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Auteur : Daniel Alarcon
Traducteur : Pierre Guglielmina
Date de saisie : 27/02/2008
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Albin Michel, Paris, France
Collection : Grandes traductions
Prix : 22.00 € / 144.31 F
ISBN : 978-2-226-18238-8
GENCOD : 9782226182388
Sorti le : 27/02/2008
Après dix années de guerre civile, un pays d'Amérique latine non identifié est plongé dans un état d'extrême désolation. La junte militaire, après avoir défait les rebelles, a entrepris de rebaptiser les lieux en leur affectant un simple numéro. Désormais, évoquer le passé est devenu suspect.
Norma, présentatrice vedette de l'émission Lost City Radio, est le dernier espoir de tous ceux qui sont à la recherche d'un «disparu». Mais lorsqu'un enfant lui demande de diffuser sur les ondes les noms des habitants de son village portés disparus, Norma doit se confronter à son propre passé et au souvenir de son mari dont elle a perdu la trace tandis qu'il faisait route vers ce même village perdu dans la jungle...
Ce roman sombre, au style minimaliste, touche à l'universel à la façon des plus grands maîtres de la littérature sud-américaine.
«Un livre d'une puissance exceptionnelle.»
The Guardian
Né au Pérou en 1977, élevé en Alabama, Daniel Alarcón a été distingué en 2007 par le magazine Granla comme l'un des dix meilleurs romanciers de moins de trente cinq ans (à l'instar de son compatriote Dinaw Mengestu). Il est aujourd'hui directeur adjoint d'Etiqueta Negra, prestigieux mensuel littéraire de Lima. Lost City Radio, son premier roman, lui a valu un concert d'éloges à sa parution. Il est déjà traduit en huit langues. Son premier livre, un recueil de nouvelles, War by Candlelight, a été finaliste du prix de la Fondation PEN/Hemingway ; il sera traduit l'an prochain chez Albin Michel. Le dossier de presse (un entretien et un portrait de l'auteur) est disponible sur demande.
Il raconte dans un étrange passé-présent les destins de personnages fantômes pas forcément sympathiques, juste passionnément humains ; et dépeint, jusqu'à la magie noire, l'anonymat mortifère auquel réduisent les dictatures, les individualités qui se noient, les mémoires interdites. Choisir la mort, ici, devient un bouleversant acte de vie.
Sur ce suspense, Daniel Alarcón greffe un tableau effrayant de la guerre civile, avec son lot de tortures et d'épurations : son roman est à la fois un réquisitoire politique et une remarquable méditation sur la solitude de ceux que la violence a rendus orphelins. Branchez vous sur Lost City Radio, vous y entendrez un requiem bouleversant.
Lost City Radio a valu à son auteur d'être classé par la revue britannique Granta parmi les meilleurs nouveaux écrivains américains. Il est peut-être un peu tôt pour affirmer que la relève de Mario Vargas Llosa ou de V. S. Naipaul est assurée, mais la bravoure et la maîtrise que déploie ici Alarcón sont impressionnantes. Aux lecteurs français souffrant d'une trop forte absorption de "moi" nombrilique, on se doit de recommander ce livre, mieux, le prescrire d'urgence : Lost City Radio est garanti sans autofiction ni ego littérairement modifié.
L'auteur américain Daniel Alarcón, né au Pérou évoque un pays d'Amérique du Sud où les villes et les êtres disparaissent sans raison. Déroutant et fascinant...
Dans le premier roman de Daniel Alarcón, auteur américain né au Pérou en 1977, on ne sait pas trop si l'apocalypse a déjà eu lieu ou si elle est imminente. Des villes, des quartiers, ont été rayés de la carte puis reconstruits sauvagement après une guerre civile, dépouillés de toute humanité. On n'est pas loin de 1984, dans ce pays indéterminé d'Amérique du Sud, où les lieux se nomment comme les années de la Terreur ou presque : 1791, 1793, 1797... La capitale ressemble à une grille de bataille navale, à chercher une adresse, F-10, on pourrait même se faire torpiller...
Qui est vraiment Rey ? Un homme aux cent visages et à la double vie déroutante, qui est terrifié par la répression, mais la suscite en écrivant dans des journaux dissidents. Un personnage complexe, aussi odieux qu'attachant. Exactement comme l'univers de Daniel Alarcón, un monde hostile, inhumain, au climat impossible, mais dans lequel on se plonge avec volupté.
