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.. Bernard Buffet : le samouraï

Couverture du livre Bernard Buffet : le samouraï

Auteur : Jean-Claude Lamy

Date de saisie : 30/01/2008

Genre : Biographies, mémoires, correspondances...

Editeur : Albin Michel, Paris, France

Prix : 22.00 € / 144.31 F

ISBN : 978-2-226-18080-3

GENCOD : 9782226180803

Sorti le : 30/01/2008

  • Les présentations des éditeurs : 30/01/2008

Le 4 octobre 1999, Bernard Buffet se suicide dans sa propriété du Midi. Son nom est imprimé sur toute la surface du sac en plastique noir qui recouvre son visage. Ultime signature, dernière touche à sa prochaine exposition sur la mort. Une mort de samouraï pour ce peintre encore aujourd'hui très controversé.
Lauréat à vingt ans du premier prix de la Critique, internationalement reconnu dix ans plus tard, Bernard Buffet est une des grandes figures artistiques du XXe siècle. Mais son succès et sa popularité n'étaient pas pour plaire aux partisans sectaires de l'art abstrait. Admirateur de Courbet, Delacroix, Van Gogh ou du baron Gros, il attaquait violemment les tenants de cette école. Soutenu par Giono, Aragon, Cocteau, Simenon ou Druon, détesté par Malraux, il n'a jamais cessé d'alimenter la polémique, de susciter les passions.

Jean-Claude Lamy dévoile dans cette grande biographie le mystère et la vie de cet artiste tourmenté aux amours sulfureuses. Buffet a incarné l'esprit rebelle des années 1950-1960, dont ce livre restitue toute l'effervescence et le climat autour de personnages mythiques, comme Sagan, Vadim, Bardot...

Jean-Claude Lamy, journaliste et chroniqueur littéraire au Midi Libre, est auteur d'une quinzaine d'ouvrages, dont les biographies de Françoise Sagan, Pierre Lazareff, René Julliard et Jacques et Pierre Prévert, qui a obtenu la bourse Goncourt en 1997. Il a publié aux éditions Albin Michel, Mac Orlan, l'aventurier immobile (Prix Cazes-Brasserie Lipp et Prix Mac Orlan), Brassens, le mécréant de Dieu, ainsi qu'un recueil de chroniques littéraires, La Comédie des livres.



  • La revue de presse Dominique Bona - Le Figaro du 20 mars 2008

Très aimé au Japon où il a son musée au pied du mont Fuji et où ses cendres furent dispersées, Buffet campe en samouraï dans cette magistrale biographie. Soldat de la vie, homme libre et volontaire jusqu'à choisir lui-même le jour et l'heure de sa mort. Ce fut le 4 octobre 1999 Buffet qui datait ses toiles s'était juré de ne pas écrire les deux zéros de l'an 2000. Le peintre cherchait un réconfort dans une aspiration mystique : ses crucifixions, ses représentations de la vie du Christ en témoignent, mais aussi la dimension verticale de ses toiles tendues vers le ciel. Jean-Claude Lamy s'est attaché à suivre cette piste, la moins connue, d'un Buffet habité par un au-delà inexprimable ce que Bertrand Poirot-Delpech, dans un dernier article avant de mourir, appelait «l'ineffable capté». Le beau visage d'Annabel Buffet, née Schwob de Lure, épousée à la mairie de Ramatuelle en 1958, puis dans la chapelle oratoire d'un de leurs nombreux châteaux, accompagne cette épopée tragique. On en retient l'image du peintre seul au milieu de tous, peut-être contre tous, seul même parmi ceux qui l'ont aimé.


