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Le fil d'une vie : récit autobiographique

Couverture du livre Le fil d'une vie : récit autobiographique

Auteur : Goliarda Sapienza

Traducteur : Nathalie Castagné

Date de saisie : 30/04/2008

Genre : Romans et nouvelles - étranger

Editeur : V. Hamy, Paris, France

Prix : 22.00 € / 144.31 F

ISBN : 978-2-87858-267-3

GENCOD : 9782878582673

Sorti le : 15/02/2008

"Je n'eus plus froid, et de lui j'appris que la chair a un goût de pain chaud sortant du four, que la salive désaltère, que les larmes nourrissent avec leur sel..."
"Le fil d'une vie" rassemble "Lettre ouverte" et "Le Fil de midi", récits autobiographiques préfigurant l'intense "L'Art de la joie" (paru en 2005 chez le même éditeur). Intemporel et donc actuel. Ne passez pas à côté...


  • Les présentations des éditeurs : 17/09/2008

«Chaque personne a droit à son propre secret et à sa propre mort. Et comment puis-je vivre ou mourir si je ne rentre pas en possession de ce droit qui est le mien ? C'est pour cela que j'ai écrit, pour vous demander de me rendre ce droit. [...] et si je meurs foudroyée par l'éclair de la joie, si je meurs vidée de mon sang par les blessures ouvertes d'un amour perdu que rien n'aura pu refermer, je vous demande seulement ceci : ne cherchez pas à vous expliquer ma mort, ne la cataloguez pas pour votre tranquillité, mais tout au plus pensez en vous-mêmes : elle est morte parce qu'elle a vécu.»

La matière de L'Art de la joie est déjà présente dans ces écrits existentiels; bien de ses éléments transmués aboutiront à cette autobiographie essentielle qu'est tout véritable roman. Où Goliarda Sapienza va mettre en jeu sa propre vie, comme elle la met en jeu ici, directement, avec une intrépidité, une force, un discernement, d'autant plus émouvants qu'ils naissent de la fragilité que nous lui découvrons. De quels enchantements, de quel chemin plein d'entraves sont issus sa puissance et son art de la joie ? Lisons, pour le savoir, ce double témoignage qui s'offre comme une archéologie de Modesta.

Le Fil d'une vie rassemble Lettre ouverte et Le Fil de midi, deux récits autobiographiques de Goliarda Sapienza, l'auteur de L'Art de la joie paru en 2005 aux Éditions Viviane Hamy.



  • La revue de presse René de Ceccatty - Le Monde du 4 avril 2008

Elle entreprenait vers 40 ans de décrire son enfance, puis de relater ses entretiens psychiatriques. Son enfance et son adolescence sont tracées à grands traits, souvent délibérément obscurs, parfois remarquablement mis en scène, avec un art qui annonce la romancière d'un livre unique qu'elle sera. Ses séances de psychothérapie sont des leçons de lucidité, si peu hétérodoxes soient-elles, comme le souligne Nathalie Castagné dans sa préface. Les analyses de rêve à deux tentent de mettre à nu les motifs d'un malaise persistant et confinant à un réel délire. Trop de modèles (la mère, mais aussi le mari, Francesco Maselli, cinéaste engagé, et sa soeur Titina Maselli, peintre et décoratrice de renom) et trop peu de "réalité". Le rêve se substitue rapidement à cette réalité. La solution, on le verra, sera dans la rédaction d'un chef-d'oeuvre, ou plutôt d'une oeuvre sans modèle. "Je dois naître encore une fois, écrit lucidement Goliarda Sapienza à la fin de son deuxième récit, je nais avec sang et chair déchirée autour de ma tête..."...
Il y a quelque chose de profondément émouvant à suivre le destin si atypique de Goliarda Sapienza.


