près ni de loin du mien, ce qui exclut des erreurs à répétition. J'ai comme ça une connaissance à qui on avait attribué un numéro ne se différenciant que par un chiffre de celui du centre de généalogie mormon ; elle était régulièrement réveillée en pleine nuit par des Américains exaltés demandant d'une voix fébrile si on avait enfin retrouvé l'acte de naissance de leur arrière-grand-mère. Elle a cru devenir folle.
Ce matin, lorsque j'arrive au Palais, il règne une certaine agitation. Je crois comprendre qu'il s'agit de l'organisation d'un colloque, que le Service est très en retard et que mille cinq cents courriers, contenant le programme et les formulaires d'inscription, doivent partir dans la semaine - on est déjà jeudi. Ne disant rien de mon léger étonnement - je n'ai remarqué aucun signe d'une quelconque urgence les jours précédents -, je propose mon aide pour la mise sous pli. De toute façon je n'ai rien à faire qui ne puisse être remis à plus tard. Au début, tout le monde est admiratif devant ma dextérité mais, au bout de deux heures, je perçois comme un léger malaise. Une des collègues me jette carrément un sale coup d'oeil. Je ralentis un peu l'allure. L'ambiance se détend graduellement.
Comme j'en ai pris l'habitude, je déjeune d'un morceau de pizza bianca, le mâchonnant lentement en déambulant par les ruelles. J'ai fini par comprendre que l'usage était de la commander non pas au poids mais en annonçant le prix correspondant à la portion que l'on souhaite acheter. Je suis assez content de moi. En sortant du Palais, un des carabiniers en faction m'a fait un très beau sourire.
Des enfants jouent au ballon sur des places aux formes irrégulières, sans tenir compte des touristes qui trébuchent sur les pavés, le nez dans leur plan. Parfois, le ballon finit sa course dans la fontaine, provoquant une envolée de pigeons. Sales bêtes.
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