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Auteur : Elisabeth de de Fontenay
Date de saisie : 18/07/2008
Genre : Philosophie
Editeur : Albin Michel, Paris, France
Collection : Bibliothèque Albin Michel des idées
Prix : 18.00 € / 118.07 F
ISBN : 978-2-226-17912-8
GENCOD : 9782226179128
Sorti le : 27/02/2008
Dix ans après avoir arpenté, dans Le Silence des bêtes, les diverses traditions occidentales qui, des Présocratiques à Jacques Derrida, ont abordé l'énigme de l'animalité, Elisabeth de Fontenay s'expose au risque et à l'urgence des questions politiques qui s'imposent à nous aujourd'hui. L'homme se rend-il coupable d'un crime lorsqu'il tue ou fait souffrir une bête ? Faut-il reconnaître des droits aux animaux ?
Cette approche philosophique qui s'essaie à travers sept perspectives différentes atteste, on ne s'en étonnera pas, un refus constant de dissocier le parti des bêtes et celui de l'exception humaine.
Elisabeth de Fontenay est philosophe. Elle est l'auteur de plusieurs livres devenus des classiques, et notamment de la somme à laquelle cet ouvrage fait suite : Le Silence des bêtes. La philosophie à l'épreuve de l'animalité (1998).
Dans un livre magistral, la philosophe poursuit sa réflexion sur la frontière invisible entre le monde animal et le genre humain...
On le voit, loin d'être offensé, le genre humain est honoré par le courage d'une personne telle qu'Elisabeth de Fontenay, libre et lucide, une matriarche de la Bible qui aurait lu Diderot. Héritière des Lumières, brillant produit du système éducatif français, élève de Vladimir Jankélévitch, admiratrice de Hans Jonas, elle a conscience d'être une «marginale», une émigrée de l'intérieur. Et bien sûr, c'est grâce à ce regard excentré (et parfois excentrique !) qu'elle réussit à mettre en évidence ce que d'autres passent tranquillement sous silence - et à faire entrer de plein droit la compassion dans la philosophie...
Car ce qui est en question, dès qu'il s'agit des bêtes, c'est bien la destinée de l'être humain au sens défini, superbement, par Rimbaud : «Voleur de feu, chargé de l'humanité des animaux mêmes.» Ces animaux... qui nous regardent.
Si demeure l'énigme de l'autre, demeure donc, à plus forte raison, l'énigme de l'animal, en tant qu'«absolument autre», éloigné de l'homme par un «abîme» plus profond, selon Heidegger, que celui qui le sépare de Dieu. Autant de questions qui ne peuvent pas ne pas convoquer la philosophie. Et, de fait, depuis quelques décennies, celle-ci a été comme aimantée par le thème de l'animalité. De ce «mouvement», l'une des actrices principales a été Elisabeth de Fontenay, qui, en 1998, a publié un ouvrage devenu d'emblée classique : le Silence des bêtes (Fayard)...
Aujourd'hui, elle publie Sans offenser le genre humain, un ensemble de «Réflexions sur la cause animale» qui s'inscrivent dans la suite du Silence des bêtes, et traitent, sur le plan moral et politique, la question, qu'à dessein elle n'avait pas traitée, de la «dite différence zoo-anthropologique». Comment ne pas «renier le parti des animaux», tenir à la «responsabilité mystérieuse d'une bonne volonté envers les bêtes» et être fidèle à un humanisme matérialiste qui s'interdirait d'appeler les hommes des «animaux humains» et ne serait pas indexé à un «propre de l'homme» - «ce catéchisme métaphysique, inutile aux humains et nuisible aux bêtes» ?
«Le philosophe, celui que l'animal ne regarde pas»... Lorsque j'ai, pour la première fois, entendu Jacques Derrida au Collège de philosophie, celui de Jean Wahl, j'ai réagi, toute proportion gardée, comme Malebranche après la lecture du Traité de l'homme de Descartes : «Des battements de coeur l'obligeaient quelque fois d'interrompre sa lecture», écrit Fontenelle... Je ne me suis jamais plus, par la suite, détachée de cette oeuvre et de cet homme, même s'il m'arrivait souvent de peiner à me mettre dans certains de ses pas.
