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Auteur : Pete Dexter
Traducteur : Olivier Deparis
Date de saisie : 20/06/2008
Genre : Policiers
Editeur : Ed. de l'Olivier, Paris, France
Collection : Littérature étrangère
Prix : 21.00 € / 137.75 F
ISBN : 978-2-87929-556-5
GENCOD : 9782879295565
Sorti le : 20/03/2008
Leon Hubbard est un petit voyou, peu dangereux mais nerveux. Il travaille sur un chantier grâce aux connexions de sa mère et surtout de son beau-père, livreur de viande (volée) pour le compte de la mafia. Jusqu'au jour où Leon menace le vieux black qui travaille sur le chantier avec lui de ce fichu rasoir qu'il trimbale partout. Mal lui en pris puisque ça lui coûtera la vie.
A partir de ce moment le lecteur suivra les péripéties de Leon où comment, par delà la mort, il continue a emmerder tout le monde....
Plus encore qu'un roman noir, Pete Dexter déploie tout son talent pour nous décrire scrupuleusement une tranche de vie dans un quartier de sa ville, la ville qui possède le plus fort taux de criminalité aux Etats-Unis, Philadelphie. Pour ceux qui aiment je vous conseille TRAIN du même auteur...
Philadelphie. Quartier de God's Pocket. Leon Hubbard meurt sur un chantier. Un peu trop vantard, la lame de rasoir toujours à portée de main, il a provoqué une fois de trop un de ses collègues. Version officielle : accident du travail. Mais sa mère et d'autres gens du coin veulent en savoir plus. L'affaire prend de l'ampleur, la mafia s'en mêle et Richard Shellburn, journaliste spécialisé dans les faits divers, est envoyé par son rédacteur en chef pour mener sa propre enquête.
Avec ce premier livre très autobiographique (et inédit en français), Pete Dexter faisait une entrée fracassante dans la grande tradition du roman noir américain. On y trouve déjà toutes les qualités qui font de lui «le meilleur écrivain américain en activité» (Philippe Garnier, Libération).
Traduit de l'anglais (États-Unis) par Olivier Deparis.
On croise la mafia de Philadelphie, ses exécuteurs, ses chefs, ses hommes de main minables, volant un camion rempli de viande fraîche non découpée, et dont il faut se débarrasser avant qu'elle ne pourrisse. Un décor de roman noir, donc. Mais de roman noir drolatique, lorsque Smiling Jake, l'inquiétant entrepreneur de pompes funèbres, se débarrasse faute d'être payé du cadavre embaumé de Leon, que son beau-père, Mickey, costaud et ingénu, embarque dans son camion frigorifique, au milieu du produit de son «casse». De ces 350 pages émane la jubilation qu'un romancier débutant et très doué éprouve à croquer des silhouettes, à trousser des dialogues, à se laisser porter par son imagination. La suite de l'oeuvre n'a pas déçu.
God's Pocket, aujourd'hui traduit, est en fait le premier roman de Pete Dexter, publié aux Etats-Unis en 1983. Et déjà, il frappe fort et chamboule. Comme ses compatriotes Larry Brown (Dur comme l'amour, éd. Gallimard, 2002) et Chris Offutt (Kentucky Straight, éd. Folio, 2002), Pete Dexter est un expert en douleur de vivre. Il ne craint ni la violence ni l'absurdité, va au bout de ses histoires, comme en mission, construit son récit à coups de scènes inouïes - un cadavre brinquebalé dans un camion frigo rempli de quartiers de viande, une main suspendue à un téléphone... - et se révèle au final tendre et mélancolique.
Le premier roman de Pete Dexter enfin traduit ! Un régal...
Portraits de cinglés, crises de rire, sens du découpage cinématographique, multiplication des points de vue, Pete Dexter maîtrise tout, comme un boxeur qui, d'abord, retient ses coups avant de balancer une droite implacable. God's Pocket est un livre qui casse les règles du romanesque pour en reconstruire d'autres, incongrues, grossières, sentimentales, tragiques, où les scènes d'amour s'achèvent à coups de griffes de chat sur les parties intimes des mâles en chaleur. Finalement, l'éditeur français a eu raison de nous faire patienter. Un roman pareil, ça se mérite.
Paru en 1983 aux Etats-Unis, ce premier roman de Pete Dexter n'avait jusqu'alors pas été traduit en français. Un oubli aujourd'hui réparé par les Editions de l'Olivier, et qui permet de constater que l'univers noir de l'auteur était en place dès ses premiers pas en littérature...
C'est ce trop tard, cet instant où la fatalité rattrape le héros et vient lui réclamer son dû, qui passionne Pete Dexter. C'est pour lui qu'il tricote les destinées et qu'il joue sans merci des contradictions de la compassion jusqu'à les faire exploser dans un final aussi terrifiant qu'inévitable. Servis par la grâce d'une écriture dépouillée à en frôler le dénuement et par un humour qui, là plus qu'ailleurs, mérite son jumelage avec le désespoir, «God's Pocket» est un roman brutal, violent et pessimiste jusqu'à la subversion. Le premier d'un auteur plutôt avare de son art. Raison de plus pour ne pas le manquer.
