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Auteur : Erik Orsenna
Date de saisie : 31/03/2008
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Stock, Paris, France
Collection : Bleue
Prix : 18.00 € / 118.07 F
ISBN : 978-2-234-06140-8
GENCOD : 9782234061408
Sorti le : 27/02/2008
La chanson de Charles Quint relate un évènement majeur dans l'histoire de l'auteur : la disparition de sa femme. Ou plutôt de son amour. De son seul amour. En tous les cas, du seul «amour unique» qu'il connut, dans la multitude de ses amours «morcelés», comme il les définit. C'est aussi son histoire de frère. Une relation fraternelle aux liens profonds, bien que tendus dans leur volonté si farouche d'être aussi différents que deux frères peuvent l'être. La chanson de Charles Quint parle donc d'amour, de sentiment amoureux, et fraternel, amical aussi, filial parfois. D'amour et de mort. D'une vie d'amour dans la mort de l'autre. De vie par-dessus tout, avec ses morts, ses fantômes, ses souvenirs et ses mille regrets, ses illusions et ses millions de petits bonheurs.
Erik Orsenna livre ici le plus intime des souffles. Celui qui forge un homme, et qui le porte.
La chanson de Charles Quint
«Comment vous expliquer d'un mot, vous qui ne l'avez pas connue ? Comment la saluer au plus juste maintenant qu'elle n'est plus ? Quel portrait d'elle puis-je toujours garder sur moi, que personne ne me vole, et pas même la vie qui passe ?»
Le nouveau roman de l'académicien se lit comme on écoute une jolie chanson : il est mélancolique, mais sa belle mélodie nous accompagne longtemps après qu'on a tourné les pages...
La Chanson de Charles Quint il s'agit de Mille regretz, la chanson vedette de la Renaissance, est aussi une ode à la fraternité. Erik Orsenna met en scène les relations entre deux frères que tout oppose «un frère à l'amour morcelé et un frère à l'amour uni que», le romancier ne souhaite pas, au début, leur donner de prénom, car, dit-il, les prénoms sont partagés par trop de monde. Et dans ces pages-là, on retrouve le conteur fabuleux, sa verve, son style alerte qui rappelle celui de Madame Bâ, cette façon si particulière de nous mener là où il le veut, de nous donner à sourire, même si l'histoire est triste. C'est délicieux. C'est délicat. Sous le vernis de la légèreté l'on devine des moments de douleur inconsolable.
Le narrateur nous promène ainsi, d'émotions en clins d'oeil, tout en nous mettant en garde contre les faux-semblants. "Mes amis savaient quelle désolation se cache derrière le sourire perpétuel." Il voit régulièrement surgir un fantôme, le regret. Comme cette chanson triste de la Renaissance, Mille regrets, à laquelle Charles Quint était tant attaché...
Mais ce livre de fidélité et de douceur amère, en pointillé, lui interdit de trop jouer. Il nous a introduits dans son intimité, ne nous faisant visiter qu'une partie de la maison, entrouvrant les portes et les refermant aussitôt. Puis il nous a raccompagnés, toujours avec ce sourire - ce sourire dont il faut se méfier -, nous laissant sur le seuil, admiratifs, touchés et un peu désemparés.
On croisera beaucoup de fantômes dans le dernier roman d'Erik Orsenna. Ainsi que des chansons, des morceaux de Bretagne, des poèmes espagnols et des sentiments vécus au futur antérieur-ce temps de conjugaison qui maintient de la promesse dans le révolu. Les connaisseurs du coeur humain se doutaient bien que, derrière sa jovialité sautillante, l'auteur de «L'exposition coloniale» abritait un tempérament de mélancolique contrarié...
D'où le charme particulier de cette «Chanson de Charles Quint» écrite à l'os, sans flonflons, à peine fleurie, grave comme une leçon de ténèbres...
On entend là, sans conteste, le pouls d'un écrivain pudique. C'est très enlevé. Souvent drôle. Plein de larmes. On s'y plonge comme dans un lac de félicité perdue. Et tout indique que cet Orphée, instruit par la maladresse de son ancêtre mythologique, n'a plus ici l'intention d'abandonner son âme soeur.
Avec «la Chanson de Charles Quint», texte très intime métamorphosé en conte de fées, voici Orsenna tel qu'en lui-même la légende le fixe et la littérature lui cède : juvénile, malgré ses 60 ans passés, optimiste, malgré ses désillusions, et gai, malgré son irrépressible mélancolie. C'est vraiment notre nouveau Giraudoux. D'un tombeau, il fait une goélette. Et d'un regret, une promesse...
Une seule certitude : la femme solaire qu'a aimée le prince Erik ne dort pas sous une pierre tombale, elle séjourne, tant qu'il y aura des lecteurs pour succomber à son charme et mesurer son cran, dans «la Chanson de Charles Quint».
Comment vous expliquer d'un mot, vous qui ne l'avez pas connue ? Comment la saluer au plus juste, maintenant qu'elle n'est plus ? Quel portrait d'elle puis-je toujours garder sur moi, que personne ne me vole, et pas même la vie qui passe ?
J'ai cherché des ressemblances parmi les êtres humains, parmi les animaux et les plantes.
Et je n'en ai pas trouvé.
J'ai dû regarder ailleurs.
J'ai dû lever très haut les yeux.
Cette femme était un soleil.
Un soleil percé de deux yeux bleus.
Un soleil perché sur des jambes de danseuse, c'est-à-dire aussi longues que solides et d'abord rebelles : refusant de marcher comme tout un chacun, des jambes qui inventaient des pas venus d'on ne savait où, des jambes toujours prêtes à quitter le sol pour battre dans l'air d'étranges mesures, des jambes, il suffisait d'y poser un doigt pour partir en voyage.
Un soleil très différent, vous l'avez deviné, du soleil officiel : aucune routine dans ses trajets. Ce soleil-là pouvait surgir n'importe quand et n'importe où, à n'importe quel endroit du ciel ou de la terre.
Un soleil imprévisible, un soleil lunatic, un enfant de Lewis Carroll.
Un soleil qui réchauffait de jour comme de nuit : un soleil généreux, un soleil inventif.
Un soleil à éclipses : alors, il fallait le prendre dans ses bras pour qu'il accepte de se rallumer.
Un soleil qui prenait le temps.
Un soleil qui n'aimait rien davantage que parler aux enfants.
Un soleil rencontré au début de novembre.
Encore faut-il, pour comprendre l'histoire, que vous appreniez dans quel univers était tombé ce soleil au début de novembre.
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