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Auteur : Antoine Laurain
Date de saisie : 20/02/2008
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : le Passage, Paris, France
Collection : Littérature
Prix : 17.00 € / 111.51 F
ISBN : 978-2-84742-111-8
GENCOD : 9782847421118
Sorti le : 03/01/2008
Tout fumeur qui "se respecte" a senti son sang devenir chaud a l'annonce de la loi sur l'interdiction totale de fumer dans les lieux publics. Mais lesquels d'entres eux ont commis un crime suite a cela ? Et bien c'est le cas de Fabrice Valantine, chasseur de têtes, qui n'aurait pas demandé plus que d'absorber tranquillement sa dose de nicotine journalière au bureau ou à la maison. Poussé par sa femme il décide d'aller voir un hypnotiseur. Très sceptique au début (qui ne le serrait pas ?) il se rend compte ensuite que ça marche ! L'envie de fumer a disparue ! Mais après la découverte d'une terrible nouvelle, il décide de se tourner à nouveau vers son amie : la cigarette, mais là...plus rien ! Plus aucun plaisir a fumer ! Puis, par hasard il découvre que le seul moyen pour faire revenir son plaisir, et sentir ses poumons se remplir de nicotine, c'est uniquement : tuer...
Un livre avec une nonchalance et des faits hallucinants, qui nous conduit sur les traces de Valantine jusqu'à la fin de son récit. "Fume et tue"...la morale serait-elle de laisser les fumeurs fumer ?...
Au panthéon des fumeurs cultes, vous avez connu Serge Gainsbourg, Winston Churchill, Humphrey Bogart, Georges Simenon...
Jamais vous n'oublierez Fabrice Valantine. Chasseur de têtes, accro à ses deux paquets de blondes quotidiens, Fabrice Valantine se rend un beau jour chez un hypnotiseur dont on lui a vanté les résultats miraculeux : à la surprise de tous, il a décidé d'arrêter de fumer ! La séance paraît tout d'abord réussir. Pourtant, quelques semaines plus tard, il craque, en allume une, et constate, stupéfait, que si l'envie de fumer demeure, le plaisir, lui, a totalement disparu.
Fabrice va bientôt découvrir que ses voluptueuses sensations ne lui reviennent... qu'après avoir commis un meurtre. Drôle, inquiétant, provocateur, Fume et tue raconte la vie tabagique et l'oeuvre criminelle d'un homme qui aurait bien voulu qu'on le laisse fumer ses cigarettes tranquillement.
Antoine Laurain est né à Paris au début des années 70. Après Ailleurs si j'y suis (prix Drouot 2007), Fume et tue est son deuxième roman.
Si je devais me pencher sur ma vie, au risque d'en éprouver un certain vertige, je dirais qu'avant les événements qui la bouleversèrent j'étais un homme sans histoires, presque banal. J'avais une femme, une fille, un métier dans lequel j'étais connu et reconnu et un casier judiciaire aussi vierge qu'une feuille Canson achetée chez un marchand de couleur. Quelque temps plus tard, on tenta de m'évincer de mon poste, ma femme me quitta, et j'avais quatre meurtres à mon actif. Ce parcours atypique, s'il me fallait le résumer en une formule accessible au plus grand nombre, je dirais que tout cela est «une histoire de cigarettes».
C'est en 2007 que la loi scélérate prit effet. Celle qui chassa les fumeurs en bas des bureaux, dans les cours qui ne resteraient pas longtemps, elles non plus, un espace autorisé. Les hommes de ménage, ou techniciens de surface, firent vite savoir que le soudain supplément de travail, dont les mégots étaient responsables, devenait ingérable sans une conséquente réévaluation du fruit de leur labeur. Les entreprises ignorèrent ces requêtes pécuniaires et précipitèrent les fumeurs sur le trottoir.
«Les lois scélérates mettent tout le monde sur le trottoir.» J'avais suggéré à mon avocat cette phrase choc, subtile référence à la loi Marthe Richard d'avril 1946 qui ordonna, sans craindre le paradoxe de la formule, la fermeture des maisons closes. Les bordels de luxe où le Champagne avait coulé à flots durant des décennies mirent alors la clef sous la porte. Tauliers et maquerelles connurent les affres de la dépression nerveuse, qui n'atteignait jusque-là que les grandes bourgeoises oisives et leurs maris surmenés. Les filles, elles, se retrouvèrent sur le trottoir. À leur compte, avant de tomber sous la coupe de maquereaux intraitables et parfois violents.
Les doux vices - porte-jarretelles, champagne, volutes, cigares, blondes en guêpière ou en paquet de vingt - finissent sur le bitume, à côté des poubelles, avec l'État dans le rôle du grand éboueur. Les cauchemars des auteurs de science-fiction sont les rêves de nos dirigeants : un monde dans lequel personne ne fume, personne ne boit, dans lequel tous les hommes sont des cadres dynamiques aux dents blanches et longues, dans lequel toutes les femmes sont souriantes, ont un métier épanouissant et 2,5 enfants chacune. Les lois morales pour le bien de tous construisent brique après brique un monde triste, uniforme, javellisé.
Mon avocat n'avait pas été convaincu par ma démonstration, encore moins par l'idée de la reprendre à son compte. Bien sûr, il avait l'intention d'évoquer la dépendance à la nicotine mais «sans trop pousser de ce côté-là», selon son expression. Je ne me tenais pas en face de lui simplement pour avoir fumé dans un lieu public, c'était «un peu plus grave que cela, monsieur Valantine».
Il existe différentes façons d'entamer une carrière criminelle. La première est d'être mû par une sorte de vocation. Les serial killers sont de bons exemples de cette précoce découverte : dès leur plus jeune âge, ils se sentent différents et éprouvent une très sûre animosité envers le monde qui les entoure, ainsi qu'une volonté plus que discutable de le façonner à leur convenance. Psychopathes, schizophrènes, paranoïaques, les qualificatifs médicaux ne manquent pas pour nommer ces personnes qui suppriment leur prochain avec force mise en scène et sauvagerie. Toutefois, comme ils reproduisent de crime en crime le même schéma, ils deviennent vite identifiables et finissent le plus souvent derrière les barreaux. Ils y font le bonheur des psychiatres et, depuis quelque temps, la fortune des romanciers.
Il faut avant toute chose distinguer le meurtrier, qui est un assassin occasionnel, de l'assassin qui, lui, est un meurtrier qui s'est professionnalisé. Le meurtrier, c'est par exemple le malheureux mari trompé qui sous le coup de la révélation de son infortune se saisit du fusil de chasse ou du couteau à découper les homards : s'il stoppe sa carrière aussitôt, il conserve son titre de «meurtrier». L'assassin, lui, la poursuit de crime en crime. Dans ce domaine, le nombre de forfaits et le casier judiciaire jouent beaucoup pour le qualificatif. Un meurtrier peut être un gangster qui, se sentant cerné par les forces de l'ordre, fait usage de son arme et ôte la vie à deux ou trois policiers.
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