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.. Petits désordres familiers

Couverture du livre Petits désordres familiers

Auteur : Éric Fouassier

Date de saisie : 11/02/2008

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : D'un noir si bleu, Gibles, France

Prix : 15.00 € / 98.39 F

ISBN : 9782916499161

GENCOD : 9782916499161

Sorti le : 11/02/2008

  • Les présentations des éditeurs : 11/03/2008

Il me semble que ça fait une éternité que je vis seul avec maman. D'abord je n'aime pas ça : réfléchir au temps qui s'écoule. Ça me terrifie ! Quand il m'arrive de penser à ce que j'ai fait quelques heures auparavant, ou quelques jours plus tôt, j'ai presque toujours la chair de poule. C'est comme lorsqu'on plonge ses avant-bras dans un baquet d'eau glacée. Toutes ces aiguilles qui vous déchirent et cette affreuse sensation de voir vos membres se briser net sous la surface.

Nos parents et nos proches que la maladie, le désamour, la mort ou les malheurs du temps placent hors d'atteinte... ce sont eux qui donnent chair aux neuf nouvelles de ce recueil. Suivez Micheline dans la quête de son enfant perdu. Partagez le destin tragique de Jolan et Mima, le frère et la soeur à jamais séparés. Cherchez la paix de l'oubli dans les ruelles ensoleillées de Mésarée. Bref, laissez-vous prendre par le charme entêtant de ces petits désordres familiers. Ils pourraient être les vôtres.


  • Les courts extraits de livres : 11/03/2008

J'ai dû faire un long voyage. Ça pourrait expliquer cette sorte de vacillement en moi. Un exil prolongé à l'écart de mes territoires familiers. J'imagine que les hommes d'affaires habitués à sauter d'un avion à l'autre ressentent de temps à autre ce décalage, cette sensation d'évoluer en marge de leur propre existence. Un flottement pas si désagréable que ça, après tout. On a l'impression que le champ des possibles s'ouvre devant soi, que sa vie reste tout entière à réinventer. A mon âge, ce genre d'illusion s'accueille comme un cadeau du ciel.
Pour l'heure, mon périple s'est achevé dans cette petite ville au charme provincial. Je n'y connaissais personne. Mais une femme seule, même si elle a perdu bien des attraits de la jeunesse, suscite toujours, sinon l'intérêt, du moins la curiosité. Dans la résidence où j'ai trouvé refuge pour quelques temps, ma présence est venue fort à propos briser la morosité d'un quotidien que j'imagine dénué de surprise. Sans forfanterie aucune - Dieu m'en garde ! - je crois pouvoir affirmer que ma personne s'est vite trouvée au centre de toutes les conversations. On s'interroge. On suppute. On me dévisage. On me jauge. Le personnel est aux petits soins avec moi, efficace et discret, mais les autres pensionnaires ne peuvent s'empêcher de me questionner. Je m'efforce de leur répondre avec courtoisie même si, reconnaissons-le, les sujets abordés ne varient guère. Savez-vous qui est Mozart ? Quel jour de la semaine sommes-nous ? Qu'y avait-il à déjeuner hier ? Ce genre de futilités m'horripile, mais je fais bonne figure. Le plus souvent, mes interlocuteurs, hommes ou femmes, guettent mes réponses avec une avidité que je ne parviens pas à comprendre. Leurs yeux brillants semblent en attente d'un oracle, d'une parole définitive qui pourrait les délivrer d'un doute oppressant. Je ne leur en veux pas. Toutes ces personnes -j'en suis convaincue -sont pleines de bonnes intentions envers moi. Elles cherchent le meilleur moyen d'entrer en contact. Peut-être même essayent-elles déjà de m'apprivoiser. Comme je l'ai dit, je tiens à me montrer correcte vis-à-vis d'elles, mais je ne recherche pas leur compagnie. Je préfère la solitude. De ce point de vue, la pension de famille répond à mes attentes. Un long pavillon en meulière, isolé au fond d'un parc. Je ne sais plus vraiment qui m'a donné cette adresse, ni comment je suis arrivée ici. D'ailleurs ça n'a pas d'importance. Je suis de passage. Le temps de me rassembler pour un nouveau départ.
Dans les premiers temps, j'ai limité mes promenades au parc. J'y passais en fait la plus grande partie de mes journées. Une pelouse avec des massifs de mimosas prolonge la terrasse sur laquelle s'ouvrent plusieurs portes-fenêtres. L'étendue d'herbe descend en pente douce jusqu'à un petit ruisseau qu'enjambe un pont de bois. Au-delà, le jardin se perd sous les arbres. Des ormes et des frênes centenaires projettent sur toutes choses l'ombre de leurs feuillages touffus. Les allées étroites sont recouvertes d'un humus épais. Les feuilles mortes des saisons passées se sont accumulées là en strates successives. Cette partie du parc où mes pas me portent presque malgré moi semble à l'abandon.


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