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Auteur : Éric Faye
Date de saisie : 30/01/2008
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Stock, Paris, France
Collection : Bleue
Prix : 19.00 € / 124.63 F
ISBN : 978-2-234-06123-1
GENCOD : 9782234061231
Sorti le : 30/01/2008
"Avez-vous jamais connu, dans votre vie, l'instant où la femme découvre que l'homme qu'elle aime est un inconnu ? Cet instant-là, je ne cesse de le revivre, des années après la mort de Stig.
Instant tour à tour effrayant, fascinant... Je croyais tout savoir de lui, or je ne savais presque rien de cette part de lui qui s'appelait B. Osborn, écrivain de renom international qui se cachait sous l'identité de Stig Warren, vitrine si parfaite que je l'ai toujours appelé ainsi, Stig, sans avoir jamais su quel avait été le nom véritable de mon compagnon de vie, de lit, à sa naissance, dans la cour d'école, au temps où l'enfant ne sait pas qu'il lui faudra bientôt se cacher jusqu'au bout." De l'Amérique centrale à la Baltique, plusieurs personnes - dont un journaliste, une ancienne maîtresse mais aussi un Hitchcock hanté par Kim Novak - essaient d'arracher son masque à l'écrivain Osborn, qui se cache derrière plusieurs identités.
Leurs "enquêtes" recomposent peu à peu le puzzle d'un homme poursuivi par l'Histoire tout au long du XXe siècle, de l'échec des révolutions aux autodafés nazis, des archives de la Stasi à la chute du Mur de Berlin. Inspiré de B. Traven, l'auteur énigmatique du Trésor de la Sierra Madre, Osborn, qui a fait le choix de la clandestinité, pose la question de l'effacement de l'artiste derrière son oeuvre, de la biographie impossible, mais aussi de la seconde chance.
Dans son premier livre, le remarquable Général Solitude (1995), Éric Faye s'attachait à retracer l'aventure d'une disparition : la jungle équatoriale, aux heures de la rébellion de Bolívar, et là, un groupe de soldats espagnols, comme engloutis dans le labyrinthe vert, disparus, effacés ou échappés, entraînés en cette fugue par leur chef, le ténébreux général Soledad, alias général Solitude. Depuis ce texte inaugural, la fuite est demeurée une obsession pour Éric Faye, un des motifs centraux autour desquels a éclos son oeuvre romanesque...
Au premier regard, cette quête biographique savamment construite a tout l'attrait d'un savoureux roman à énigme. Dès lors qu'on s'attarde sur ses zones d'ombre et d'incertitude, ses secrets indéchiffrables, elle acquiert une profondeur spéculative envoûtante.
L'Homme sans empreintes est le nouvel avatar des personnages qu'Eric Faye affectionne, ces passe-murailles adeptes de la disparition, de l'évanouissement dans le temps. D'éternels détectives d'eux-mêmes, acharnés à effacer les traces de leur passage tout en étant terrorisés que leurs jours s'enfuient sans laisser d'indices, ce qu'il appelle des "lumières fossiles"...
L'absence, chez lui, devient une présence, obsessionnelle, et ses histoires d'amour sont des quêtes d'une personne disparue, des évocations de tourments vécues non dans l'instant mais dans un temps sans passeports. Il aime travailler sur le glissement d'époque, et parle avec admiration de ce roman sud-américain dans lequel des marins embarquent avec Colomb pour découvrir l'Amérique et, insensiblement, par la seule magie du vocabulaire, finissent par débarquer sur les plages de Normandie...
Dans cette investigation vertigineuse et romanesque, Faye ramène Osborn à l'Est (agonies idéologiques à la chute du mur de Berlin), lui fait imposer à Alfred Hitchcock, qui adapte un de ses romans à l'écran, le choix de Kim Novak, car celle-ci lui rappelle une femme aimée, Astrid Riegl, référence à Sueurs froides. Une tentative de "retrouver son Eurydice dans l'enfer capitaliste américain".
Un héros dont l'existence est reconstituée au fil du texte, à travers les récits successifs de sa veuve, de sa dernière amante, d'un journaliste, d'un ami de jeunesse, d'un universitaire : changements de narrateur, multiplication des «je» qui brouillent encore les contours du personnage. On songe au principe d'indétermination d'Heisenberg que Faye, lecteur de magazines scientifiques et amateur d'astronomie, connaît bien...
Ce personnage lui a été inspiré par B. Traven, un écrivain à la biographie en pointillés, connu du public pour son roman Le Trésor de la Sierra Madre, porté à l'écran par John Huston. «J'étais fasciné par Traven. J'avais l'intuition qu'à travers lui, j'allais trouver des débuts de réponse à beaucoup de questions...»...
Fasciné par les hommes qui ont la liberté de disparaître pour renaître c'était déjà le cas du Général Solitude, héros de son premier roman, paru en 1996, il préfère pour sa part se retirer et se recréer dans l'imaginaire. Les doubles vies lui plaisent. «Si j'avais vécu avant la chute du mur de Berlin, j'aurais peut-être été agent secret», dit-il, en ne plaisantant qu'à moitié.
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