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Auteur : Gosta Esping-Andersen | Bruno Palier
Traducteur : Marianne Groulez
Date de saisie : 19/02/2008
Genre : Société Problèmes et services sociaux
Editeur : la République des idées, Paris, France | Seuil, Paris, France
Collection : La République des idées
Prix : 11.50 € / 75.44 F
ISBN : 978-2-02-097098-3
GENCOD : 9782020970983
Sorti le : 14/02/2008
Pour beaucoup aujourd'hui, les dépenses de l'Etat-providence (retraites, assurance-maladie...) sont un coût qu'il s'agit sinon de réduire, en tout cas de contenir. Et si elles devenaient un investissement ? Un investissement dans l'avenir, non seulement pour protéger les individus contre les aléas de la vie, mais pour les aider à rester maîtres de leur destin tout en répondant aux défis économiques de demain ? C'est à cette révolution sociale et politique que nous invite le grand sociologue Gosta Esping-Andersen.
Gosta Esping-Andersen est sociologue, spécialiste de l'État-Providence. Il est actuellement Professeur à l'université Pompeu Fabra de Barcelone. Il a notamment publié Les Trois Mondes de l'État-Providence (PUF, 2007) qui s'est imposé comme une référence internationale.
Bruno Palier, chercheur du CNRS et enseignant à Sciences-Po Paris, est spécialiste des réformes des systèmes de protection sociale en Europe. Il présente ces «Trois leçons».
Extrait de la présentation de Bruno Palier :
Quel État-providence pour les sociétés postindustrielles vieillissantes ?
Alors que l'avènement de l'économie post-industrielle a remis en cause les compromis qui ont porté la croissance des Etats-providence européens, les grandes évolutions sociales récentes (entrée des femmes sur le marché du travail, vieillissement de la population, inégalités croissantes...) appellent de nouvelles interventions. Est-il aujourd'hui possible de trouver les nouveaux compromis qui permettraient de redéfinir les missions de l'Etat-providence au XXIe siècle ? Les trois leçons que l'on va lire proposent une véritable révolution dans l'approche de cette question. Elles proposent de substituer à une conception traditionnelle et statique des politiques sociales, visant à réparer les situations les plus difficiles ou bien à remplacer les revenus perdus, une perspective dynamique prenant en compte les trajectoires des individus, leurs aléas dans l'économie de la connaissance, et l'émergence de nouvelles inégalités entre les genres, les générations et les groupes sociaux propres aux sociétés post-industrielles. Cette approche montre que les politiques sociales ne peuvent plus se contenter d'être des dispositifs d'indemnisation, mais qu'elles doivent porter une stratégie collective d'investissement social. Bref, il s'agit de passer d'un État-providence essentiellement «infirmier», à un État-providence «investisseur».
Etat-providence et société industrielle
Les systèmes d'assurance sociale, figure principale de l'État-providence en Europe continentale, sont l'émanation et le support de la société industrielle. Ils naissent au XIXe siècle avec la révolution industrielle et son corrélat social : l'émergence du salariat. Destinées à garantir la continuité du revenu des ouvriers qui ont perdu les solidarités familiales et locales de la société agricole, elles permettent en même temps aux patrons de s'assurer la fidélité, la stabilité et la qualité de leur main-d'oeuvre.
Au cours des trente années qui suivent la Seconde Guerre mondiale, le fordisme et les approches keynésiennes des politiques économiques vont permettre une véritable explosion des dépenses sociales (de 5 à 25 % du PIB en moyenne en Europe). Pendant cette période, les politiques économique et sociale semblent se renforcer l'une l'autre. Les dispositifs de protection sociale permettent alors de soutenir et de relancer la croissance économique : ils sont créateurs d'emploi (professions sanitaires, sociales et d'administration de la protection sociale); ils permettent de soutenir la capacité à consommer de ceux qui ne peuvent plus travailler (pour cause de maladie, chômage, vieillesse, invalidité); dans la mesure où ils garantissent une sécurité du revenu, ils libèrent l'épargne de protection et permettent de consacrer une part croissante des revenus à la consommation ; ils sont aussi des instruments de relance de la consommation (par le biais d'une augmentation des prestations sociales ou de créations d'emplois dans les services sociaux publics). La croissance économique des «Trente glorieuses» (1945-1975) repose en grande partie sur les interactions vertueuses entre développement de l'industrie de biens standardisés de grande consommation, consommation de masse et généralisation de la protection sociale.
Utile à l'économie, la protection sociale permet en même temps de répondre aux besoins sociaux de l'époque : améliorer la santé de la population dont l'espérance de vie dépasse rarement 65 ans, lutter contre la pauvreté, qui est alors - et depuis longtemps - concentrée sur les personnes âgées, et soutenir la nouvelle répartition des rôles sociaux. Alors que dans les sociétés agricoles, tout le monde travaillait à la ferme (les hommes, les femmes et les enfants), la société industrielle définit une nouvelle répartition des tâches, où les hommes garantissent le revenu et la protection sociale de l'ensemble du ménage, les enfants sont de plus en plus scolarisés, et les femmes supposées rester à la maison et prendre en charge les travaux domestiques.
Si tous les États-providence développés partagent les fonctions de soutien à la demande et d'indemnisation des risques sociaux, les différents pays occidentaux n'ont pas tous mis en place les mêmes dispositifs de protection sociale.
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