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Auteur : Karine Fougeray
Date de saisie : 24/01/2008
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : D. Montalant, Queyrac, France
Prix : 18.00 € / 118.07 F
ISBN : 978-2-915779-08-0
GENCOD : 9782915779080
Sorti le : 24/01/2008
Clara cherche son cheval.
Ça étonne.
Mais c'est un point d'ancrage comme un autre.
Le non-amour de sa mère l'a détruite. Elle revient sur ses origines, son histoire, et écrit. Il faut qu'elle arrive à se rappeler, sinon, elle le sait, tout va recommencer.
Dans son sillage, d'autres personnages, Félix, Violette, qui ont eux aussi un peu trop attendu le "ding-dong", le moment où il faut se décider à vivre sa "vraie vie".
Ils pourraient continuer à exister, mais non, ils s'arment de courage et décident d'aller au-delà du quotidien/du normal/de la routine. Ils vont chercher ce qui fait mal, le pourquoi du présent. Ils en veulent plus, laisser - sans oublier - un passé douloureux et enfin vivre.
Ça commence léger mais ne vous y fiez pas, l'écriture de Karine Fougeray vous prend aux tripes, comme le Glenfiddich pour Félix, comme les mystérieuses lettres pour Violette, comme le manque de mère pour Clara...
Karine Fougeray distille et revient plus tard, rien n'est dit ou donné au hasard, au lecteur d'être attentif et de suivre le difficile voyage des personnages.
La Bretagne sans doute sous la pluie et le vent. Une jeune femme se retrouve dans un café à la recherche d'un cheval... Bel hymne à la vie et à l'émotion où chaque personnage trouve sa place puisqu'à chaque chapitre il prend la parole.
Superbe premier roman.
«J'avais trente-cinq ans et je roulais en voiture. À vive allure, en rétrogradant sèchement dans les virages, en mordant la ligne blanche. Il faisait beau mais le temps qu'il faisait importait peu. Il fallait que j'avance.
La route longeait la côte, tournait dans tous les sens. Au deuxième village je suis descendue sur le port et je me suis garée là, dans les odeurs de casiers fraîchement débarqués. On m'a regardée. On m'a dévisagée par-dessous les casquettes, par-dessus les cols des cabans et des vestes de quart. Des hommes ont rivé leurs yeux sur moi parce que je leur étais inconnue et ces regards ne m'ont pas dérangée. Au contraire.»
Karine Fougeray est née et vit à Saint-Malo. Son premier recueil de nouvelles, Elle fait les galettes, c'est toute sa vie, est paru en 2005.
À propos des galettes, ils ont dit :
«Karine Fougeray est la petite soeur malouine d'Anna Gavalda. Fêtons-la.»
Jérôme Garcin - Le Nouvel Observateur
«Naviguant avec subtilité au bord du drame ou de la nostalgie, Karine Fougeray, par touches délicates, sait dépeindre les petits riens de la vie qui lui donnent tous son sens.»
Christine Rousseau - Le Monde des livres
J'avais trente-six ans et je roulais en voiture. À vive allure, en rétrogradant sèchement dans les virages, en mordant la ligne blanche. Il faisait beau mais le temps qu'il faisait importait peu.
Il fallait que j'avance.
La route longeait la côte, tournait dans tous les sens. Au deuxième village je suis descendue sur le port et je me suis garée là, dans les odeurs de casiers fraîchement débarqués. On m'a regardée. On m'a dévisagée par-dessous les casquettes, pardessus les cols des cabans et des vestes de quart. Des hommes ont rivé leurs yeux sur moi parce que je leur étais inconnue et ces regards ne m'ont pas dérangée. Au contraire.
Je suis entrée dans le bar, droit vers le comptoir et j'ai commandé un kir avec autant de cassis que de vin de Champagne. Pour être exacte, j'ai dit :
- Autant de couleur rouge que de couleur blanche.
L'intérieur était sombre. L'air mouillé. Il se collait aux peaux. Le bar en bois imitait une demi-coque et l'homme derrière a haussé les épaules en ouvrant des yeux comme deux sous-tasses :
- Pas de Champagne ici !
J'ai répondu :
- Quoi en remplacement ?
- Du blanc sec, du muscadet, de l'habituel pour faire du kir normal, quoi.
Les clients s'étaient tus pour tendre l'oreille à notre petit échange verbal, qui, de banal, prenait une tournure moins insignifiante.
Je ne me suis pas démontée :
- Je paierai le prix. Je ne suis pas touriste. J'ai besoin de bulles.
J'ai marqué un point car le patron a changé d'expression et j'ai senti en lui la curiosité l'emporter sur le reste.
- O.K., a-t-il dit, asseyez-vous là - il me désignait une table en bois - je vais voir ce que je peux faire.
Alors, je lui ai donné le coup de grâce. J'ai murmuré :
- Vous me le servirez dans une bolée de cidre.
Je me suis encore radoucie, j'ai souri du mieux que je pouvais et j'ai ajouté :
- S'il vous plaît.
Et je me suis assise.
J'ai sorti le carnet, on entendait les mouches voler. Je l'ai ouvert et la première page - blanche - est sortie de terre. Lentement, consciencieusement j'ai écrit une phrase. Mais l'effort à fournir était si intense, si douloureux que je me suis ravisée. J'ai décidé d'attendre la bolée et je l'ai refermé devant moi. Un cahier Clairefontaine à spirale. Un rectangle rose et vif sur du bois foncé.
Une claire fontaine rose.
C'est à ce moment qu'un type est entré précipitamment, une bouteille de Mercier à la main. Affirmer que je détestais le Mercier ne m'a pas semblé être la bonne idée. Alors je me suis imprégnée de la scène qui se déroulait sous mes yeux et dont j'étais la cause.
- Ah Félix, c'est gentil de me dépanner ! Le gaillard à la bouteille a rigolé :
- Du champagne à cette heure ! T'as un client qui vient de récupérer son permis chez les flics et qui tient absolument à se le faire reprendre dans les deux heures ?
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