Inscrivez-vous àla Lettre des Libraires.
Libraires,partagez vos découvertes.
Editeurs,valorisez vos livres.
Bienvenue sur Lechoixdeslibraires.com. Lechoixdeslibraires.com vous permet de découvrir, de partager les coups de cœur des libraires. Vous y entendrez également les écrivains raconter leur amour des livres, et des librairies, au micro de Patricia Martin (productrice à France Inter). Vous lirez les « Lettres à mon libraire », rédigées par les auteurs à l’attention de leur libraire. Des comédiens vous proposeront de courtes lectures. Grâce à leur participation active, les éditeurs ont la possibilité de mettre en avant, dans la rubrique "l'espace des éditeurs", les livres de leur choix auprès des libraires de France et de tous les internautes. Nous proposons également un podcast.
est notre partenaire « Télé » : chaque jeudi soir, un portrait de libraire est diffusé dans l’émission de François Busnel « La Grande Librairie ».
est notre partenaire « Radio ». Ecoutez l'émission "A livre ouvert" : chaque dimanche soir, François Busnel reçoit deux libraires pour commenter l’actualité littéraire de la semaine passée.
est notre partenaire « Presse écrite ». Découvrez en exclusivité le palmarès des livres préférés des libraires de France.
Auteur : Pol Vandromme
Date de saisie : 07/02/2008
Genre : Documents Essais d'actualité
Editeur : Rocher, Monaco, France
Collection : Documents
Prix : 14.50 € / 95.11 F
ISBN : 978-2-268-06534-2
GENCOD : 9782268065342
Sorti le : 31/01/2008
BELGIQUE
LA DESCENTE AU TOMBEAU
Qui ne s'est jamais interrogé sur la condition belge ?
En effet, il se passe en Belgique des choses si mystérieuses que les observateurs étrangers les tiennent pour absurdes.
Pourquoi une crise d'une durée interminable ?
Pol Vandromme, écrivain reconnu qui fut longtemps un des éditorialistes écoutés de la Belgique francophone, répond à ces questions, avec le souci de rendre compréhensible aux Français et aux Belges eux-mêmes une réalité qui les déconcerte sans mesure. La clef se trouve dans le procès du nationalisme linguistique, le flamingantisme. Pour le saisir, l'auteur relie le passé de la Belgique afin de décrypter la source de son imaginaire politique, et les causes de la convulsion actuelle.
Le bilan que dresse Pol Vandromme est le suivant : la Belgique, rongée par une succession des réformes institutionnelles, a fini par n'être plus qu'une coquille vide. Il la compare au marronnier d'Anne Frank, pourri de l'intérieur et maintenu en vie artificiellement.
D'où viennent donc ces Belges, Gaulois frappés par une singulière folie ? Que sont-ils devenus ? Vers quoi vont-ils ? La Brabançonne, hymne national, proclame qu'ils sont sortis du tombeau après des siècles d'esclavage. Aujourd'hui, quasiment au terme d'une longue descente, tout semble indiquer qu'ils sont en train d'y retourner...
Pol Vandromme, ancien directeur et éditorialiste du Rappel de Charleroi, est notamment l'auteur de Vagabondages (Rocher, 2007). Il a été couronné par la bourse de la Fondation Del Duca et le Grand Prix de la critique de l'Académie française.
L'espérance et le désenchantement
Les acquêts se dispersent à l'encan, les caquets se poivrent et se vinaigrent, les aguets se fixent dans les yeux des marlous, c'est la foire d'empoigne au guignol de Toone et de Tchantchès, les deux variantes de l'espièglerie autochtone, la bruxelloise et la liégeoise.
Ce que l'on désigne sous le nom de politique belge est un défi permanent au sens commun. On n'a que l'embarras du choix pour définir le triomphe ubuesque de l'irrationnel. Pour quelques-uns, il s'agit d'une chamaille de potaches autour du bac à sable de la cour de récréation. Pour quelques autres, un rébus de constitutionnalistes érigés en maîtres de sagesse bourgeoise par des écervelés à mine d'augures. Devant l'embrouillamini qui humilie la raison la plus humble et détraque l'ordre vital des sociétés, d'aucuns osent soutenir que cette agitation délirante participe d'une schizophrénie pour asile psychiatrique où les médecins moliéresques ont perdu l'usage sécuritaire de la camisole de force.
Quelle que soit l'interprétation retenue, la rengaine éditoriale dans les journaux du septentrion aussi bien que dans les gazettes de France et de Navarre renvoie infatigablement au même refrain : ils sont devenus fous ces Gaulois de l'hinterland. Folie douce ou folie furieuse, c'est selon l'accent de l'humeur nihiliste.
Les Belges eux-mêmes n'y comprennent plus rien. Non parce qu'ils seraient bouchés à l'émeri, mais peut-être parce que plus rien n'est encore intelligible. Alors, vous pensez, les Français ! Quand on leur parle de BHL (l'arrondissement électoral de Bruxelles-Hal-Vilvorde), ils se demandent ce qu'on veut leur faire entendre avec le Bazar de l'Hôtel de Ville. Lorsqu'on évoque devant eux «l'orange bleue» (une coalition gouvernementale associant les deux partis démocrates chrétiens et les deux partis libéraux), ils se figurent que l'on cherche à les familiariser avec un poème inédit de Paul Eluard.
D'où venons-nous ? Qui sommes-nous ? À notre place sur la carte du monde, au coeur du delta que forment les fleuves d'Europe, le mosan, le scaldéen, le rhénan, la sornette qui flattait en courtisane le sentiment national a peu traîné chez nous. La Belgique, territoire en peau de chagrin, est née au XIXe siècle du consentement des diplomates rivaux, plat pays, Etat tampon à la neutralité garante de la tranquillité européenne, avec elle Anvers ne serait jamais un pistolet braqué sur l'Angleterre. Il était aisé pour Richelieu de se former une certaine idée de la France, pour Cromwell une certaine idée de la Grande-Bretagne, pour Bismarck une certaine idée de l'Allemagne. Cela allait sans dire quand on se faisait une certaine idée de soi et de son instinct dominateur. Mais une certaine idée de la Belgique ne s'imposait pas d'emblée comme une évidence.
Nous nous sommes battus sous tous les drapeaux que promenèrent en Occident les armées accoucheuses d'empire, orphelins de l'Histoire sur notre terre disputée et portant le deuil de notre marginalité. Ce n'est pas un sort enviable, un jour espagnols, le lendemain autrichiens, le surlendemain français, ainsi trimbalés, ballottés, condamnés à la débrouillardise et à ses maquignonnages. Dans nos kermesses héroïques à la Feyder, l'illusion empanachée n'accueillait pas souvent le lyrisme qui galope et qui jubile.
Nous n'avons pas fait les guerres pour le compte de notre prestige ; nous les avons faites pour les beaux yeux des reines qui reçurent leur diadème d'autres mains que les nôtres. Nous n'avons pas vu se lever le soleil d'Austerlitz.
Copyright : lechoixdeslibraires.com 2006-2008 - Informations légales - Programmation : Olf Software - Accessibilité, CSS et XHTML : Gravelet Multimédia