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.. Le voeu du paon

Couverture du livre Le voeu du paon

Auteur : Jean-Côme Noguès

Illustrateur : Bruno Pilorget

Date de saisie : 17/01/2008

Genre : Jeunesse à partir de 9 ans

Editeur : Gallimard-Jeunesse, Paris, France

Collection : Folio junior. Edition spéciale, n° 616

Prix : 6.40 € / 41.98 F

ISBN : 978-2-07-061708-1

GENCOD : 9782070617081

Sorti le : 17/01/2008

  • Les présentations des éditeurs : 30/01/2008

En pays d'Oc, vers 1204. Jordi le jongleur a promis au jeune Grillot de l'emmener avec lui lors de son prochain voyage. De château en château, ils iront distraire nobles seigneurs et gentes dames. L'heure est venue de cette marche vers les montagnes, dont l'enfant rêve de tout son coeur. Peut-être trouvera-t-il une réponse aux questions qui le tourmentent : de qui est-il le fils, et pourquoi l'a-t-on abandonné ?

Découvrez la quête passionnée d'un jeune garçon à la recherche de ses parents et de son identité. Une aventure médiévale pleine d'émotion.


  • Les courts extraits de livres : 30/01/2008

Ragonne

- Hou ! le Gril...
Les cris s'arrêtèrent d'un coup. Les enfants venaient de se rendre compte que le Grillot pouvait, lui aussi, avoir du chagrin. À l'aube, on avait descendu dans la fosse des pauvres gens la sorcière qui l'avait recueilli. Car c'était bien une sorcière, de cela on ne pouvait douter. Sinon, pourquoi aurait-elle vécu dans une chaumière à l'écart du village ? Pourquoi l'aurait-on rencontrée, les nuits de grand vent, sur le chemin des bois ? Et quand la pleine lune éclairait presque comme en plein jour, combien de fois l'avait-on vue s'en aller vers le marais en marmottant des mots qu'un chrétien ne pouvait comprendre l
Un soir, Roucaud, le bûcheron, l'avait suivie, tremblant de peur et de curiosité. Il l'avait surprise à lancer des cailloux gros autant que des oeufs de poule dans l'eau endormie. Aussitôt, une lumière s'était propagée à la surface. Une lumière comme jamais, de mémoire de manant, on n'en avait connu. Bleue. Ou bien verte, il ne savait plus. Avec des éclairs. Au même moment, trois chouettes avaient crié dans la futaie. Trois, il en était sûr. Et la lune s'était cachée derrière un nuage. Du moins d'après ce qu'il racontait. Chacun le croyait, car la vieille Ragonne n'était pas comme tout le monde. Comment pouvait-elle être sourde à ce point ? Il n'y avait au village personne qui fût sourd de pareille façon. On disait que c'était parce qu'elle avait entendu rire le Diable et en avait eu les oreilles déchirées.
Et cet enfant ramassé par elle, un jour, près de la fon­taine, d'où venait-il ? Les enfants abandonnés, certes, ne manquaient pas. On en découvrait maintes fois, au matin, dans un coin de grange ou devant le four banal. Mais aucun ne ressemblait à celui-là. D'abord, ils mouraient le plus souvent. On les oubliait, et cela faisait autant de bouches qu'on n'avait plus à nourrir. Lui, u avait survécu. On lui trouvait un regard farouche. On ne comprenait pas son entêtement à passer des jours quasiment entiers dans les arbres.
-Il serait fils du Malin que ça ne m'étonnerait pas, chuchotait-on autour de l'âtre quand, la porte barrée, on craignait moins la nuit.
La sorcière était morte, à présent. Nul ne la regrettait.
- Hou ! le Cri... Ilot ! Hou ! le Gri... Ilot !
Les cris reprirent derrière l'enfant qui courait vers la masure maintenant vide. Il ne pleurait pas. Oh non, il ne pleurait pas. Il avait trop de rage au coeur pour cela, et aussi trop de peine.
Vieille, pauvre maison branlante au bord du chemin. Toutes les chaumières du village étaient vieilles en leur pauvreté, mais celle-ci, dans sa solitude, luttait depuis trop longtemps contre les vents et les famines. Elle n'avait qu'une haie sauvage pour la protéger. Le chaume s'en allait un peu plus à chaque bourrasque, et souvent Ragonne disait en criant parce que le vent venu de la mer accentuait encore sa surdité :
- Il ne m'en laissera pas assez pour le temps qui me reste à vivre, le maudit !
C'était vrai que le toit se dégarnissait. Et où trouver du chaume ? La paille récoltée par les manants servait de litière aux chevaux de chasse et de guerre ainsi qu'aux mâtins du château. Le peu dont les serfs disposaient leur était une couche pour se reposer des fatigues du jour, et eux-mêmes ne mettaient plus sur leurs toits que bruyères et jonchées de genêts.
- Mère Ragonne, j'irai en cueillir, moi aussi, des genêts, disait Grillot, encore trop jeune pour savoir qu'on ne cueillait pas des genêts sans payer un droit seigneurial.
- Oui, oui, répondait la paysanne. Plus tard, quand tu auras forci.
Le toit était encore là et Ragonne s'en était allée. Grillot referma la porte dès qu'il fut entré.


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