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La colère et la grâce

Couverture du livre La colère et la grâce

Auteur : Robin Jenkins

Traducteur : Françoise Du Sorbier

Date de saisie : 10/07/2008

Genre : Romans et nouvelles - étranger

Editeur : Albin Michel, Paris, France

Collection : Grandes traductions

Prix : 21.50 € / 141.03 F

ISBN : 978-2-226-18227-2

GENCOD : 9782226182272

Sorti le : 30/01/2008

  • Les présentations des éditeurs : 11/07/2008

Robin Jenkins
La colère et la grâce

Traduit de l'anglais par Françoise du Sorbier

Pour la première fois traduit en français, ce roman écrit en 1960 par l'écrivain écossais Robin Jenkins est considéré en Grande-Bretagne comme un classique du XXe siècle.
Deux jeunes Anglais sont portés disparus dans une région sauvage et montagneuse du nord de l'Afghanistan ; ils auraient été assassinés par des villageois. Telle est la version des autorités locales, mais un ami du couple, ex-diplomate qui a passé dix ans en poste à Kaboul, n'y croit pas et se lance dans sa propre enquête.
Problèmes de communication, faux-fuyants, obs­truction délibérée : les obstacles qu'il rencontre ne font qu'aiguiser son désir d'en savoir plus sur ce qui est arrivé à ses amis, et aussi sur la relation étrange qu'entretenait ce couple qu'il croyait connaître.
Au-delà de la subtilité du suspense psychologique, La colère et la grâce est une brillante fable politique. Jenkins, qui avait séjourné deux ans à Kaboul, entendait dénoncer avec un humour corrosif les conséquences de l'ingérence extérieure dans les affaires d'une nation. Son message demeure d'une brûlante actualité. On songe aux meilleurs Graham Greene ou John Le Carré.

Robin Jenkins est né en 1912. Son premier roman a été publié en 1951, suivi par près d'une trentaine d'autres oeuvres de fiction, devenues de véritables classiques contemporains en Grande Bretagne. Après des études à l'université de Glasgow, Jenkins va enseigner en Espagne, en Afghanistan et Bornéo, avant de s'installer définitivement à Argyll, dans l'ouest de l'Ecosse, et se consacrer entièrement à son oeuvre. De son séjour de deux ans à Kaboul, il rapporte La Colère et la grâce, le roman publié aujourd'hui par Albin Michel, initialement publié en anglais en 1960 et constamment réédité depuis.
Robin Jenkins est mort en février 2005 à l'âge de 93 ans.



  • La revue de presse Marie Zawisza - Le Monde du 10 juillet 2008

Nous sommes en Afghanistan à la fin des années 1950. C'est-à-dire avant l'occupation soviétique et l'interminable guerre. Les paysages, urbains, désertiques, montagneux, défilent. Parfois, on s'arrête, pour parler à une vieille femme borgne ou visiter une école délabrée. Puis, on repart. Au volant, l'Ecossais Robin Jenkins, l'un des plus grands écrivains britanniques du XXe siècle. Pour la première fois, l'un de ses romans - il en a écrit une trentaine, avant de mourir en 2005, à l'âge de 93 ans - est traduit en français. Il aura fallu près d'un demi-siècle pour que La Colère et la grâce traverse la Manche...
Petits hommes bégayant, enfants aux cheveux emmêlés, odeurs de fumier et d'urine, palais garnis de "tapis rouges et de peaux de léopards" : Robin Jenkins nous transporte presque dans les lointains voyages de Gulliver... Bien sûr, McLeod ne croise ni Lilliputiens ni Houyhnhnms. Mais il rencontre une caravane de plus de cent chameaux, se fait enlever par des hommes dont le chef, mourant, amputé d'une main dans sa jeunesse, veut arracher celle de McLeod pour l'emporter avec lui dans l'au-delà, afin de "ne pas paraître devant Dieu avec une main en moins". Il entend des phrases de contes de fées prononcées par des personnages aux noms troublants et entreprend finalement, perdu entre ces visions mi-mirages mi-poésie, l'escalade d'une montagne, où il trouvera, pense-t-il, l'objet de sa quête.


