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Auteur : Gary Shteyngart
Traducteur : Stéphane Roques
Date de saisie : 07/03/2008
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Ed. de l'Olivier, Paris, France
Collection : Littérature étrangère
Prix : 22.00 € / 144.31 F
ISBN : 978-2-87929-544-2
GENCOD : 9782879295442
Sorti le : 07/02/2008
Micha Vainberg est russe, et riche, surtout depuis l'assassinat de son père. Mais Micha n'est pas heureux en Russie. Il rêve de pouvoir retourner aux USA ou il a fait ses études. Il aime le climat, la bouffe (Micha fait 150 kilos de graisse), et surtout il aime Rouenna. Mais voila, avant de mourir, son père, mafieux de son état, a flingué un homme d'affaires américain, ce qui s'avère compromettant pour Micha quant à sa demande de visa.
Cent pour cent loufoque, très irrespectueux, ce roman vaut surtout pour la mise en abîme de la propre condition d'immigré de l'auteur et pour la profonde dérision cynique qui se dégage de son personnage...
A mettre en relation avec "Le dernier amour du président" de Andrei Kourkov où la pensée si particulière russe est brocardée sans ménagement, là aussi...
Citoyen russe héritier d'un baron de la Mafia, Micha Vainberg végète à Saint-Pétersbourg, entre soirées arrosées avec son complice Aliocha-Bob et repas gargantuesques.
En quittant New York (où il avait émigré dix ans plus tôt), il s'est éloigné de sa fiancée, la belle Rouenna, une prostituée qu'il continue d'entretenir. Malheureusement, elle s'est laissé séduire par Jerry Shteynfarb, auteur suffisant du Traité de branlette à l'usage des jeunes arrivistes... Micha décide de partir pour l'Absurdistan, un petit pays colonisé par les compagnies pétrolières américaines.
Enrôlé dans une guerre civile montée de toutes pièces par les dirigeants sans scrupule de l'Absurdistan, Micha découvre le cynisme économique et ses conséquences catastrophiques pour l'avenir de l'humanité. Cette fable politique, dont le héros est un avatar moderne du Candide de Voltaire, règle, sur le mode loufoque, leur compte au capitalisme et à la mondialisation.
Gary Shteyngart est né en 1972 à Leningrad (Saint-Pétersbourg). Il quitte l'Union soviétique en 1978, arrive aux Etats-Unis en 1979 et s'adapte difficilement à ce pays dont il ne connaît ni la langue ni la culture. Après un diplôme de sciences politiques, n'arrivant pas à surmonter son malaise identitaire, il choisit de voyager en Europe de l'Est. De retour à Manhattan, il se met à écrire. Son premier roman, Traité de savoir-vivre à l'usage des jeunes Russes (Éditions de l'Olivier, 2005) a été traduit dans le monde entier.
Une réjouissante fable tragi-comique de Gary Shteyngart dont notre monde moderne ne sort pas indemne. Gary Shteyngart figure parmi ces jeunes prodiges de la littérature américaine, comme Marisha Pessl ou Jonathan Safran Foer, reconnaissables à leur imagination fantaisiste et à une même verve intarissable...
La décadence des républiques pétrolières, une géopolitique cynique au-delà du caricatural et l'humanitaire, qui lui sert parfois de hochet, sont les cibles de cette réjouissante tragi-comédie. Comme chez Rabelais, la farce n'est qu'un jeu satirique fait pour dynamiter joyeusement les discours creux.
Gary Shteyngart dénonce un ex-empire soviétique transformé en Absurdistan par le capitalisme sauvage. Hilarant...
Le décor de son roman ? Une version hilarante et bananière de l'Azerbaïdjan, que Shteyngart a baptisé Absurdistan, pour dépeindre un marigot squatté par les mafias. Où l'on organise des révolutions d'opérette, où les escrocs se disputent barils de pétrole et escort girls. C'est là, dans cette Sodome de l'ère postsoviétique, que débarque le malheureux héros de Shteyngart, Micha Vainberg, un Prince Mychkine obèse qui rêve de retrouver sa fiancée américaine. Coincé en Absurdistan, il sera la pitoyable marionnette de ce grand-guignol qu'est devenu le capitalisme sauvage...
Du cerveau de Gary Shteyngart, jeune écrivain russo-américain de 36 ans, est sortie cette histoire burlesque multipliant les incongruités et les réparties hilarantes, qui mêle pour le meilleur géopolitique, religions, morale et sentiments...
La couverture du livre dit tout de son propos : un lot de poupées russes sur un étal, figurant non des matriochkas mais les portraits de Lénine, Clinton, Winnie l'Ourson, Poutine ou Madonna... Un concentré marchand du monde contemporain : deux univers qui se rêvent en modèles, se toisent l'un l'autre, se nourrissent et se rejoignent en gigogne, ne révélant in fine que la vanité d'un concours de frustration et d'opulence, à l'issue duquel les perdants sont toujours les mêmes.