  • Les courts extraits de livres : 30/01/2008

En quelques minutes, le ciel devient si sombre que l'obscurité submerge l'avenue Matignon, à la hauteur de la galerie Maurice Garnier où Bernard Buffet a les honneurs de la cimaise depuis des décennies. Il est quinze heures quarante.
Ce lundi 4 octobre 1999, dans l'après-midi, le peintre met fin à ses jours à la Baume, sa maison de Tourtour, dans le Var. Une manière sensible et parfaitement raisonnable d'échapper à l'incertitude. Buffet a choisi son heure. La conscience claire, il s'est dirigé vers son atelier, la mort en tête.
S.A quatre heures, ne te voyant pas descendre, je me suis décidée à envahir ton antre une fois de plus. J'ai ouvert la porte, a raconté Annabel Buffet, son épouse. J'ai d'abord cru que tu étais simplement tombé. Une illusion de courte durée. Tu avais la tête dans un sac en plastique noir imprimé de ton nom sur toute sa surface et soigneusement attaché autour de ton cou par du scotch d'emballage. J'ai trouvé les ciseaux avec lesquels tu taillais ta barbe dans la salle de bains. J'ai découpé le sac en prenant soin de ne pas te blesser. J'ai vu ton visage apaisé et souriant (...).»
Deux ans plus tôt, en octobre 1997, Annabel a écrit le texte de présentation du catalogue de l'exposition qui devait se tenir à la galerie à partir du premier jeudi de février de l'année suivante. Vingt-six toiles consacrées à la maison de Tourtour dont une peinture de l'atelier qui, dans son dépouillement, semblait annoncer la funeste décision. Alors qu'une photographie montrait l'atelier aussi vivant que la boutique d'un marchand de bric-à-brac, Buffet avait fait place nette sur cette toile où planait déjà un silence de mort. Mais à l'époque on n'y a vu que du feu. C'était encore le décor du bonheur.
«Sensible à l'extrême, souligne Annabel, Bernard semble avoir trouvé en ce lieu d'exception un refuge où, à l'abri d'une société qui le heurte par sa violence, il peut renouer avec sa passion de peindre, avec son goût pour la vie calme et, surtout, avec sa recherche de la sérénité. Oui, cette maison dans laquelle il vous invite aujourd'hui est devenue la source où il puise son énergie. Et qu'il y soit bien m'ensoleille l'âme.»
Ce 4 octobre 1999, le commissaire-priseur Pierre Cornette de Saint Cyr roule à scooter avenue Matignon. Il fait assez beau mais le temps est froid. «Tout à coup le ciel s'est obscurci et le vent s'est levé avec force. Cette tornade d'une brusquerie incroyable a failli me renverser. J'étais derrière un bus, à la hauteur de la galerie Maurice Garnier. Tout un échafaudage de l'immeuble voisin dont on ravalait la façade s'est effondré. Des gens ont été légèrement blessés. Un artiste russe qui avait fait mon portrait est passé à ce moment-là par hasard, sans être touché par la chute des planches et des tubes métalliques. Quand je suis rentré chez moi, LCI m'a appelé. Un de ses journalistes m'a annoncé la mort de Bernard Buffet. Il voulait avoir mon témoignage et m'invitait dans les studios de la chaîne d'information. "Je ne sais pas si vous croyez aux signes, lui ai-je dit en direct, sur le plateau, mais vers seize heures j'ai vécu cette chose incroyable alors que Bernard venait de se suicider. Comme si son esprit s'était manifesté par une bourrasque aussi subite qu'étrange. Je trouve cette histoire hallucinante." Maurice Garnier qui m'avait entendu à LCI me téléphona pour me dire qu'il pouvait également témoigner du phénomène.»
Lorsque Maurice Garnier est arrivé à pied à la galerie depuis son domicile du Quai d'Orsay, il a constaté ce changement de couleur du ciel : un bleu Klein qui vire au noir Soulages. Puis le fracas clair et violent de l'échafaudage qui s'écroule. «A dix-sept heures, c'est par un appel téléphonique d'Annabel que j'ai appris la nouvelle. "Bernard s'est suicidé", me dit-elle. Pour moi, ce n'était pas une surprise.»
Le commissaire-priseur, qui a défendu à l'antenne l'oeuvre de Bernard Buffet et salué le travail de Maurice Garnier, reçoit deux mois plus tard un nouveau coup de téléphone du marchand : «Nous avons écouté tout ce qui s'est dit après la mort de Bernard. Vous avez été le seul à ne pas parler du marché et à faire ce lien émouvant entre la tornade et son décès. Ma femme et moi aimerions beaucoup déjeuner avec vous.»


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