La traduction du premier roman de Pete Dexter est un événement, pas seulement parce que c'est son meilleur, mais parce qu'il contient tous les autres. On regrette surtout ne pas avoir eu la chance de l'avoir lu en 1983, d'éprouver sans attente particulière le choc de cette langue coupante et hérétique, de partir de fous rires incrédules devant telle ou telle sortie, s'émerveiller de la bravoure kamikaze de l'auteur et de son don pour la vulgarité. La première section, une soixantaine de pages, est ce qu'on a écrit de mieux dans son pays en cinquante ans - la perfection même. La façon dont il définit les trois personnages de sa «vie de chantier», Peets, le colosse contremaître philosophe, «old Lucy», le maçon noir taciturne, et Leon Hubbard, le jeune con méchant comme la gale, qui sort son rasoir de sa poche une fois de trop et se fait estourbir d'un coup de tuyau de plomb par le vieux qu'il emmerdait. Le fait que ces trois hommes ne soient pas les personnages centraux du roman, lequel relate les effets en série provoqués par cet «accident du travail», est typique de l'art diabolique de Dexter.
VIE DE CHANTIER
Leon Hubbard mourut dix minutes après le début de sa pause déjeuner le premier lundi de mai, sur le chantier de construction du nouveau pavillon de traumatologie du Holy Redeemer Hospital, dans le sud de Philadelphie. D'une manière ou d'une autre, il était condamné à perdre sa place.
Coleman Peets, le contremaître, était un ancien baptiste géorgien de près de cent trente kilos, et depuis vingt ans qu'il dirigeait des équipes, il en était venu aux mains une dizaine de fois, il avait même tué un gars sur le chantier d'un centre commercial en Floride, mais jamais il n'avait eu à renvoyer qui que ce soit. Jusqu'ici, les indésirables étaient toujours partis d'eux-mêmes.
Peets avait une règle pour se faire respecter : ne jamais rien révéler de personnel qui puisse être utilisé contre lui.
Son meilleur ouvrier était un vieux nègre qui parlait tout seul, il avait pour nom Lucien Edwards junior. Tout le monde l'appelait Old Lucy, et en général il ne répondait pas. Il suivait la même ligne de conduite que Coleman Peets. Cela faisait onze ans, par intermittence, qu'ils travaillaient tous les deux ensemble, sans rien savoir de leurs vies respectives, même pas s'ils étaient mariés ou non. Et ça leur allait très bien comme ça.
Old Lucy arrivait toujours à l'heure le matin, rasé de frais et avec sa gamelle dont il n'avait pas changé depuis le jour où Peets l'avait connu. On pouvait le laisser seul une semaine, il abattait pour une semaine de boulot. Et voilà que Peets devait se coltiner ce «maçon» que le syndicat lui avait refilé, un maçon qui, pour dix-sept dollars quarante de l'heure, n'était même pas foutu de pisser droit, et qui en plus cherchait des noises à Old Lucy.
Léon Hubbard avait réussi à déstabiliser la plupart des membres de l'équipe à un moment ou à un autre, Peets y compris. Ce n'était pas le rasoir qui impressionnait ce dernier; il s'était déjà battu avec des types armés de rasoirs, il suffisait d'accepter l'idée qu'on n'allait pas en sortir indemne. Non, ça, c'était un détail. Quant aux liens que le beau-père était censé avoir avec la pègre, Peets n'y croyait pas. Encore de la frime, ça, comme le rasoir. Le môme l'avait toujours sur lui dans la poche arrière de son pantalon, et il l'en sortait vingt, trente fois par jour. Il s'en servait pour couper sa viande à midi et se tailler les ongles en bourrant le mou aux autres. Quelque chose de maniaque dans le geste. Un jour ils avaient trouvé une chauve-souris dans un parpaing et, avec son rasoir, le môme lui avait tranché la tête. Puis il l'avait vidée de ses entrailles en disant : «J'ai vu la même chose arriver à une bonne soeur, un jour.»
Il y avait un autre ouvrier de l'âge de Léon dans l'équipe. Gary Sample. Peut-être un ou deux ans de moins que Léon. Il avait répliqué : «J'en connais une de bonne soeur à qui j'en ferais bien autant. Soeur Mary Theresa à St. Anthony's.» Sauf qu'il l'avait dit plus laborieusement que ça, car il bégayait. «Ê... ê... ê... elle me tirait les oreilles t... t... tous les jours.» Coleman Peets n'avait pas apprécié. Les autres avaient souri, mais ils n'en menaient pas large.
La fois suivante où Leon Hubbard avait sorti son rasoir, Peets lui avait lancé : «T'as pas fini avec ce truc ? Tu te torches avec, aussi ?» Là encore, tout le monde avait souri, Leon Hubbard s'était planté devant lui, le rasoir caché derrière la jambe, et ils s'étaient affrontés du regard jusqu'à ce que Peets jette l'éponge.
Ce petit morveux devait peser à peine plus de soixante kilos, et il avait pris son après-midi pour astiquer sa lame.
Peets s'était bien gardé de parler de cet incident à sa femme, il ne lui avait pas dit non plus que le môme se vantait d'être un affranchi.
- T'as jamais eu l'impression d'être sur un toit ? lui demande-t-il ce matin-là. Tu regardes en bas, et l'espace d'un instant tu entends une voix dans ta tête qui te dit : «Saute !»
Elle est dans la salle de bains, elle se brosse les dents avant d'aller travailler. Elle ouvre la porte, l'air étonné, la brosse à dents encore dans la bouche. Il conclut alors :
- Leon Hubbard, c'est un peu cette voix.
Elle se retourne vers le lavabo et se rince la bouche.
- Tu as peur de le renvoyer, on dirait.
- Je serais pas mécontent qu'il s'en aille.
Il se détaille dans la glace de la chambre, ses muscles, son bide, ses cicatrices - sans elles, il y avait des coins où il ne se serait même plus souvenu d'avoir mis les pieds -, en se demandant jusqu'où il faudra aller pour pousser Léon à partir.
Sa femme sort de la salle de bains et il la regarde s'habiller dans la glace.
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