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Auteur : Marina Ivanovna Tsvetaeva
Traducteur : Eveline Amoursky | Nadine Dubourvieux
Date de saisie : 06/03/2008
Genre : Biographies, mémoires, correspondances...
Editeur : Ed. des Syrtes, Paris, France
Collection : Littérature étrangère
Prix : 43.00 € / 282.06 F
ISBN : 978-2-84545-104-9
GENCOD : 9782845451049
Sorti le : 06/03/2008
Inédits jusqu'à ce jour en français, Les Carnets de Marina Tsvetaeva, publiés ici dans leur intégralité, sont les documents les plus spontanés et les plus subjectifs dans l'héritage du poète. Véritable laboratoire d'écriture, ils constituent une oeuvre littéraire majeure puisqu'ils offrent au lecteur la possibilité d'accéder aux sources mêmes de la création poétique. Journal, carnets de travail, impressions de lectures, chronique de la vie au jour le jour ? Une chose est sûre : ces croquis furtifs et poignants allient le prosaïque au sublime. Fidèle à son art poétique, Tsvetaeva y conjure les assauts du réel par la magie de sa conscience dans un dialogue avec elle-même qui devient parfois dialogue entre le moi et le monde. Commencé peu avant la Première Guerre mondiale pour prendre fin à la veille de la Seconde, cet exercice de lucidité, qui livre les clés des secrets tsvetaeviens tout en ouvrant sur la scène de l'Histoire, n'entrave pas son avancée à travers les mondes intimes que le lecteur a appris à côtoyer au gré des poèmes et des proses édités précédemment. Dans son face-à-face toujours extrême avec le mot, dans son souci minutieux d'offrir l'éternité à l'infime, le poète se tient sur le qui-vive et entend non seulement le fracas de la destruction qui déferle sur sa patrie - et bientôt sur le monde - mais, aussi, le chuchotement intime des choses elles-mêmes en quête de noms nouveaux. Pour accompagner l'édition française des Carnets la parole vivante et complice est donnée à ceux qui ont connu Marina Tsvetaeva, l'ont croisée ou aimée, à travers des notes, des réflexions ou des écrits divers. Grâce à la collaboration avec les Archives russes d'État de littérature et d'art, de nombreux documents, inédits pour la plupart, éclairent ces Carnets.
Marina Tsvetaeva (1892-1941), icône des lettres russes, devient rapidement une figure incontournable de la poésie russe. Elle publie sa première série de poèmes en 1910. En 1912 elle épouse un officier de l'armée russe, Efron. En 1922, elle quitte la Russie pour s'installer à Berlin, à Prague puis à Paris. Dix-sept années d'exil pendants lesquelles Marina mène un combat incessant pour la vie et la création ; la vie n'a de sens pour elle qu'à travers l'écriture : la poésie avant tout, mais aussi prose, traductions, lettres, journal, carnets. Épuisant combat qui la rend austère, arrogante parfois, gaie quelquefois, désespérées presque toujours. Son besoin d'être aimée et surtout d'aimer, la pousse vers des relations épistolaires très fortes, avec des écrivains connus tels Pasternak, Rilke, mais aussi avec des inconnus - l'essentiel étant de dire, de se dire, de brûler, de donner. En 1939 elle rejoint son mari, devenu agent soviétique en URSS. Grâce à Pasternak elle obtient quelques contrats de traduction. En 1941 elle est évacuée à Yelabuga en République Indépendante Tartare ; désespérée, usée par les privations, elle se suicide le 31 août.
Il y a trop de tragédie, trop de misère, un dénuement absolu, dans la vie de Tsvetaeva. Et pourtant, ce n'est pas ce qu'on lit dans ces Carnets inédits qui paraissent intégralement, et dans une édition remarquable, avec des photos, des encadrés, des documents. Le don, la force, le raffinement, le travail : l'alambic d'un poète génial. Tsvetaeva est reconnue par ses pairs, Pasternak, Akhmatova, Rilke. Comme tous les créateurs quand ils sont des femmes, elle est cependant obligée de se souvenir sans cesse qu'elle est un génie.
Marina Tsvetaeva mettait sur un plan égal les vivants et les morts, ses proches et les célébrités. Sans les connaître, elle envoyait des lettres d'amour à des hommes que ça déconcertait. Elle a eu plus d'élans à sens unique que de passions partagées. Elle a aussi aimé des femmes...