  • Les courts extraits de livres : 06/02/2008

En tirant les rideaux, McLeod remarqua qu'autour du frelon roux qu'il avait tué la veille grouillaient des dizaines de minuscules fourmis noires en train de le dépecer dévotement pour en descendre les fragments par une fissure du rebord de la fenêtre. Il les observa une minute, tandis qu'un poste de radio situé dans le bazar de l'autre côté de la rue égrenait les notes aiguës d'une chanson d'amour dont les accents répétitifs et nasillards évoquaient une parodie de cornemuse. Elle racontait l'histoire d'un jeune homme qui, après avoir fait la cour à une jeune fille pendant des années, l'avait quittée juste au moment où elle allait reconnaître ses mérites et en avait épousé une autre par dépit, pour préserver sa tranquillité d'esprit.
Dans les méditations de McLeod apparut un autre couple d'amoureux contrariés : Kemp et Margaret Duncan, aussi morts que ce frelon, comme l'affirmaient tristement mais fermement les autorités. Cependant, si le corps de cet insecte s'amenuisait de minute en minute, on pouvait le voir, le toucher même. De Kemp et de Margaret, on n'avait rien retrouvé, pas même un cheveu roux ou blond. Dans leur cas, qui étaient les nécrophages ? Les loups, avait déclaré la police ; mais les loups emportaient-ils vraiment les os pour les enterrer dans la forêt, comme les chiens domestiques ? Et surtout, dans ce pays où l'on pratiquait la prière publique, où le mendiant loqueteux s'agenouillait si scrupuleusement, un homme aussi vibrant de certitude divine que l'était Kemp ces derniers temps au dire de tous, aussi méprisant dans son détachement des choses de ce monde, n'eût-il pas dû être à l'abri des attaques de voleurs superstitieux ?
McLeod se détendit et abandonna les spéculations qui le troublaient depuis des mois pour regarder par la fenêtre. À huit heures du matin déjà, le ciel était bleu, le soleil chaud et la rue animée. La dernière fois qu'il avait vu cette grand-rue, cinq ans auparavant, elle était en terre battue comme toutes les autres routes du pays ; mais maintenant, grâce à la bienveillance avisée des Russes, elle était goudronnée, malgré les affaissements habituels survenus çà et là, signalés par de grosses pierres. L'un des autobus donnés par les Russes pour commémorer la récente visite de Khrouchtchev arriva, bondé jusqu'aux portes. Le contrô­leur, coiffé d'une calotte de brocart et d'un pantalon bouffant de coton, se cramponnait des mains et des pieds aux marches, mais McLeod savait qu'il se montrerait souriant et merveilleusement aimable. Moins insouciants, car ils portaient le fardeau du retard de leur pays et de sa neutralité, venaient ensuite à bicyclette les hommes d'affaires, les fonctionnaires, les professeurs et étudiants en complets-vestons et bonnets de laine, leur serviette accrochée au guidon. La plupart des voitures privées étaient de méchantes guimbardes russes au klaxon strident. L'une d'entre elles, cependant, qui eût été plus à sa place sur un boulevard hollywoodien que dans cette ville ensoleillée construite en torchis sur le toit du monde, passa majestueusement, longue, luisante, crème et rouge, avec un chauffeur enturbanné de blanc et trois passagères ensevelies dans des tchadors de soie.
Parmi les nombreux piétons, et marchant dans le caniveau à ciel ouvert, se trouvait un groupe de rudes gaillards à la barbe noire fraîchement descendus des collines. Ils portaient des paquets enveloppés dans des couvertures rayées aux couleurs vives et regardaient tous ces signes de modernité avec une stupéfaction réticente et une admiration limitée. Certains portaient des fusils en bandoulière et tous avaient des coutelas à la ceinture. Ils frapperaient aussi instinctivement que des serpents. Un geste dépourvu de toute intention hostile pourrait être interprété par eux ou leurs pareils comme une agression, avec une méfiance rapide de reptile. Dans leurs lointains villages, le fusil, le couteau et la main hardie faisaient encore la loi, selon les coutumes séculaires. Si Kemp avait provoqué la colère de ce genre d'hommes, comme il en était susceptible de mille et une manières caractéristiques, ils ne se seraient pas donné la peine d'attendre la nuit pour se débarrasser de lui et de la fille qui était sa compagne de façon si inexplicable.


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