Inscrivez-vous àla Lettre des Libraires.
Libraires,partagez vos découvertes.
Editeurs,valorisez vos livres.
Bienvenue sur Lechoixdeslibraires.com. Lechoixdeslibraires.com vous permet de découvrir, de partager les coups de cœur des libraires. Vous y entendrez également les écrivains raconter leur amour des livres, et des librairies, au micro de Patricia Martin (productrice à France Inter). Vous lirez les « Lettres à mon libraire », rédigées par les auteurs à l’attention de leur libraire. Des comédiens vous proposeront de courtes lectures. Grâce à leur participation active, les éditeurs ont la possibilité de mettre en avant, dans la rubrique "l'espace des éditeurs", les livres de leur choix auprès des libraires de France et de tous les internautes. Nous proposons également un podcast.
est notre partenaire « Télé » : chaque jeudi soir, un portrait de libraire est diffusé dans l’émission de François Busnel « La Grande Librairie ».
est notre partenaire « Radio ». Ecoutez l'émission "A livre ouvert" : chaque dimanche soir, François Busnel reçoit deux libraires pour commenter l’actualité littéraire de la semaine passée.
est notre partenaire « Presse écrite ». Découvrez prochainement et en exclusivité le palmarès des livres préférés des libraires de France.
Auteur : Maria Valeria Rezende
Traducteur : Léonor Baldaque
Date de saisie : 20/02/2008
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Métailié, Paris, France
Collection : Bibliothèque brésilienne
Prix : 18.00 € / 118.07 F
ISBN : 978-2-86424-646-6
GENCOD : 9782864246466
Sorti le : 13/03/2008
Ro. Pauvre Diable, orphelin sans nom, grandit entre sa grand-mère et l'indien. L'une le nourrit de lait et l'autre l'abreuve d'histoires, de mots qu'il ne sait pas lire.
Sa. Il devient Noyau car ses poches sont remplies de graines, toutes les semences pour replanter les arbres qu'il abat pour le Boiteux.
Lio. Son envie de savoir lire et écrire est la plus forte, elle le pousse à avancer, fuir la mine d'or, aller vers la ville à la recherche d'une école.
Rosalio touche au but lorsqu'il rencontre Irène. Elle est malade, épuisée par la vie, sans espoir et va accueillir Rosalio auprès d'elle. Celui-ci va lui raconter des histoires, son histoire et Irène va lui apprendre à déchiffrer les mots, les lettres. Mêlant contes et littérature, ce beau roman nous enchante par les narrations croisées et par les liens subtils que tissent peu à peu Rosalio et Irène.
Une prostituée atteinte du sida et un jeune manoeuvre analphabète qui transporte un coffre plein de livres se rencontrent par hasard. Il a besoin que quelqu'un l'écoute. Elle a besoin d'exister pour quelqu'un qui la désire avec sincérité. Anonymes et invisibles, ils joignent leurs misères et s'évadent dans un autre monde où l'imagination change la réalité et rend la vie un peu plus supportable.
Maria Valéria Rezende construit une narration à la fois simple et raffinée, mêlant éléments de la culture populaire (les romans de Cordel) et de la culture érudite (les Mille et une Nuits ou le Quichotte), dans un style musical et travaillé jusqu'à atteindre une extrême limpidité.
Maria Valeria REZENDE est brésilienne. Elle est entrée en 1965 dans la Congrégation de Notre-Dame et s'est dès lors consacrée à l'Éducation populaire, d'abord dans la périphérie de São Paulo et, à partir de 1972, dans le Nordeste. Elle a défendu la théologie de la Libération aux côtés de Frei Betto et n'a jamais cessé de lutter contre les injustices et la pauvreté.
Les faims et les envies du corps, il y a beaucoup de façons d'en prendre soin car depuis toujours vivre, c'est ça, mais maintenant, de plus en plus, c'est une faim de l'âme qui tourmente Rosálio, au fond de lui, une faim de mots, de sentiments et de gens, une faim qui est comme une solitude entière, une obscurité dans le creux de la poitrine, une cécité aux yeux grand ouverts, voyant tout ce que l'on peut voir ici, pas un être vivant, pas une fourmi, une odeur de néant, les murs de planches sèches et grises, les monticules de gravier et de sable, gris, l'énorme ossature en béton armé, sans couleurs, les édifices interdisant tout horizon, un plafond lourd, gris et bas, touchant le haut des immeubles, chape de nuages de plomb immobiles, qui ne dessinent ni oiseaux, ni brebis, ni lézards, ni têtes de géant, n'apportent aucun message, et c'est tout ce qu'il y a à voir, sans distinguer ni levant ni couchant, ni matin ni soir, tout tellement présent, si proche que le regard y bute et revient, limité, sans pouvoir s'étendre plus loin, ni vers l'extérieur ni vers l'intérieur, s'agitant comme un petit oiseau qu'on vient de mettre en cage, se noyant, cécité. Tout tellement rien que Rosálio n'arrive même pas à évoquer des histoires qui le projetteraient vers d'autres vies, car ses yeux ne trouvent pas de couleurs pour les peindre. Faim de verts, de jaunes, de rouges.
