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.. Les rivières de ma vie : souvenirs d'un pêcheur de truites

Couverture du livre Les rivières de ma vie : souvenirs d'un pêcheur de truites

Auteur : Bartolomé Bennassar

Date de saisie : 15/02/2008

Genre : Biographies, mémoires, correspondances...

Editeur : Ed. de Fallois, Paris, France

Prix : 18.00 € / 118.07 F

ISBN : 978-2-87706-644-0

GENCOD : 9782877066440

Sorti le : 15/02/2008

  • Les présentations des éditeurs : 09/02/2008

«Ce livre n'est pas un guide de pêche. Il ne prétend en aucune façon proposer à ses lecteurs quelque méthode infaillible, quelque technique miraculeuse qui puisse garantir à un disciple docile, fût-ce de temps à autre, des paniers d'anthologie.

Ce livre n'est pas davantage un répertoire de rivières exceptionnelles, de parcours halieutiques fabuleux. Certes, il est possible, probable même, que l'une ou l'autre des rivières qui ont enchanté mes aventures de pêche, devienne pour un de mes lecteurs source de bonheur : il suffit que la chance, la couleur du temps, le volume des eaux se conjuguent un jour pour lui faire fête. Ce ne sera qu'une fleur du destin.

Ce livre est la chronique d'une passion, d'une passion partagée, vécue le plus souvent en communion avec la nature, mais aussi en communion avec d'autres, de sorte que le sujet du récit vire souvent du singulier au pluriel. D'une passion partagée au long de plusieurs décennies, en France, ailleurs en Europe ou dans d'autres parties du monde.

Il s'agit donc d'une longue chronique d'amitiés, d'aventures pittoresques et d'éclats de rire, de vadrouilles et de découvertes, de déceptions et d'actions de grâce, d'invocations désespérées aux éléments, au vent, à la pluie, à la neige, au brouillard, au soleil, d'émerveillements muets lorsque s'offrait à nos regards, au terme d'une longue marche, un torrent plus beau que nature, une chronique de cris, d'insultes, de bénédictions et de malédictions, de railleries, de défis et de clins d'oeil, de pique-niques dignes d'un Vatel, de soifs inextinguibles et de faims de loup.

À tous ceux qui, au bord d'une rivière sauvage, me ressemblent, je dédie ce livre.»

Bartolomé Bennassar



  • La revue de presse Christian Authier - Le Figaro du 27 mars 2008

Bartolomé Bennassar livre ses Mémoires de pêcheur de truites dans un récit où l'amitié et les souvenirs se croisent le long des rivières...
Chez Bartolomé Bennassar, la pêche est à la fois une malle à souvenirs et un enchantement face au spectacle de la vie. Dans la quête d'un «animal presque aussi vieux que l'Histoire» au milieu d'une «eau vive, identique et changeante», la rivière devient «une métaphore du temps». Patient, humble, mobile, en recherche permanente : le pêcheur rejoint alors autant l'historien que le romancier fasciné par l'agitation des hommes et «l'acharnement émouvant qu'ils mettent à s'aimer pour survivre».


  • Les courts extraits de livres : 09/02/2008

LA RIVIÈRE ET LE TEMPS
Envoi

La Dourbie glisse à mes pieds. À la rencontre du soir, la rivière est lumineuse, coulée de cristal, reflets d'émeraude, la brillance du diamant, l'eau pure des hautes terres. Mais elle paraît ce soir déserte, presque vide. Les truites sont absentes ou indifférentes. J'ai posé ma canne à mouche inutile au creux d'une conque de verdure, échappée au règne minéral, et j'attends.
Je suis bien. Le grand soleil de midi a chauffé la paroi de granit à laquelle je suis adossé et la roche lissée par la patience des siècles est encore tiède. En face, vers l'ouest, le ciel immobile rejoint la forêt.
À la mesure de l'instant, d'une heure ou deux peut-être, la rivière est immuable. Elle roule le même volume d'une eau identique et pourtant différente et ses façons de vivre se ressemblent. Les mêmes langueurs en amont, à l'arrondi d'une berge herbeuse et molle, le même courant tranquille devant moi, la même accélération bruyante dans l'étroit goulet qui rassemble un peu plus bas la moitié de la rivière, la même cascatelle à la rupture de pente, en aval. Bien sûr, ce n'est qu'un leurre, une supercherie permanente, cette mise en scène du temps qui passe au fil invisible de l'eau.

La rivière est la métaphore du temps. Sablier perpétuel, inexorable, indifférente à l'approche des ombres ou à l'éveil de la lumière, elle additionne les jours et les nuits, à la poursuite des recommencements. Parfois, elle roule les secondes dans le silence, inaudible à quelques mètres de distance, comme suspendue, miroir géant où se fracturent les arbres, où les oiseaux seuls préservent le mouvement. Parfois, elle fait croire que les secondes se dilatent parce qu'elle multiplie dans l'instant les images et les sons, cascades, remous, éclaboussures, écume, galets entrechoqués, rides et friselis nés du vent.
La rivière s'emballe, comme l'Histoire, accumule les surprises, superpose les images, un kaléidoscope inattendu ; puis, elle transforme le paysage, devient un théâtre de rencontres, se peuple d'insectes ; les éclairs fulgurants de poissons en chasse crèvent la surface de l'eau. Quelques heures de folie, comme dans une vie, lorsque les événements se bousculent et se carambolent, lorsque la planète crache, éructe, vomit, tremble, lorsque les hommes retournent à leurs démons. Puis, comme l'Histoire s'essouffle, ralentit, la rivière paresse, s'endort, chloroforme les heures, conjugue tous les modes de l'ennui. Il ne se passe plus rien, mais le temps l'accompagne dans sa dérive invisible vers la mer.

La rivière raconte les saisons. Celle que je connais le mieux change sans cesse d'apparence. Au début de l'hiver, lorsque s'est épuisée la dernière crue, dans l'eau limpide de décembre, sur les gravières calmes, parsemées de cailloux, on voit souvent, couchées sur le flanc, les truites en posture de frai ; puis, au coeur de l'hiver, la rivière charrie des glaçons entre des rives bleuies par le froid. L'herbe courte et raide craque sous les pas et les branches givrées des hêtres et des résineux s'affaissent jusqu'à effleurer le courant déserté par les poissons. La lumière éblouit les pendeloques de glace qui oscillent au gré du moindre vent. Parfois, quand des nuées livides envahissent le ciel, lorsque des flocons de neige quasi immatériels se posent sur l'eau, les truites abusées, qui imaginent une éclosion précoce, montent vers la surface.


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