  • Les courts extraits de livres : 17/09/2008

Ce n'est pas pour vous importuner avec une nouvelle histoire ni pour faire un exercice de calligraphie, comme j'en ai longtemps fait, moi aussi ; ni par besoin de vérité - ça ne m'intéresse aucunement - que je me décide à vous parler de ce qui me pèse depuis quarante ans sur les épaules, sans que je l'aie compris. Vous penserez : pourquoi ne se débrouille-t-elle pas toute seule ? De fait, j'ai essayé, beaucoup essayé. Mais, vu que cette recherche solitaire m'amenait à la mort - j'ai failli deux fois mourir «de ma propre main», comme on dit -, j'ai pensé que se défouler avec quelqu'un serait mieux, sinon pour les autres, du moins pour moi. Et que cela fasse du bien de parler de ce qui nous concerne, il m'a fallu en faire l'expérience, ça a quelque fondement réel. Comme je vous l'ai dit, ces quarante ans, ou plutôt les premiers vingt ans de ces quarante ans, à force de vouloir sciemment les ignorer, se sont tellement embrouillés que je ne parviens pas à les démêler, à faire de l'ordre. Malheureusement, je suis très ordonnée, je dirais même un peu maniaque : si bien que les faits passés me projettent comme une mouche contre les murs de cette pièce qui s'est trop remplie. Vous comprenez, j'y vis depuis toujours. Il y a des livres, naturellement, des tableaux, des miroirs, des tables, tant de tables qu'elles s'empilent les unes sur les autres, des objets inutiles que j'ai achetés ou qu'on m'a offerts et que je n'ai pas osé refuser. Je vous explique : aujourd'hui Dina est venue comme d'habitude pour faire le ménage ; elle vient deux fois par semaine. Et en époussetant un petit animal stylisé - suédois, bien sûr - que George m'a offert, elle s'est exclamée à mi-voix : «Qu'il est laid !» Je le savais, je le sais depuis qu'il me l'a offert : mais l'entendre dire m'a fait me souvenir combien il est resté laid durant toutes ces années. Et le soupçon m'est venu qu'on ne veuille jamais se défaire des choses laides qui nous tombent entre les mains parce que nous pensons que notre voisinage peut les améliorer. Et ainsi, avec ce soupçon qui a entamé mon assurance, j'ai jeté le petit animal et je me suis décidée à vous parler.
Excusez-moi encore, mais j'ai besoin de vous pour être en mesure de me débarrasser de toutes les choses laides qu'il y a ici dedans. En parlant, à la réaction de qui vous écoute, on peut comprendre ce qu'il faut garder et ce qu'il faut jeter. J'ai besoin de vous pour me libérer de toutes les choses inutiles qui emplissent cette pièce. J'ai la bouche pleine de leur poussière. J'ai dit un minimum d'ordre, pas de vérité.
Vous aussi, vous associez le mot «ordre» au mot «vérité», et le mot «intelligence» au mot «bonté» ? J'ai toujours fait cette erreur. Ne vous méprenez pas, il ne s'agit pas de «vérité» ; mais seulement d'un minimum d'ordre dans toutes ces «non-vérités», dans lesquelles, en naissant, ou mieux - comme disait mon frère Ivanoe - en tombant du célèbre chou sur la terre, je me suis retrouvée d'abord à ramper, et ensuite à marcher. Je ne voudrais pas jeter le discrédit sur les morts et sur les vivants que j'ai rencontrés, mais vu que m'ont été dits, comme à tout le monde du reste, plus de mensonges que de vérités, comment pourrais-je maintenant, moi, espérer vous parler en imaginant arriver à un ordre-vérité ? Et non : je crois vraiment que cet effort, l'effort que je vais faire pour ne pas mourir étouffée dans le désordre, sera une belle enfilade de mensonges.
Mais allons ! Espérons, du moins, parvenir à les démêler, de façon à ce qu'on puisse passer le chiffon à épousseter sans tomber sur un petit vase ébréché, un petit miroir ancien, une montre arrêtée à deux heures et demie (depuis quand ?).

L'un des premiers mensonges, sur lesquels j'ai buté en tombant du chou, fut de croire que les sept personnes, garçons et filles, qui dormaient, s'agitaient, mangeaient, bâillaient sous notre toit, étaient tous mes frères et soeurs ; que la maison où nous vivions nous appartenait ; que tout le monde m'aimait beaucoup ; que mon père était sicilien et ma mère lombarde. La première vérité, ou qui résonna pour moi comme telle, me fut dite par mon frère Carlo un matin où il me poussait à l'eau du précipice d'un petit escalier de bois de l'Ognina ' pour que je nage : et j'avais peur.


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