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Auteur : Jacqueline de Romilly
Date de saisie : 05/03/2008
Genre : Biographies, mémoires, correspondances...
Editeur : Ed. de Fallois, Paris, France
Prix : 18.00 € / 118.07 F
ISBN : 978-2-87706-650-1
GENCOD : 9782877066501
Sorti le : 05/03/2008
Ce sont des «Mémoires pour rire», nous dit l'auteur.
En deux cents pages, et quatre chapitres, alternant souvenirs et réflexions, sur le ton charmant de la conversation qu'elle a aujourd'hui avec ses lecteurs, comme elle l'avait jadis avec ses élèves, Jacqueline de Romilly nous raconte les «histoires drôles» de sa vie.
«Les histoires que j'ai rapportées ici m'avaient sans doute fait sourire ; elles peuvent ne pas paraître à d'autres d'un comique très marqué ; mais on constatera que, presque chaque fois, j'ai été amenée à ajouter "et nous en avons ri longtemps ", ou bien "et ce souvenir est resté amusant pour nous ", ou bien "je ne l'ai jamais oublié ".
Peut-être les histoires comiques sont-elles comme le bon vin, qui s'améliore en vieillissant, ou, peut-être, représentent-elles des impressions de bonheur, de lumière et de rire, qui continuent à jeter leur éclat dans des moments où on pourrait en ressentir le besoin.
J'ai éprouvé du bonheur à revivre ces moments, dans le temps où je les racontais. Et à présent je vous les ai donnés : ne soyez pas sévères pour eux ; car, à mes yeux, c'est un assez joli cadeau.»
Ces pages sont des «Mémoires pour rire». Sa confession tient en une distance prise par rapport à l'expérience. Elle se tourne elle-même en dérision. Raconte des anecdotes vécues, entendues, par temps de paix ou de guerre (on découvrira comment le rire lui permit de ne pas céder à la tentation du malheur pendant les jours les plus noirs de l'Occupation). C'est drôle, divertissant, déroutant...
Ces souvenirs légers sont porteurs de gaieté, de jaillissement, d'entrain. C'est à peu près la définition de l'élégance.
Extrait de l'introduction :
Ce livre constitue des mémoires pour rire. Je veux dire par là qu'il regroupe une série d'anecdotes comiques qui se sont succédé au cours de ma vie. L'essentiel est qu'elles font partie de ma propre expérience. Par là, le livre diffère radicalement des recueils systématiques d'histoires comiques, groupées soit d'après l'origine, soit d'après le genre, et voués à rester distrayants, mais plus ou moins impersonnels. Quand, par hasard, il m'arrive de faire référence à une anecdote qui m'aurait amusée mais que je n'aurais pas vécue directement, je le signale en toute honnêteté.
En revanche, le livre peut réunir des histoires de genres très divers. Il peut s'agir de simples mots malheureux ou de circonstances bizarres, ou encore d'amusements partagés, ou du contraste entre l'histoire racontée et les moments parfois difficiles qui lui servent de cadre. On trouvera ici un peu de tout et je ne cherche pas à distinguer, par des analyses abstraites, ce qui est humour, ou ironie, ou bien burlesque, ou quiproquo. Je me suis laissé entraîner au fil du souvenir, réunissant tout naturellement des histoires apparentées, et procédant, de façon non moins naturelle, du plus extérieur au plus intime. Telle est, en effet, la voie de toute méditation qui se plaît à revenir sur le passé.
Si les histoires ainsi racontées sont très diverses, il faut cependant reconnaître qu'elles relèvent davantage d'un comique aimable et discret que d'un gros rire. Ma vie, en effet, n'est pas une série d'aventures extravagantes : elle n'est ni apparentée au cirque ou à la farce, ni, je l'avoue, proche des scènes les plus vives de Feydeau. Ainsi ne s'agira-t-il jamais de ce que l'on appelle le fou rire, ni des occasions où l'on «éclate» de rire ; il s'agira même rarement du comique de gestes, assez peu répandu dans une sage vie de professeur. Ce sont des historiettes candides et véridiques, où seuls quelques noms propres ont été changés, mais qui n'ont cessé de m'émerveiller au fil des années.
Il ne faudrait d'ailleurs pas croire qu'elles correspondent à une tendance qui amènerait à se moquer des autres. On peut rire des autres, mais on peut aussi rire de soi-même ; et j'ai souvent conscience du ridicule qui m'atteint ainsi.
Pour que l'on en ait une idée au seuil de ce petit recueil, je détacherai une histoire qui me concerne, et que j'ai plusieurs fois racontée dans des cercles d'amis. Elle mêle un peu tout : le malentendu sur les personnes, les circonstances aggravantes, les maladresses que l'on s'entend dire, le côté inextricable de la confusion ainsi créée. Et puis, on le verra, elle me laisse un rôle résolument fâcheux.
La scène se place à Londres, dans une institution qui existait alors et où étaient reçus, lors de leur passage, des professeurs de l'université de Lille et de divers autres établissements français venus pour des raisons de travail ou de collaboration avec des collègues anglais. Je m'y rendais moi-même pour une conférence. J'arrivai donc le matin, la conférence devant avoir lieu à l'université juste après le déjeuner. Je souhaitais me reposer un peu pour être en forme lorsque j'aurais à parler et je demandai à avoir tout de suite ma chambre. On me répondit que c'était impossible parce que «le montant en bois» se rabattait dès que l'on s'asseyait sur le lit ! Circonstance fâcheuse, évidemment ; mais je tenais à ce repos et j'insistai, en disant que je ferais bien attention, que je souhaitais pouvoir m'étendre un peu avant le déjeuner. Me voilà donc dans cette chambre et, avec des précautions extrêmes, me glissant sur ce lit, en tâchant de ne rien ébranler, quand je reçois sur la tête un coup brutal : le haut montant de bois, derrière les oreillers, s'était en effet rabattu avec une rare violence.
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