Inscrivez-vous àla Lettre des Libraires.
Libraires,partagez vos découvertes.
Editeurs,valorisez vos livres.
Bienvenue sur Lechoixdeslibraires.com. Lechoixdeslibraires.com vous permet de découvrir, de partager les coups de cœur des libraires. Vous y entendrez également les écrivains raconter leur amour des livres, et des librairies, au micro de Patricia Martin (productrice à France Inter). Vous lirez les « Lettres à mon libraire », rédigées par les auteurs à l’attention de leur libraire. Des comédiens vous proposeront de courtes lectures. Grâce à leur participation active, les éditeurs ont la possibilité de mettre en avant, dans la rubrique "l'espace des éditeurs", les livres de leur choix auprès des libraires de France et de tous les internautes. Nous proposons également un podcast.
est notre partenaire « Télé » : chaque jeudi soir, un portrait de libraire est diffusé dans l’émission de François Busnel « La Grande Librairie ».
est notre partenaire « Radio ». Ecoutez l'émission "A livre ouvert" : chaque dimanche soir, François Busnel reçoit deux libraires pour commenter l’actualité littéraire de la semaine passée.
est notre partenaire « Presse écrite ». Découvrez en exclusivité le palmarès des livres préférés des libraires de France.
Auteur : Peter Behrens
Traducteur : Isabelle Chapman
Date de saisie : 29/04/2008
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Bourgois, Paris, France
Collection : Littérature étrangère
Prix : 26.00 € / 170.55 F
ISBN : 978-2-267-01969-8
GENCOD : 9782267019698
Sorti le : 13/03/2008
Fergus est l'unique rescapé d'une famille de paysans irlandais en 1846. Il est confié à l'asile par son propriétaire. Il s'enfuit et est recueilli par des "rebelles". Il survit auprès d'eux malgré la famine et les bagarres. Il est à nouveau recueilli dans un "bordel". De déplacement en errance, il fait son éducation. A travers l'histoire d'un homme nous découvrons une partie de l'Histoire. Un roman initiatique qui le conduira jusqu'au Québec.
Un roman captivant et très bien écrit : un moment de plaisir.
PETER BEHRENS LA LOI DES RÊVES
«Sortir, marcher. Ainsi en va-t-il dans les rêves. C'est cela la loi des rêves : rester en mouvement.» En 1846, l'Irlande est frappée par l'épidémie de mildiou. Les récoltes de pommes de terre sont ruinées et la famille de Fergus, refusant l'expulsion, subit la famine. Demeuré seul, Fergus comprend que, conformément à «la loi des rêves», son seul espoir de survie est de quitter cette terre et d'aller de l'avant. Commence alors un périple semé d'embûches, de rencontres et d'aventures aussi cocasses que dramatiques, au cours duquel il croisera notamment une troupe d'enfants errants avant de rencontrer sa compagne, Molly, dont il devra apprendre à se méfier... Son chemin le conduira de Dublin à Liverpool où il embarquera pour le Québec.
Véritable roman initiatique, La Loi des rêves est un récit des origines de l'Amérique. Déployant un talent de narration hors du commun, Peter Behrens questionne l'exil et met en lumière l'Histoire et le peuplement du continent Américain.
Traduit de l'anglais par Isabelle Chapman
Chemin de croix initiatique d'un jeune Irlandais qui émigre vers le Nouveau Monde, ce premier roman très visuel est aussi l'histoire des origines de l'Amérique...
Peter Behrens parvient, jusqu'au bout, à garder le même souffle, le même lyrisme incantatoire, et à faire partager sa compassion et son respect pour un héros qui, endurci par les épreuves, finit par devenir un homme. Sans illusions, mais toujours déterminé.
Le fermier anglais, perplexe
Sur la route de Scarriff qui le ramène chez lui, le fermier Carmichael chevauche Sally, sa jument baie, à travers les ruines de l'Irlande. Les masures, laissées à l'abandon, n'ont plus de toit. À un carrefour, il tombe sur une famille d'expulsés et tend à la femme un penny, geste pour lequel elle le bénit, pendant que ses enfants le regardent fixement et que son mari, un mastodonte, reste accroupi sur l'herbe du talus, la tête dans les genoux.
