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Auteur : Marc Restellini
Date de saisie : 12/03/2008
Genre : Arts
Editeur : Pinacothèque de Paris, Paris, France
Prix : 55.00 € / 360.78 F
ISBN : 978-2-9530546-2-0
GENCOD : 9782953054620
Sorti le : 14/02/2008
L'histoire de la vie commune de Jeanne Hébuterne et d'Amedeo Modigliani. M. Restellini, spécialiste du peintre, retrace les rapports de ce couple de légende, d'amour, de créativité et de mort.
Modigliani - Hébuterne
un couple de légende,
Amedeo Modigliani, Jeanne Hébuterne : couple de légende. Couple dont la vie était jusqu'à peu totalement inconnue. Certes, il y avait Modigliani et sa légende : artiste maudit, séducteur, ivrogne et consommateur effréné d'opium dans le meilleur des cas et de cocaïne dans le pire, mort tragiquement à trente-six ans, dont la compagne, enceinte de huit mois, se donne la mort le lendemain. Jeanne Hébuterne, elle, est une belle inconnue. Pas même une photo nette. Seulement l'oeuvre de Modigliani, qui nous la présente tantôt magnifiée, tantôt très enlaidie, quelques dessins, une ou deux peintures, peu convaincantes. Revenons un instant sur Modigliani. Arrivé à Paris en 1906, Modigliani commence à travailler de façon indépendante tout en poursuivant une formation dénuée d'enseignement mais basée sur des supports traditionnels : musées, galeries et expositions. Viennent ensuite la rencontre avec Paul Alexandre et l'aventure de la rue du Delta, autre période de formation de l'artiste. Lorsque Paul Alexandre lui présente Brancusi, Modigliani se lance alors dans une nouvelle vocation avec passion : la sculpture.
Très rapidement - trop rapidement -, cette vocation est interrompue pour deux raisons : une santé fragile et la volonté d'un marchand ambitieux.
La première est traditionnellement évoquée : on le sait, à l'âge de seize ans, Modigliani est atteint de tuberculose avec hémoptysie, dont il guérit de façon surprenante à une époque où il était rare d'y survivre, les antibiotiques n'existant pas encore. Or seule l'intéressait la taille directe de blocs, qui plus est, aussi durs que le grès ou le marbre. N'ayant pas les moyens financiers de se faire dégrossir le matériau - ni même parfois de l'acheter -, Modigliani, bien que jeune, ne possédait plus la force physique nécessaire à ce travail. La seconde raison, moins traditionnelle, figure dans le témoignage de Paul Guillaume lui-même : en 1914, lorsque Modigliani le rencontre, ce jeune marchand ambitieux aurait poussé l'artiste à interrompre la sculpture - difficile à vendre - pour revenir à la peinture - plus facile à «stocker» et à commercialiser. Sans doute, l'artiste est moins intéressé par la peinture, mais les questions économiques, l'ambition de faire partie de «l'écurie» d'un marchand prestigieux, aussi jeune soit-il, et la solitude liée au départ de son groupe d'amis, tous mobilisés et partis au front, l'encouragent à accepter des concessions vis-à-vis de celui qui va le prendre en charge et dont sa survie du moment dépend. Le style de Modigliani se construit ainsi peu à peu : différentes phases et périodes se succèdent.
Etudier le couple Modigliani-Hébuterne, c'est aussi se replonger dans le contexte de l'époque : période de la Première Guerre Mondiale et du retour des hommes du front, période de la vie artistique à Paris entre 1914 et 1920, qui fut l'une des plus dynamiques du siècle (en 1918, 1300 000 jeunes hommes sont morts au combat, 2 800 000 ont été blessés, 600 000 sont invalides]. «1918, la Paix : l'homme exaspéré, tendu, impersonnalisé pendant quatre ans, enfin lève la tête, ouvre les yeux, regarde, se détend, reprend goût à la vie : frénésie de danser, de dépenser, de pouvoir enfin marcher debout, crier, hurler, gaspiller. Un déchaînement de forces vives emplit le monde. (...) L'homme de 1921, rendu à la vie normale, garde en lui cette tension physique et morale des dures années de guerre. Il est changé. Les luttes économiques ont remplacé les batailles du front. Industriels et commerçants s'affrontent en brandissant la couleur comme une arme publicitaire. Une débauche sans précédent, un désordre coloré font éclater les murs. Aucune loi, aucun frein ne viennent tempérer cette atmosphère surchauffée qui brise la rétine, aveugle, rend fou : où allons-nous ?» s'écrie Fernand Léger. «L'ivresse de la paix était réellement une chose extraordinaire, écrit Anatole Jakovsky, (...) pour la première fois dans l'histoire du monde, la terre entière s'est sentie si libre, si riche, si unie, prête à je ne sais quel grand saut dans une prospérité sans fin. D'où le goût du neuf. D'où le goût de la vitesse. Le temps, c'est l'argent. Plus de guerres. (...) Plus de misère ! Tout un chacun peut devenir millionnaire, c'est un fait. Rien que la poésie. Rien que la féerie... (...) Vive la poésie qu'elle soit orale, verbale, imprimée, manuscrite, plastique» Toute la vie artistique se retrouve à Montparnasse qui devient, selon Jules Romain, «un vrai mythe. Un vrai paradis sur terre. Un lieu du monde sans pareil, un moment du monde sans pareil. L'art moderne, l'art vivant, la section d'or, le cubisme, le dadaïsme, le surréalisme, l'art abstrait, l'art concret - autant d'appellations plus ou moins contrôlées, sinon de querelles de chapelles ne gîtent-elles pas dans son giron ? (...) Bientôt, les mouvements et les écoles ne se compteront plus. Il y aura le cloutisme, le dimensionisme, le rayonnisme, le constructivisme, le suprématisme, l'orphisme, le vitalisme, le relativisme, le musicalisme, et j'en passe. Tout cela, c'est Montparnasse... (celui) d'entre les deux guerres...»
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