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Auteur : Gyles Brandreth
Traducteur : Jean-Baptiste Dupin
Date de saisie : 29/02/2008
Genre : Policiers
Editeur : 10-18, Paris, France
Collection : 10-18. Grands détectives
Prix : 13.50 € / 88.55 F
ISBN : 978-2-264-04649-9
GENCOD : 9782264046499
Sorti le : 06/03/2008
En cette fin de siècle trépidante, Oscar Wilde, dandy éclairé, virevolte de mondanités en rendez-vous discrets, lorsqu'un drame vient bouleverser sa vie. Tandis qu'il s'apprête à écrire Le Portrait de Dorian Gray, il découvre dans un meublé le corps d'un jeune garçon de sa connaissance. Tout semble indiquer un meurtre rituel. Et en ami fidèle, Oscar Wilde s'est juré de ne pas trouver le repos tant que justice n'aura pas été faite pour Billy Wood.
À 59 ans, Gyles Brandreth est un brillant touche-à-tout à l'excentricité so british, à la fois journaliste, producteur de théâtre, homme d'affaires, acteur... Inconditionnel d'Oscar Wilde, il a toujours vécu sous le signe du célèbre dandy. Grâce à sa connaissance profonde de l'oeuvre et de la vie du poète, il a su restituer le génie du personnage. Le premier volume des enquêtes d'Oscar Wilde, a eu un succès immédiat, tant en Angleterre qu'aux Etats-Unis. Et cela ne fait que commencer !
«J'ai toujours voulu rencontrer Oscar Wilde. J'ai désormais l'impression que c'est arrivé et que j'ai partagé avec lui une terrible, étrange et angoissante aventure. C'est une expérience que je recommande à chacun.»
Anne Perry
«L'un des livres les plus intelligents, amusants et distrayants de l'année. Si Oscar Wilde avait dû l'écrire lui-même, il n'aurait pas fait mieux.»
Alexander McCall Smith
Le 31 août 1889
Au cours d'un après-midi incendié de soleil, à la toute fin du mois d'août 1889, un homme d'environ trente-cinq ans - grand, arborant un léger embonpoint et une tenue excessivement recherchée - fut introduit dans une des petites maisons mitoyennes de Cowley Street, à Westminster, non loin du Parlement.
Il était pressé, bien que se hâter ne fût pas dans ses habitudes. Son visage était rouge, son front altier constellé de gouttelettes de transpiration. En entrant au 23, Cowley Street, il passa en coup de vent devant la personne qui lui avait ouvert, traversa d'une enjambée la courte entrée et gravit l'escalier jusqu'au premier étage. Là, barrant le palier sans tapis, se dressait face à lui une porte en bois.
L'homme s'immobilisa un instant. Il sourit, reprit son souffle, ajusta son gilet, et, des deux mains, ramena en arrière sa chevelure ondulée couleur noisette. Puis, doucement, presque avec délicatesse, il frappa à la porte et, sans attendre de réponse, il entra. La pièce était sombre, tendue de lourds rideaux. Il y faisait chaud comme dans un four et une odeur d'encens y flottait. Tandis que les yeux de l'homme s'adaptaient à l'obscurité, il découvrit, à la lueur d une demi-douzaine de chandelles vacillantes, étendu à ses pieds sur le sol, le corps dénudé d'un garçon de seize ans. Celui-ci avait la gorge tranchée.
L'homme était Oscar Wilde, poète, dramaturge, et le phénomène littéraire de son temps. Le mort était Billy Wood, un jeune prostitué sans importance.
Je n'étais pas présent quand Oscar découvrit le corps mutilé de Billy Wood, mais je le vis quelques heures plus tard et fus le premier à qui il raconta ce qu'il avait vu en cet après-midi étouffant, dans cette chambre aux rideaux épais de Cowley Street.
Ce soir-là, mon célèbre ami dînait avec son éditeur américain. Nous avions prévu de nous retrouver ensuite, à 22 h 30, à son club, l'Albemarle, qui se trouvait au 25, Albemarle Street, près de Piccadilly. Je dis «son» club, or c'était en réalité tout autant le mien. À cette époque, l'Albemarle favorisait l'adhésion de jeunes membres, c'est-à-dire de demoiselles âgées de plus de dix-huit ans et de gentlemen de vingt et un ans et plus. Oscar avait présenté ma candidature et, avec sa générosité habituelle, il s'était acquitté pour moi des huit guinées nécessaires à l'inscription. Par la suite, il avait payé régulièrement les cinq guinées de ma contribution annuelle, jusqu'à son séjour en prison, en 1895. Chaque fois que nous nous voyions à l'Albemarle, il faisait invariablement mettre sur son compte la totalité de ce que nous buvions et mangions. Il en parlait comme de «notre club». Je l'ai toujours considéré comme le sien.
Oscar était en retard, ce qui ne lui ressemblait pas. Il affectait une allure nonchalante, se présentait comme un oisif, mais c'était chez lui un principe : quand il fixait un rendez-vous, il le respectait. Il avait rarement une montre sur lui, ce qui ne l'empêchait pas de toujours paraître savoir l'heure. «Il ne faut jamais manquer à ses amis, disait-il, ou les faire attendre.» Comme pourraient en témoigner tous ceux qui l'ont connu, il était un modèle de prévenance, un homme d'une courtoisie infinie. Même dans les situations les plus délicates, ses manières demeuraient impeccables.
Il était un peu plus de 23 h 15 quand il arriva enfin. Je me trouvais seul dans le fumoir du club, où je me prélassais dans un fauteuil, près de la cheminée. J'avais parcouru au moins quatre fois le journal du soir, et je n'en avais pas retenu un mot. J'étais préoccupé. Cette année-là avait vu la fin de mon premier mariage, ma femme Marthe ayant désapprouvé mon amitié avec Kaitlyn, et celle-ci venait de s'enfuir à Vienne ! Comme le disait souvent Oscar, «la vie est un cauchemar qui empêche de dormir». Lorsqu'il entra dans la pièce, j'avais presque oublié que je l'attendais. Je fus stupéfié par son apparence. Il avait l'air épuisé. Des cernes profonds soulignaient ses yeux. De toute évidence, il ne s'était pas rasé depuis le matin et, plus surprenant pour quelqu'un de si sourcilleux, il ne s'était pas changé pour le dîner. Il portait ses vêtements de tous les jours : un costume, dessiné par ses soins et taillé dans une épaisse serge bleue, assorti à un gilet boutonné jusqu'au large noeud d'une cravate vermillon. Selon ses critères, il s'agissait là d'une tenue relativement classique, mais elle était surprenante car tout à fait inadaptée à cette période de l'année.
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