Un coup de vent fait tourbillonner le sable et grincer la porte de la clôture, appelant Rosálio à s'aventurer sur des chemins cachés au milieu de ces murs excessifs, à s'en aller, à s'échapper, chercher des gens et de la nourriture pour son âme affamée. Il est arrivé par ces chemins, sentiers qui se replient sur eux-mêmes, trompant les gens étourdis par les lettres muettes qui de toutes parts guettent l'homme illettré et se moquent de lui, Rosálio est arrivé, lançant des questions que le vent a emportées, mêlées à des bouts de papier sale, sans que les passants lui répondent ni même le regardent, il s'est guidé à l'odeur que la faim du corps l'a aidé à séparer de bien d'autres odeurs étranges et grises qui flottaient entre les murs et il est arrivé ici, où. il y avait tant d'autres Rosálio, arrivés par les mêmes chemins, taciturnes, vêtus de tristesse grise, et ils lui ont dit qu'il pouvait rester s'il voulait, il y avait un toit et un grabat où se coucher, il y avait un chaudron cabossé et noir, il y avait des haricots achetés à crédit, des copeaux de bois à brûler pour se chauffer, un robinet et un seau, il y avait des pelles et des pioches, au travail !, qu'il mélange le ciment et le sable, au travail ! Il a mangé des haricots, il a travaillé, il s'est lavé, il a dormi, il a mangé des haricots, il a travaillé, il s'est lavé, il a dormi, il a mangé des haricots, il a travaillé, il s'est lavé, il a dormi. Aujourd'hui tout le monde est parti, il n'est resté que la non-couleur et le silence de cendres dans ce monde, et chez Rosálio s'est accrue la faim de voix, la faim de rouges. Finalement il lui revient une histoire que lui a racontée l'Indien, il remplit ses poches de poignées de gravier et il sort, au hasard, tenant par une bandoulière de corde la caisse en bois qu'il ne quitte jamais, cherchant des couleurs de vie dans les rues vides. Où s'est-elle enfuie, l'humanité ? A-t-elle disparu ? Devenue loup-garou, boitatà, âme en peine, mule sans tête" ? Rosálio sème derrière lui de petites pierres pour marquer son chemin car il n'est pas encore prêt à se laisser de nouveau aller par le monde sans connaître le retour et il doit encore les haricots qu'il a mangés.
Irène, fatiguée, fatiguée, comme c'est dur de ne penser à rien ! Comme c'est dur d'éloigner de sa pensée l'enfant dans les bras fripés de la vieille, dans cette baraque qui s'enfonce dans la boue, le papier jaune avec le résultat des analyses, le médecin qui parle, parle, parle, le temps qui passe, passe, passe, rapide, les lundis qui reviennent si vite, apporter un peu d'argent à la vieille, aller demander si le médicament promis est arrivé, prendre la boîte de capotes et écouter l'assistante sociale lui dire de changer de vie. Irène rit, un rire amer et grimaçant, une partie seulement de la bouche pour ne pas laisser voir les dents qui manquent de l'autre côté, même s'il n'y a personne pour la voir maintenant, même si personne ne la regarde en face, jamais. Drôle, cette assistante sociale, "changez de vie", bien sûr, je change de vie, peu m'importe que tout finisse tout de suite, car ma vie, elle n'a qu'une porte, qui donne sur le cimetière, mais vous allez vous en occuper, vous, de l'enfant et de la vieille ? Ce serait bien, car Irène n'est presque plus capable d'apporter l'argent chaque semaine, beaucoup d'hommes ne veulent rien faire avec une capote, ils vont en chercher une autre et elle ne peut pas faire comme Anginha, qui, de rage, veut refiler la maladie à tout le monde, Irène non, elle ne peut faire de mal à aucun être vivant, personne, à cause du sagouin, à cause de ce noeud à l'estomac à chaque fois qu'elle y pense. Ah ! Anginha, si tu savais...
Copyright : lechoixdeslibraires.com 2006-2008 - Informations légales - Programmation : Olf Software - Accessibilité, CSS et XHTML : Gravelet Multimédia