Le cuir de la selle craque. Encore quatre miles à parcourir. Carmichael chemine en direction du nord-est sur une route droite et régulièrement pavée. Ses oreilles bourdonnent sous l'effet du changement de temps qui s'annonce. Entre ses jambes, la vieille jument est robuste, vive.
Owen Carmichael est un bel homme, maigre mais bien proportionné, vêtu d'un manteau noir lustré de pourpre par l'usure. Il est coiffé d'un chapeau de paille retenu sous son menton par un ruban, et chaussé de bottes qu'il tient de son père. Ses habits de ville sont roulés dans un ballot accroché à l'arrière de sa selle. Il lève les yeux et regarde les nuages filer en tourbillonnant, alors que sur la route, où souffle un petit vent d'ouest, l'air est doux : depuis qu'il est parti ce matin pas une goutte de pluie ne l'a mouillé. Carmichael observe souvent le ciel. Cela lui donne une vision de pureté, de possible et de plénitude éternelle.
À une légère variation dans l'allure de sa monture, il baisse les yeux. Sur la route devant lui, au beau milieu, il aperçoit un tas de guenilles.
La jument, frappée de plein fouet par la puanteur, tressaille et hennit, puis c'est Carmichael qui la sent, portée par la brise, l'odeur de la mort, aigre et venimeuse.
Lui lâchant un peu la bride, il effleure la jument de ses talons, la force à adopter un bon petit galop. Il lui fait décrire une large courbe autour de l'amas de haillons qui palpitent dans la brise et où un bras blanc et raide lève le poing en l'air. Sur ce bras se tient perché un corbeau. Plusieurs de ces oiseaux de malheur sautillent furtivement dans les herbes folles du fossé. S'il avait eu un fouet, avec quel plaisir il l'aurait fait claquer...
Au vent, la pestilence disparaît. Carmichael descend vivement de cheval. Les rênes dans une main, il se penche pour ramasser un caillou. Il vise le corbeau, le manque. Le caillou ricoche sur la route avec un bruit métallique. Après un moment d'hésitation, l'oiseau bat des ailes et, dans un croassement paresseux, s'envole en dessinant de grands cercles autour de la charogne, et de Carmichael.
Désemparé, le fermier se remet en selle et poursuit sa route.
Il s'est rendu à Ennis afin de voir l'agent qui gère les affaires de son landlord, monsieur le comte, sixième du nom. Au souvenir de cet entretien, Carmichael sent son dos se crisper. Il déteste tout cela - les mesquineries des transactions juridiques, les rites de la tenure, le versement du loyer, l'odeur mortifère de l'encre.
Un homme taillé pour la campagne, l'odeur des champs et les promesses du ciel, voilà ce qu'il est. Il a des mains faites pour tenir les rênes de sa jument baie, une bête volontaire. Il l'a payée trop cher pour ce qu'elle vaut, vingt-cinq livres, mais c'était il y a longtemps, et depuis il s'est pardonné cette folie.
Il est soulagé d'avoir quitté Ennis et ses rues défigurées par la mendicité. Hommes rendus à l'état de bêtes, femmes prostrées sous tout ce qui peut servir d'auvent, les mères serrant contre elles de misérables petits enfants qu'on dirait écorchés vifs.
La mort subite de monsieur le comte père, fauché par le choléra en Italie, avait révélé qu'à force de mener grand train, il était criblé de dettes. Les finances de son tout jeune héritier devaient dès lors être soumises à des mesures de redressement impitoyables.
- De la viande, pas de céréales. Du boeuf et du mouton, voilà ce qui rapporte, lui a expliqué l'agent du landlord. Ces coteaux montagneux qui sont les vôtres - les moutons y seront très bien.
L'Irlande importait par troupeaux entiers des moutons et des vaches écossaises.
- J'ai soixante familles de tenanciers qui vivent là-haut, protesta Carmichael.
- C'est trop. Il n'y en a pas assez pour tout le monde.
- En effet, admit Carmichael.
Copyright : lechoixdeslibraires.com 2006-2008 - Informations légales - Programmation : Olf Software - Accessibilité, CSS et XHTML : Gravelet Multimédia