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Auteur : Roberto Bolano
Traducteur : Robert Amutio
Date de saisie : 10/04/2008
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Bourgois, Paris, France
Collection : Littérature étrangère
Prix : 30.00 € / 196.79 F
ISBN : 978-2-267-01966-7
GENCOD : 9782267019667
Sorti le : 06/03/2008
2666 est le dernier roman écrit par Roberto Bolano.
Il a été publié de manière posthume en 2004 et aussitôt salué par la critique internationale. De l'Europe en ruines jusqu'au désert du Sonora à la frontière du Mexique et du Texas, hanté par les meurtres non résolus de centaines de femmes, 2666 offre un parcours abyssal à travers une culture et une civilisation en déroute. L'entreprise de Bolano est ambitieuse. Embrassant tous les genres, du vaudeville au récit de guerre, en passant par le policier, le fantastique et le comique, 2666 étreint la littérature et incarne ce qu'elle a de plus essentiel : relever le défi de dire l'horreur, la mort, l'absence de sens, mais aussi l'amour.
"Qu'est-ce qui fait une écriture de qualité ? Savoir s'immerger dans la noirceur, savoir sauter dans le vide et comprendre que la littérature constitue un appel fondamentalement dangereux. " (Roberto Bolano, discours d'acceptation du Prix Romulo Gallegos, 1999)
Le savoir-faire de Bolaño prend alors une ampleur hallucinante : les registres littéraires s'entrechoquent (roman noir, fantastique, récit de guerre, fable philosophique...), la narration éclatée se révèle d'une virtuosité rarement lue, et on ne peut qu'être estomaqué devant certains morceaux de bravoure - une mention spéciale pour la succession de rapports sur les assassinats de jeunes femmes, à la fois magnifique et insoutenable. Et ne disons rien de la «résolution» de cet infernal 2666, roman-monde où la puissance des mots triomphe de la sauvagerie.
Après Les Détectives sauvages, 2666 lance d'ailleurs à nouveau des personnages à la recherche d'un énigmatique écrivain, Benno von Archimboldi, formidable figure qui se dévoile dans la dernière et saisissante partie du roman. Mais si Les Détectives sauvages racontait ainsi la fin d'un siècle d'avant-gardes et de conflits, 2666, plus radicalement, évoque la fin du temps humain tel que nous le connaissons. Apocalyptique en cela, hésitant lui-même entre la décomposition et la totalité, éternellement amoureux des hommes et des livres, ce dernier roman de Bolaño explore le monde et l'histoire, comme le chevalier Parzival qu'il évoque, "en portant sous son armure son habit de fou". Et dans la quête impossible de totalité qu'on le voit mener, il n'a jamais été aussi près d'accomplir ce qu'écrivait ailleurs Bolaño : "On n'en finit jamais de lire, même si les livres s'achèvent, de la même manière qu'on ne finit jamais de vivre, même si la mort est un fait certain."
Quatre ans après sa mort, est traduite en français l'oeuvre magistrale et posthume du Chilien Roberto Bolano, qui prend pour toile de fond les meurtres en série irrésolus de Ciudad Juarez...
Roberto Bolano irrigue sa chronique de rêves et de visions, qui deviennent comme chez David Lynch (avec lequel il entretient quelque voisinage romanesque) le moteur d'une réflexion. Comme la Laura Palmer de Twin Peaks, autre femme mystérieusement assassinée, avait laissé derrière elle, tel un totem, l'énigmatique leitmotiv Fire walk with me... Dans ces ténèbres, c'est pourtant les yeux grands ouverts qu'il faut cheminer. Roberto Bolano nous y invite, composant page après page une histoire de l'oeil, d'aveuglement et de noyade, ses personnages comme des poissons cherchant paradoxalement l'air de la surface qui leur serait fatal. Une histoire de cécité et de lucidité, où seuls les yeux bleus de nyctalope de l'écrivain Archimboldi semblent ouverts sur la vérité dans une nuit généralisée, telle la joie procurée au dramaturge Ansky par un tableau d'Arcimboldo, et qu'entrevoient peut-être deux Mexicains, heureux à l'issue d'un repas, qui, «emplis de fatigue et désireux de dormir, se mettaient à goûter les bonnes choses, les détails falsifiés de l'espoir».
Il déposa le manuscrit de 2 666, une date moderne et apocalyptique, chez son éditeur barcelonais, avant d'entrer à l'hôpital où l'attendait la greffe d'un foie qui ne vint pas. C'est ce texte qu'on peut lire aujourd'hui : une folie sécrétant ses métastases, récits et récits de récits, comme si, à la maladie de l'auteur, correspondait, sous forme d'épopée, la multiplication insolite de cellules narratives...
2 666 explore les rapports entre littérature et expérience, plusieurs manifestations de l'expérience : la solitude, l'amitié, l'amour, et, la plus étrange et la plus radicale de toutes, le mal. Il l'explore avec ironie, sans théorie ni résolution, par la grâce exclusive du récit. Bolaño semble avoir conté absolument tout ce que les phrases lui dictaient. Chaque récit est une aventure : une fresque infâme, délicate, grotesque, redondante, absurde, que découvrirait à la torche un enfant sur les parois d'une caverne dont il ne sortira plus...
Un lieu : la ville mexicaine (fictive) de Santa Teresa, dans le désert de Sonora, théâtre au cours des années 1990 d'une série hallucinante d'assassinats de jeunes femmes, demeurés impunis. L'écrivain allemand et la ville mexicaine sont les deux sujets d'investigation apparents du roman. Lequel, cependant, n'en finit pas de digresser et proliférer de fascinante façon, s'autorisant tous les développements et les changements de points de vue, les embardées encyclopédiques et poétiques, les fausses pistes et les impasses, les jeux de miroirs et d'échos. Semblant épouser souvent les codes du roman noir pour mieux glisser par instants vers les marges du fantastique ou du symbolisme...
...la lente, violente et tragique déambulation de Bolaño aura été l'occasion d'une superbe et mouvante méditation sur le mal, sur la mort, sur l'histoire. Sur la création aussi, la littérature en particulier, à laquelle revient de prendre en charge la déchirante mélancolie humaine que génère cette barbarie sans fin, ce désastre permanent, ce chaos indescriptible qu'est et demeurera indéfiniment le monde. Tant qu'il y aura des hommes.
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