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Auteur : Shalom Auslander
Traducteur : Bernard Cohen
Date de saisie : 02/07/2008
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Belfond, Paris, France
Collection : Littérature étrangère
Prix : 19.00 € / 124.63 F
ISBN : 978-2-7144-4430-1
GENCOD : 9782714444301
Sorti le : 21/02/2008
PRÉPUCE or not PRÉPUCE, voilà la vraie question que se pose Shalom Auslander avant la naissance de son futur fils... Elevé dans la plus pure tradition religieuse, mais rebelle dans l'âme, Shalom n'a de cesse de rendre des comptes à Dieu, qu'il soupçonne de ne même pas exister !
Un livre à l'humour juif inégalable !
Iconoclastes, hilarants et incroyablement touchants, les mémoires d'un jeune juif du New Jersey élevé dans la plus stricte tradition orthodoxe. Entre Chaïm Potok, Woody Allen et Philip Roth, un régal de drôlerie et d'émotion, un vrai morceau de bravoure contre tous les fondamentalismes religieux.
Quand il était petit, le jeune Shalom croyait aveuglément la parole des adultes : s'il allumait la télé pendant Shabbat, Dieu ferait perdre les Rangers, et tous ceux qui mangeaient du porc périraient dans d'atroces souffrances.
Et puis, Shalom a commencé à douter. De son père qui se saoule au vin casher et fait du Shabbat un véritable enfer. De sa mère qui le force à porter une kippa à la piscine. Et de Dieu Lui-même qui, télé ou pas, s'obstine à faire perdre les Rangers.
Alors Shalom s'est rebellé. Il a mangé des hot-dogs, lu en cachette les magazines cochons de son père, convoité de plantureuses shiksées blondes, et attendu, tremblant, l'inéluctable châtiment divin...
Aujourd'hui, son épouse, Orli, attend un bébé. Partagé entre son désir d'émancipation et son besoin de racines, Shalom est confronté à une agonisante question : quel sort doit-il réserver au prépuce de son enfant ?
Traduit de l'américain par Bernard Cohen.
«Navigant entre ses névroses de futur papa et ses névroses d'enfant, Shalom Auslander, dans la lignée de Philip Roth, déplore, dans des tirades comiques acérées et angoissées, sa maison asphyxiante, sa famille d'excentriques et la tentation de tout ce qui n'est pas casher, depuis les shiksas - les femmes goys -jusqu'au saucisson. L'ironie de son prénom, Shalom ("paix" en hébreu), ne passe pas inaperçue, lui dont l'âme tourmentée est étranglée par la peur face à un père alcoolique et injurieux, s'imaginant Dieu comme une présence menaçante et railleuse, inéluctable.»
Publishers Weekly
Shalom Auslander est né à Monsey, dans l'État de New York, dans une famille juive orthodoxe. Nominé pour le prix Koret, il a publié des articles dans Esquire et The New Yorker. La Lamentation du prépuce est son premier livre. Il est également l'auteur d'un recueil de nouvelles à paraître chez Belfond en 2009. Shalom Auslander vit à New York avec sa femme et leur fils.
Entre Woody Allen et Philip Roth, les péripéties d'un jeune Juif révolté par la tradition...
A tenter d'écrire une version subversive, comique et déjantée de L'élu, de Chaïm Potok, Blake Edwards (le réalisateur de The Party) n'aurait pas fait mieux que Shalom Auslander. C'est dire qu'il faudrait vraiment vouloir gâcher ses vacances ou provoquer un nouveau Déluge pour négliger d'emporter La lamentation du prépuce.
Pour faire un peu de théologie négative, ce qui compte, ce n'est pas de dire ce qu'est La Lamentation du prépuce, c'est de dire ce que ce livre n'est pas : un roman. Car Shalom Auslander est victime de son talent : son sens de la mise en scène, ses dialogues, son goût de la composition sont ceux d'un véritable romancier. Sans compter qu'encore une fois, il est victime de Dieu - dont il fait un personnage cruel et vivant, implacable, à l'instar d'un méchant de cinéma...
La Lamentation du prépuce est à l'évidence l'un des livres paranoïaques de l'année : Dieu n'est vraiment pas un ami qui vous veut du bien. Mais le texte de Shalom Auslander est aussi une réponse lyrique à L'Homme Moïse et la religion monothéiste, de Freud, plus influencé par Samuel Beckett ou Dostoïevski que par Woody Allen. Roman comique ? Récit satirique ? Souvenirs ? Toute l'habileté du livre est d'être un peu tout cela. Dans sa lutte avec Dieu, Shalom Auslander n'est pas avare de ses moyens.