Ils ont interrompu l'émission de Norma ce mardi matin-là parce qu'un garçon avait été déposé à la station. Il était silencieux et maigre, et il tenait un mot à la main. Les gens à la réception l'avaient laissé entrer. Une réunion avait été organisée.
La salle de conférences était inondée de lumière et offrait une vue panoramique sur la ville, vers l'est en direction des montagnes. Lorsque Norma est entrée, Elmer était assis à la tête de la table et se frottait le visage comme s'il venait de se réveiller d'un sommeil sans repos, insatisfaisant. Il a hoché la tête au moment où elle s'est assise, puis s'est mis à bâiller tout en tripotant le capuchon d'une fiole de médicaments qu'il avait sortie de sa poche. «Va me chercher de l'eau, a-t-il grogné en direction de son assistant. Et vide ces cendriers, Len. Nom de Dieu.»
Les yeux fixés sur ses pieds, le garçon était assis sur une chaise très raide, en face d'Elmer. Il était mince, l'air fragile, et ses yeux étaient trop petits pour son visage. Il avait le crâne rasé - pour se débarrasser des poux, a pensé Norma. Il y avait un début de duvet sur sa lèvre supérieure. La chemise était élimée et son pantalon sans ourlet était tenu à la taille par un lacet de chaussure.
Norma s'est assise le plus près possible de lui, le dos tourné à la porte, en faisant face à la ville blanche.
Len est réapparu, une carafe à la main. La surface de l'eau était couverte de bulles d'une teinte légèrement grise. Elmer s'est servi un verre et a avalé deux pilules. Il a toussé dans sa main. «Bon, allons-y, a dit Elmer, une fois que Len a été assis. Nous sommes désolés d'avoir interrompu les nouvelles, Norma, mais nous voulions que tu fasses la connaissance de Victor.
- Dis-lui quel âge tu as, petit, a dit Len.
- J'ai onze ans», a dit l'enfant d'une voix à peine audible. «Et demi.»
Len s'est éclairci la gorge, a jeté un coup d'oeil en direction d'Elmer, comme pour obtenir la permission de parler. Au hochement de tête de son patron, il a commencé. «C'est un âge formidable, a dit Len. Et tu es venu voir Norma, c'est bien ça ?
- Oui, a répondu Victor.
- Vous le connaissez ?» Norma ne le connaissait pas.
«Il dit qu'il est venu de la jungle, a poursuivi Len. Nous avons pensé que tu aimerais faire sa connaissance. Pour l'émission.
- Parfait», a-t-elle dit. «Merci.»
Elmer s'est levé puis s'est dirigé vers la baie vitrée. Sa silhouette se découpait sur la lumière à la fois éclatante et voilée. Norma connaissait bien ce panorama : la ville au-dessous, s'étirant sur la ligne d'horizon et même au-delà. Le front collé sur la vitre, on pouvait voir la rue en bas, cette large avenue congestionnée par la circulation et les piétons, les bus, les moto-taxis et les charrettes de marchands de légumes. Ou bien la vie sur les toits : dans la forte brise en provenance de la mer, les vêtements suspendus sur les fils à côté des poulaillers rouilles, des vieux qui jouaient aux cartes sur un vieux carton de lait, des chiens qui aboyaient furieusement, les crocs étincelants. Elle avait même vu, un jour, un homme assis sur son casque de chantier jaune, en train de sangloter.
Elmer voyait peut-être quelque chose à l'instant même, mais il n'avait pas l'air d'y accorder le moindre intérêt. Il s'est retourné vers les autres. «Pas seulement de la jungle, Norma. De 1797.»
Norma s'est redressée sur son siège. «Qu'est-ce que tu racontes, Elmer ?»
C'était une des rumeurs qu'ils savaient fondées : les fosses communes, les villageois anonymes, assassinés et empilés dans des fossés. Ils n'en avaient jamais parlé aux nouvelles, bien sûr. Personne ne l'avait fait. Ils n'en avaient pas parlé depuis des années. Elle a senti un poids sur sa poitrine.
«Ce n'est sans doute rien d'important, a dit Elmer. Montrons-lui la note.»
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