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Auteur : Franz-Olivier Giesbert
Date de saisie : 08/02/2008
Genre : Policiers
Editeur : J'ai lu, Paris, France
Collection : J'ai lu. Policier, n° 8565
Prix : 6.70 € / 43.95 F
ISBN : 978-2-290-00731-0
GENCOD : 9782290007310
Sorti le : 08/02/2008
Un homme est laissé pour mort dans un parking avec 22 balles dans le corps.
Contre toute attente, il ressuscitera avant de se venger de ses ennemis. C'est l'histoire d'un Monte-Cristo des temps modernes, un suspense inspiré de faits réels mais où tout est inventé, au coeur du milieu marseillais.
Dans ce roman dont Marseille est le héros, toute ressemblance avec des personnages ayant existé n'est pas toujours fortuite. L'auteur a fait du vrai avec du faux et du faux avec du vrai.
C'est pourquoi, ici, tout est vrai et tout est faux, comme dans les livres, comme dans la vie, comme en Provence.
Franz-Olivier Giesbert : Ecrivain, journaliste, il fut directeur de la rédaction du Nouvel Observateur puis du Figaro, avant de diriger Le Point. Il est l'auteur d'une quinzaine de livres dont des essais, comme La tragédie du Président, publié en 2006, des romans, comme La Souille et Le Sieur Dieu, ou des comme l'Américain.
«Après le succès de La tragédie du Président, l'écrivain et journaliste publie un polar saignant sur le milieu marseillais. Garde à vue.»
Le Figaro
«Un coup de maître.»
Paris Match
Mort à Venise
«Comme tu as fait, il te sera fait.
Tes actes te retomberont sur la tête.»
Ancien Testament
C'était un vendredi soir, à Venise. Il régnait une grande agitation sur la place Saint-Marc. Le printemps donnait des ailes aux pigeons et les mâles faisaient la roue devant les femelles. Quand ils ne s'entre tuaient pas.
De temps en temps, si on n'y prenait garde, on pouvait buter sur un cadavre de pigeon, la tête en sang, les yeux crevés, la langue rougie et pendante. Tels sont les effets de l'amour. Du moins chez les pigeons.
Chacun des trois cafés de la place avait dressé devant sa devanture une estrade recouverte où un petit orchestre jouait des airs connus du répertoire classique ou populaire, c'était selon. D'où une certaine cacophonie, au total plutôt plaisante.
Après avoir hésité un moment, Ange Papalardo avait choisi d'inviter Lorraine à s'asseoir à la terrasse du café Florian. Ce serait sûrement le plus cher, à cause de toutes les gloires passées qui avaient posé leur cul sur ses fauteuils. Mais bon, il était très amoureux, Ange.
C'est au moment précis où il s'asseyait qu'il aperçut quelque chose qui le terrorisa. Une silhouette, un visage, un regard, il n'aurait pas su dire quoi. Sa bouche s'assécha d'un coup et son dos dégoulina de suées, tandis que ses yeux fouillaient dans la foule pour vérifier qu'ils avaient bien vu ce qu'il lui sembla voir, mais non, l'ombre s'était déjà fondue dans la masse.
«Y a un problème ?» demanda Lorraine.
Ange Papalardo ne répondit pas. Il vérifia son noeud de cravate, pour se donner une contenance.
«Quelque chose ne va pas ? insista-t-elle.
- Non, ce n'est rien. Juste ce maudit mal de crâne.
- Mon pauvre chéri.»
Sur quoi, Lorraine l'embrassa. Elle l'embrassait tout le temps, pour un oui pour un non. Il aimait ça comme il aimait sa façon de le bader, avec l'innocence de l'admiration.
Elle avait la vingtaine. Lui, la quarantaine. Ils n'étaient pas du tout assortis. Autant elle semblait un pur produit des beaux quartiers de Marseille, autant il incarnait le nouveau riche mal dégrossi. Habillé dernier cri, la montre tape-à-l'oeil, les dents trop parfaites pour être vraies.
Ange Papalardo était l'un des lieutenants de Rascous, numéro un du Milieu marseillais. Il avait des oursins dans les poches, le patron. Jamais un centime sur lui. D'où son surnom qui, selon le Dictionnaire du marseillais publié par l'académie de Marseille, signifie : «1. Avare, pingre, radin. 2. Teigneux. Du provençal rascous, rasclous.»
Il ne fallait pas se fier au front bas d'Ange Papalardo ni à son nez écrasé de boxeur. Malgré les apparences, ce n'était pas un truand à l'ancienne mais un homme plutôt fin qui lisait des romans, allait au théâtre et savait déchiffrer les comptes d'exploitation. Avec ça, fils et petit-fils de policiers. Il en avait gardé une passion effrénée de la vérité qu'il savait extorquer à la pince ou à la décharge électrique, avec une maestria incomparable, à tous les ennemis de son boss. Il ne l'aurait jamais avoué, fût-ce sous la torture, mais il pensait que le Rascous n'était pas à la hauteur. Trop cupide, trop inculte, trop premier degré. Souvent, on aurait dit qu'il avait perdu la tête, le patron. Quand il piquait ses crisettes, par exemple, et qu'il prétendait «fumer» tous ceux qui se mettaient en travers de son chemin. Les policiers, les juges et les truands concurrents.
Même s'il faisait tout pour le lui dissimuler, Ange savait que le Rascous l'avait percé. On ne supporte jamais le mépris de ses subordonnés. Dans la pègre, c'est même quelque chose qui ne pardonne pas. Ange se sentait donc en danger, ces temps-ci. Il voulait prendre du champ. Il y a longtemps qu'il y songeait mais c'était devenu une obsession depuis qu'il avait rencontré Lorraine, quinze jours auparavant. Une étudiante en droit, fille d'un des plus gros promoteurs immobiliers de Marseille.
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