Marina Tsvetaeva, dans les Carnets, ne dit pas le contraire : «J'aime tout ce qui fait battre haut mon coeur. Tout est là.»
Méconnue de son vivant, esprit libre et rebelle, elle est considérée comme l'un des plus grands poètes du XXe siècle...
Si certains écrits trouvent éditeur et écho de son vivant, la plupart doivent attendre de longues années que le travail patient et minutieux de sa fille Ariadna, «sa lectrice absolue», porte ses fruits. Ainsi, publiés pour la première fois en France et dans leur intégralité, Les Carnets de Marina Tsvetaeva, une somme de plus de mille pages, réparties en quinze cahiers qui couvrent vingt-six années, de 1913 à 1939, de la Première à la Seconde Guerre mondiale. Le lecteur découvrira la genèse d'oeuvres à venir, des notes, des brouillons de lettres, des listes d'objets à déménager, le prix des denrées alimentaires, le compte rendu des visites et des amours heureuses ou malheureuses de la poétesse, les premiers mots d'Alia (les premiers carnets lui sont presque exclusivement consacrés), les souvenirs de sa propre enfance. En somme, tout un inventaire hétéroclite et disparate, fait de petites et de grandes choses, de tragédies et de formules bien frappées...
Ces cahiers, bloc-notes, ou carnets exhumés et aujourd'hui enrichis de documents d'archives, de photographies et de fac-similés de textes, s'ils n'avaient sans doute pas tous vocation à être publiés, sont, pour cette raison même, une porte ouverte sur l'atelier de l'artiste. Une percée dans son quotidien, le biais, intime et routinier, par lequel le lecteur appréhendera plus justement la personnalité libre et complexe du poète.
...les «Carnets» ne déçoivent pas : on n'avait jamais lu, comme si c'est la misère même qui racontait son calvaire, pareil récit du quotidien sous la révolution. Marina vit seule, sans ressource aucune, avec ses deux filles, Alia, la plus aimée, et Irina, qui va mourir de faim dans un orphelinat où sa mère l'avait placée parce que, croyait-elle, on y servait du riz, du chocolat. Quand elle ne coupe pas du bois, ou ne court pas les rues moscovites pour quémander de l'aide, Marina écrit et, miracle, le malheur devient splendeur. Ces notes parfois courtes, à la fois lyriques et futuristes, rappellent les «fusées» de Baudelaire. Rien n'égale leur lecture, leur mise à feu.
EXTRAITS DE MON JOURNAL
Moscou, le 4 décembre 1912, mardi.
Hier, Alia a eu trois mois. Elle a de très grands yeux bleus ; des cils châtain foncé mais pas franchement noirs et des sourcils clairs ; un petit nez ; une bouche avec des festons (une grande distance entre la bouche et le nez) ; un front bas, plutôt carré que rond ; de grandes oreilles légèrement décollées ; un cou assez long (chez des petits comme ça, c'est rare) ; de très grandes mains avec de longs doigts ; des pieds longs et étroits. Elle est toute longue et plutôt menue, tirée en longueur. A un tempérament vif, animé. Déteste être couchée, se soulève sans cesse toute seule, remarque immédiatement la moindre présence, dort peu. «Se parle» des heures durant. À douze semaines, elle pesait treize livres et demie.
Moscou, le 11 décembre 1912, mardi.
Hier, voyant Alia pour la première fois, Lionia Tsires s'est exclamé : «Seigneur, quels yeux immenses ! Je n'ai jamais vu d'yeux pareils chez des tout petits !»
- Hourra, Alia ! Alors, ce sont les yeux de Serioja. À propos, ce qu'elle a, physiquement, de Serioja et de moi : les yeux, le front, les oreilles, les cils, les sourcils déjà bien marqués à trois mois - sont sans conteste ceux de Serioja. La bouche, le nez et - hélas ! - la forme des mains - sont miens. Pour le nez, peut-être que je me trompe - nous avons tous les deux des petits nez. Elle ressemblera certainement à son père. Moi, gamine, j'étais très corpulente et ronde. Alors que chez elle, tout est en longueur. Pour ce qui est du front, j'ai peut-être dit une bêtise - il sera sûrement grand. Sa forme est identique à celui de Serioja.
Juste le jour de son anniversaire, je tombe sur ces lignes - écrites dans mes deux petits cahiers -, l'un offert par Fräulein Annie à Fribourg quand j'avais douze ans, et l'autre de Weisser Hirsch.
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