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Auteur : Dominique Brême | Noël Coret | Pierre Rival
Préface : Pierre Rival
Date de saisie : 11/04/2008
Genre : Art - Peinture
Editeur : FVW, Paris, France
Prix : 45.00 € / 295.18 F
ISBN : 978-2-914304-25-2
GENCOD : 9782914304252
Sorti le : 20/02/2008
Pierre Peyrolle :
un peintre comme on dirait d'un Vaisseau fantôme...
«Car dans l'art, nous n'avons plus affaire à un jeu simplement agréable et utile, mais... au déploiement de la vérité».
Hegel, Esthétique, III.
C'est à l'occasion de l'hommage qu'il rendit à L'Île des Morts d'Arnold Böcklin au musée Bossuet de Meaux que nous découvrîmes, stupéfait, la peinture de Pierre Peyrolle.
Böcklin-Peyrolle, les nombreuses analogies n'ont généralement pas échappé à la critique : une même vision sombre et pessimiste de l'existence, une poétique similaire unissant mythe et nature dans la respiration picturale des tons saturés, un même attrait pour ce que nous cachent les miroitements inquiétants de l'immensité des îlots, une volonté identique de s'abstraire du monde réel pour se dissoudre dans cet univers symbolico-métaphorique où Freud et Nietzsche mènent la danse... Arnold J Böcklin, aussi proche de la clameur wagnérienne qui en finissait avec le XIXe siècle, que de Schöenberg, cet autre compositeur qui ouvrait le siècle suivant et dont il n'avait pas seulement le prénom en partage, Böcklin est sans conteste une figure tutélaire de l'iconographie peyrollienne. Certainement, l'éclairage lunaire de La Nuit transfigurée accompagne la barque de L'Île des Morts qui s'enfonce inexorablement dans les méandres d'un rêve à jamais inachevé, comme il semble poursuivre la péniche de Peyrolle, Atalanta Porpora (1991), de ses harmonies étranges, de ses dissonances vénéneuses...
La proximité du peintre avec ces deux compositeurs a priori si différents nous sembla alors d'une telle évidence, qu'il nous est impossible, aujourd'hui encore, de les dissocier ! Nous ignorons si l'artiste, également grand amateur d'opéra baroque, apprécie l'auteur du Pierrot lunaire, mais nul doute que sa passion immodérée pour l'art japonais, référence avouée dans une oeuvre comme La Barque jaune (1997), ne le rapproche encore du maître viennois. Et pourtant, Wagner demeure sa référence absolue, définitive. Nous eûmes cet honneur, par la suite, de mieux connaître Pierre Peyrolle, et de constater l'importance, quasi métabolique, de l'oeuvre de Wagner dans sa vie de tous les jours. La question de la part occupée par le maître de Bayreuth dans son oeuvre peint nous tourmentait. Les réponses sont multiples, enfouies au plus profond de sa généalogie ; mais il est quand même une donnée objective : quand Wagner épuise les immenses possibilités du système tonal et fait jouer toute la puissance expressive du chromatisme, Peyrolle ne fait rien d'autre, déployant une palette orchestrale inouïe avec les moyens, prodigieux, qui sont les siens, éreintant littéralement le genre dit «figuratif», usant de toutes les ressources plastiques autorisées par l'archaïsme d'une simple toile blanche qu'il couvre de teintes plus sonores les unes que les autres. Lorsque Wagner pousse la mélodie à son paroxysme, Peyrolle va jusqu'au bout de la figuration, la traquant sur des terres où, hormis Dali et de rares aventuriers plus ou moins talentueux, personne n'avait osé se rendre. Le voyage, on le sait, n'est pas sans risque. Delacroix, Van Gogh, Klimt, Munch, Kirchner, Mondrian, Kandinsky [...] en savent quelque chose, et Peyrolle aussi, qui ne sort jamais indemne d'une composition aboutie !
Cette irréalité, caractéristique majeure de son oeuvre, nous invite à rejeter catégoriquement le classement par trop hâtif de l'artiste parmi les hyperréalistes. Nous aurions tort, en effet, de réduire la virtuosité du peintre, proprement ahurissante, à un exercice de style rivalisant avec la photographie.
De Van Eyck, Vermeer, à Richard Estes, le désir de reproduire le réel «tel qu il est» a traversé l'histoire de l'art et se poursuit encore aujourd'hui, trouvant un nouvel élan aux Etats-Unis dans les années soixante-dix avec les contre-plongées de Don Eddy, les enseignes de R. Cottingham, les reflets de Parrish ou les agrandissements démesurés de Chuck Close. Le plus haut degré d'illusionnisme semble être atteint par le Français J. O. Hucleux chez qui l'effacement total du geste pictural prend ses distances avec les capacités réelles de ce système à épouser la réalité. Par conséquent, la chose est entendue : la volonté première de reproduire le visible avec une totale objectivité et le refus de toute implication personnelle dans l'exécution écartent définitivement Pierre Peyrolle de cette école. En dépit d'un souci extrême de rigueur et de perfection, il n'est pas, n'a jamais été, un hyperréaliste. On pourrait même affirmer que sa peinture n'est qu'implication personnelle, l'artiste n'oeuvrant à rien d autre, pour parodier Hegel, qu'au «déploiement de sa vérité»... Du chaos absolu de son répertoire iconographique, véritable plongée dans les profondeurs de l'inconscient, bien futé sera celui qui en extirpera le sens profond.
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