Quand j'étais petit, mes parents et mes maîtres me parlaient d'un homme qui était très fort. Ils disaient qu'il était capable de détruire le monde entier. Ils disaient qu'il pouvait soulever les montagnes. Ils disaient qu'il pouvait ouvrir la mer en deux. Il était très important de ne pas le contrarier. Lorsque nous obéissions à ce qu'il avait édicté, cet homme nous aimait bien. Il nous aimait tellement qu'il tuait tous ceux qui ne nous aimaient pas. Mais si nous n'obéissions pas, alors il ne nous aimait pas. Il nous détestait. Parfois, il nous haïssait tellement qu'il nous tuait ; parfois, il laissait d'autres gens nous tuer. C'est ce que nous appelons les jours de fête : à Pourim, nous nous souvenons de la fois où les Perses ont essayé de nous tuer ; à Pessah, nous nous souvenons de la fois où les Égyptiens ont essayé de nous tuer ; à Hanoukka, nous nous souvenons de la fois où les Grecs ont essayé de nous tuer.
«Béni soit-Il», disions-nous dans nos prières.
Aussi terribles que pouvaient être ces punitions elles n'étaient rien à côté de celles que cet homme pouvait nous infliger lui-même. Et allons-y avec la famine, et allons-y avec les déluges, et allons-y avec la fureur vengeresse. Hitler avait pu exterminer les juifs mais cet homme, lui, avait noyé la planète. Nous avions une ritournelle à son sujet, au jardin d'enfants :
Dieu est ici,
Dieu est là,
Dieu est partout,
Un point c'est tout.
Ensuite, petit goûter et sieste agitée.
J'ai été élevé tel un veau dans la petite ville orthodoxe juive de Monsey, État de New York, où il était interdit de consommer du veau avec des produits lactés. Si on avait mangé du veau, il était interdit de manger des produits lactés pendant les six heures suivantes ; si on avait mangé des produits lactés, il était interdit de manger du veau pendant les trois heures suivantes. Il était interdit de manger du porc à jamais, ou en tout cas jusqu'à l'arrivée du Messie car c'est alors, nous avait appris Rabbi Napier en cours moyen deuxième année, que les méchants seraient punis, que les morts ressusciteraient et que les cochons deviendraient cachère.
- Génial ! m'étais-je exclamé en topant dans la main de mon meilleur copain, Dov.
- On verra si vous serez aussi frétillants au jour du Jugement de Dieu, avait répliqué Rabbi Napier en lançant un regard dégoûté par-dessus ses épaisses lunettes à monture en écaille.
Les gens de Monsey, qui avaient une peur bleue de Dieu, m'ont inculqué cette peur bleue aussi. Ils me parlaient d'une femme nommée Sarah qu'il avait rendue stérile parce qu'elle avait eu le malheur de rigoler ; d'un homme nommé Job qui, pris de tristesse, avait demandé «Pourquoi ?», alors Dieu était descendu sur terre, avait attrapé Job au collet en hurlant : «Pour qui tu te prends, bordel ?» ; d'un homme nommé Moïse qui s'était échappé d'Egypte, avait erré quarante ans dans le désert à la recherche d'une Terre promise et que Dieu avait tué avant qu'il n'y parvienne - un plaquage juste avant la ligne de transformation - parce qu'il avait péché, une fois, quatre décennies auparavant. Son crime ? Avoir frappé un rocher avec un bâton.
Et c'est pourquoi, au début de l'automne, quand les feuilles s'étiolaient, changeaient de couleur puis tombaient foudroyées sur le sol, les braves gens de Monsey se regroupaient dans toutes les synagogues de la ville et se demandaient en choeur de quelle manière Dieu allait les tuer : «Qui vivra et qui mourra, disait la prière, qui atteindra son temps et qui décédera prématurément, qui périra par l'eau et qui par le feu, qui par l'épée, qui par les bêtes sauvages, qui par la famine, qui par la soif, qui par la tempête, qui par la peste, qui par strangulation et qui par lapidation.»
Ensuite, déjeuner et sieste agitée.
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