Mais j'aurai en quelque sorte manqué les premières traces de la pensée derridienne des animaux, car c'est seulement en entendant, puis en lisant De l'esprit, en 1987, que j'ai mesuré la force et l'ancienneté de cette insistance. Puis, de nouveau, en 2001, dans le dialogue avec Elisabeth Roudinesco.
Les bêtes, c'est depuis vingt ans que pour ma part j'y pensais, mue par une volonté de confronter certaines expériences familières à ce que les philosophes, d'âge en âge, avaient écrit sur les animaux. «La raison du plus fort», longue préface à Trois traités pour les animaux de Plutarque, était parue en 1992, puis Le Silence des bêtes, en 1999.
Je n'avais pas participé à la décade de Cerisy autour de Derrida, dont les actes furent publiés sous le titre L'Animal autobiographique, fin 1999. Ce n'est qu'à ce moment que je découvris l'introduction qu'il avait faite à sa communication. Sous le titre L'animal que donc je suis fut publiée en 2006, après sa mort, la totalité de son intervention.
Tout ceci pour dire, le plus modestement possible, que, sur cette question, ma démarche fut à la fois parallèle et asymptotique à la sienne, et que je ne saurais publier les textes que j'ai écrits et prononcés dans le sillage du Silence des bêtes sans méditer préalablement sur ce qui, de lui, parut après la publication de mon livre. Car ce sont là une parole que je ne sus entendre, puis un texte que je pus lire en temps opportun. Histoire de dette et de dates.
«De l'animal qui vient à Derrida» : ainsi pourrait-on parodier de manière amicalement blasphématoire le titre d'un très grand texte de Levinas : De Dieu qui vient à l'idée. L'animal, dès qu'il s'est introduit chez Derrida pour y faire oeuvre, a fonctionné non comme un topos ou un philosophème, mais comme un trope majeur, une ressource d'arguments au service de la déconstruction du propre de l'homme, c'est-à-dire de la métaphysique humaniste et de sa rhétorique autoritaire, celle qui persiste par exemple, et par excellence, chez Heidegger, quand celui-ci établit un abîme, de diverses façons qualifié, entre le «seulement vivant» et le Dasein. Les opérateurs que sont trace, écriture, graphème ont, dès le commencement de l'entreprise grammatologique, permis d'excéder-précéder l'opposition humain/non-humain. Le nouveau concept de trace avait pour destination de s'étendre à tout le champ du vivant, par-delà les limites anthropologiques du langage, celles du phonologocentrisme. C'est pourquoi, dans des textes tardifs, Derrida aura rappelé, en une sorte de récapitulation auto-bio-bibliographique, comment et combien l'animal et les animaux s'étaient toujours déjà glissés dans son travail. Sans aucunement présenter une périodisation de l'oeuvre - un tel propos apparaîtrait comme un grave contresens -, je distinguerai trois strates de la déconstruction, qui, tout en s'interpénétrant, témoignent d'une radicalisation et d'un déplacement du propos : stratégie par l'animal, exposition à un animal ou à cet animal, compassion envers les animaux.
La stratégie, en premier lieu. L'animal est introduit d'abord comme un cheval de Troie dans la métaphysique, celle qui court de Descartes à Levinas. Il permet une opération de rupture visant à effacer ou, mieux, à bouleverser la frontière dite anthropologique. De tous les renvois dos à dos d'oppositions auxquels se livre Derrida, celui de l'homme et de l'animal est le plus décisif : on pourrait dire qu'il est celui qui commande les autres. Il s'agit pour lui de montrer la récurrence d'un invariant afin de rabattre la conception heideggérienne du Dasein sur les humanismes métaphysiques cartésien et hégélien : langage, mains, esprit, mort, mais aussi devenir sujet, historicité, sortie de la nature, socialité, accès au savoir et à la technique. Autant de manières, pour la tradition métaphysique, de re-marquer indéfiniment une supériorité assujettissante de l'homme sur l'animal qui prend aussi bien la forme d'une «projection appropriante» que d'une «interruption coupante».
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