Le deuxième roman du jeune Russo-Américain flingue, sans pitié et dans la bonne humeur, médias, compagnies pétrolières, multiculturalisme et grandes puissances. Sans oublier les petites...
Absurdistan est écrit avec une fougue et une sensualité joyeuses. Le narrateur est timide en amour et en affaires, mais ni idiot ni soumis. Micha a des principes, des désirs et des aspirations, il sait composer avec la réalité et se faire des amis, certains l'aiment pour sa fortune, d'autres pour ce qu'il est. A la fin, petit miracle, il s'en sort vivant, et la morale est sauve, ou à peu près.
Extrait du prologue :
Devine d'où je t'appelle
Le sujet de ce livre, c'est l'amour. Les 407 pages qui suivent, dégoulinantes de ce sentimentalisme russe qui passe pour de la vraie chaleur, sont dédiées à mon Papa Bien-aimé, à la ville de New York, à ma douce et pauvre petite amie de South Bronx, et à l'INS (Service d'immigration et de naturalisation des États-Unis).
Le sujet de ce livre, c'est aussi le trop-plein d'amour. Son sujet, c'est l'art de se faire avoir. Autant le dire tout de suite : je me suis fait avoir. On m'a utilisé. Exploité. Jaugé. On a su au premier coup d'oeil que j'étais le pigeon idéal. Si «pigeon» est le mot qui convient.
Peut-être toute cette histoire de se faire avoir est-elle génétique. Là, je pense à ma grand-mère. Ardente stalinienne et fidèle collaboratrice de la Pravda de Leningrad avant qu'Alzheimer n'emporte ce qui lui restait de raison, elle fut l'auteur de la célèbre allégorie de Staline aigle des montagnes piquant dans la vallée pour cueillir trois blaireaux impérialistes représentant la Grande-Bretagne, l'Amérique et la France, leurs misérables corps déchiquetés entre les griffes sanglantes du généralissime. Il existe une photo de moi, bébé, rampant sur les genoux de mamie. Je lui bave dessus. Elle me bave dessus. C'est l'année 1972 et nous avons tous les deux l'air complètement dément. Regarde-moi à présent, mamie. Regarde mes dents manquantes et mon bas-ventre enfoncé ; regarde ce qu'ils ont fait à mon coeur, ce kilogramme meurtri de graisse accroché derrière mon sternum. S'il s'agit de se faire déchiqueter en ce vingt et unième siècle, je suis le quatrième blaireau.
J'écris ces lignes à Davidovo, petit village entièrement peuplé de soi-disant Juifs des montagnes, près de la frontière nord de l'ancienne république soviétique d'Absurdsvanï. Ah, les Juifs des montagnes. Dans leur isolement vallonné et leur dévotion opiniâtre au clan et à Yahvé, ils me paraissent préhistoriques, prémammaliens, même, semblables à quelque dinosaure miniature doué d'intelligence ayant jadis arpenté la terre, le Haïmosaurus rex.
C'est le début de septembre. Le ciel est d'un bleu inaltérable, son vide et son infinité me rappellent, allez savoir pourquoi, que nous sommes sur une petite planète ronde frayant sa voie à travers un néant terrifiant. Perchées au sommet de vastes manses de brique rouge, les antennes paraboliques du village pointent vers les montagnes environnantes, et leurs crêtes sont couronnées de blanc alpin. De légères brises de fin d'été mettent un baume sur mes blessures, et même l'erratique chien perdu qui rôde dans la rue prend une attitude satisfaite et paisible, comme s'il allait émigrer demain en Suisse.
Les villageois se sont rassemblés autour de moi, vieillards desséchés, adolescents adipeux, caïds locaux aux doigts ornés de tatouages des prisons soviétiques (d'anciens amis de mon Papa Bien-aimé), jusqu'au rabbin octogénaire borgne et déboussolé qui pleure à présent sur mon épaule, murmurant dans son mauvais russe combien c'est un honneur d'avoir un Juif aussi important que moi dans son village, combien il aimerait me gaver de crêpes aux épinards et d'agneau rôti, me trouver une bonne épouse locale qui me taillerait une pipe, me donnerait un petit coup de pompe au bas-ventre comme à un ballon de plage en manque d'air.
Je suis un Juif profondément laïque qui ne trouve pas plus de réconfort dans le nationalisme que dans la religion. Mais je ne peux m'empêcher de me sentir à l'aise en compagnie de cette étrange branche de ma race. Les Juifs des montagnes me dorlotent et me cajolent ; leur hospitalité est débordante ; leurs épinards sont succulents et gorgés de leur ail et de leur beurre fraîchement baratté.
Et pourtant je meurs d'envie de prendre mon essor.
De m'envoler à travers le globe.
D'atterrir au coin de la 173e Rue et de Vyse, où elle m'attend.
Mon analyste de Park Avenue, le Dr Levine, m'a presque débarrassé de l'illusion que je peux voler. «Gardons les pieds sur terre, aime-t-il dire. Restons dans le domaine du possible.» Sages paroles, docteur, mais peut-être ne m'entendez-vous pas tout à fait.
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