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Auteur : Philippe d' Hugues
Date de saisie : 19/03/2008
Genre : Cinéma, Télévision
Editeur : Ed. de Fallois, Paris, France
Prix : 20.00 € / 131.19 F
ISBN : 978-2-87706-640-2
GENCOD : 9782877066402
Sorti le : 19/03/2008
Ce n'est pas un livre d'Histoire, c'est une chronique. La couleur du temps y est plus importante que la marche de l'Histoire.
Les années 50, nous dit l'auteur, n'ont pas bonne presse et sont un peu les sacrifiées de l'histoire du XXe siècle.
La France est en effet sortie comme hébétée de la tragédie qu'elle a vécue. On lui a dit qu'elle était victorieuse, elle ne le croit qu'à moitié. En revanche, elle constate que les temps sont durs, les restrictions toujours là, et la reconstruction lente.
En politique, l'européen Jean Monnet, le sage Pinay, le clairvoyant Mendès-France, n'empêchent pas la IVe République de manquer de tonus et de décevoir les uns et les autres.
L'inéluctable décolonisation, avec le drame indochinois et la tragédie algérienne, est vécue comme une troisième et dernière défaite, après 1870 et 1940.
Paris n'est plus la «Ville lumière».
Cela n'empêche pas Philippe d'Hugues d'allumer, tout au long des pages de ce livre brillant, les petites lampes du souvenir. Les grands faits divers, les pièces de théâtre, les chansons qui retiennent la sensibilité nouvelle, les exploits sportifs, les débuts de la télévision, tout cela traverse le fleuve tranquille du temps.
Mais c'est encore avec le cinéma, son domaine de prédilection, fidèle miroir d'une société qui se cherche et qui abonde en créations nouvelles, que l'auteur nous fait le mieux comprendre les particularités de cette époque qu'il tente de faire échapper à l'oubli.
Critique et historien du cinéma, Philippe d'Hugues a longtemps exercé d'importantes responsabilités au Centre national de la Cinématographie et à la Cinémathèque française. Son ouvrage Les Ecrans de la guerre. Le cinéma français de 1940 à 1944 a obtenu en 2005 le Prix Thiers de l'Académie française.
Extrait de l'introduction :
On peut se demander pourquoi, à première vue, les années cinquante n'ont pas bonne presse et sont un peu les sacrifiées de l'histoire du XXe siècle. Coincée entre les inépuisables années quarante, riches de leurs guerres, massacres, destructions, actes d'héroïsme ou de lâcheté, crimes et châtiments indéfiniment étalés, et les mirifiques années soixante, célébrées à l'envi, en tant que prélude à Mai 68, signal de l'avènement de toutes les modernités à venir, la décade (préférons ce mot, seul connu de Littré, à l'usuel «décennie», justement répandu dans la période considérée) 1949-1959 fait un peu figure de parent pauvre et retient beaucoup moins la curiosité des historiens. Non qu'elle soit privée d'événements historiques importants, sur le plan politique, littéraire ou artistique, mais ces événements semblent souvent éclipsés au profit de ceux qui ont précédé et de ceux qui ont suivi, aujourd'hui magnifiés par des survivants qui en furent les bénéficiaires, ou par leurs successeurs, hérauts complaisants de légendes souvent enjolivées. Les années cinquante n'offrent pas les mêmes ressources, et sont donc assez souvent escamotées, avec leurs guerres coloniales (Indochine, Afrique du Nord) interminables et devenues, pour la mémoire collective, objets de scandale et de honte, avec une France hexagonale crispée sur le souvenir de ses grandeurs passées, en train de lui fondre entre les doigts, et sa population lassée des privations trop longues, avide de retrouver les plaisirs d'avant 1939, dont le goût même était en passe d'être oublié. Qu'attendre après tant de malheurs et de misères, sinon le retour à une existence paisible et tranquille, sans trop se soucier d'événements lointains et étrangers à une métropole qui ne leur accordait qu'une attention distraite ? Telle est du moins l'impression qu'on en retire aujourd'hui, à la lecture d'historiens pressés, mal informés ou soucieux de vérités officielles, en dehors desquelles tout récit non conforme devient vite suspect.
Eh bien, il faut braver les suspicions, il faut rétablir les faits, tels que les ont vécus les contemporains, et tels qu'ils en ont gardé le souvenir. La réalité fut très différente des stéréotypes superficiels en vigueur, et les années cinquante ont leur physionomie propre, différente des périodes qui ont précédé et suivi, et cette physionomie, le lecteur s'en apercevra vite, est surprenante souvent, captivante presque toujours. Ces années furent riches, animées, colorées, pittoresques, et ceux qui eurent 20 ans au cours de la période, en ont conservé un souvenir bien différent de l'image un peu grise qui semble prévaloir. Du redressement effectué par une IVe République, peut-être moins politiquement débile qu'il n'y paraissait sur le moment, exception faite pour un effondrement final, du reste soigneusement préparé, jusqu'au retour au pouvoir du général de Gaulle, riche de tant d'espérances pour beaucoup de Français plus ou moins oublieux, mais dont certaines seraient déçues en un temps record, il y eut une époque étrange, complexe, contradictoire et qui laisse à ceux qui l'ont vécue un souvenir mélangé, entre le clair et l'obscur, entre la douceur de vivre et le désenchantement.
Ces quelques saisons, où le pays connut une sorte d'accalmie, du début au milieu des années cinquante, il serait très exagéré de vouloir en faire une espèce de «Belle Époque» ou de nouvelles «Années folles». Et pourtant... pourtant à certains moments, on fut tenté d'y croire et de penser qu'on était sur le point d'y parvenir, durant quatre ou cinq années où ce fut le cas ou presque. Le seul fait d'y avoir songé prouve rétrospectivement qu'on y était bel et bien, mais sans s'en rendre compte, comme il est toujours naturel en pareil cas. Ce n'est pas la vie qui apporte le bonheur, et encore moins la conscience du bonheur, c'est la mémoire qui après coup fait comprendre qu'il était peut-être là, et qu'on ne le savait pas. Telle est l'aventure singulière et banale à la fois qui survint à ceux qui ont vécu alors dans une insouciance parfois un peu forcée, qui ont connu quelques oasis heureuses où ils n'eurent guère le loisir de s'attarder, en attendant le réveil brutal qui allait déboucher sur la Ve République. C'est alors que sombrerait une tentative de bonheur timide qui ne serait remplacée par aucun équivalent. Le général de Gaulle et ses ministres n'étaient rien moins que des marchands de songes ou des voleurs d'étincelles, et dès l'année 1959, tout le monde avait compris que la décade buissonnière qu'on laissait derrière soi était bien terminée, et que ce qui s'annonçait n'aurait plus du tout un air de fête, mais préludait à d'inévitables révolutions. La suite en serait effectivement prodigue, et l'écho ne finit pas d'en retentir.
Ce livre se propose de rappeler, ou de révéler à ceux qui sont venus après, cette sorte d'entracte un peu étrange, quelques moments délicieux, finalement assez nombreux, que connut la France, grosso modo entre 1949 et 1959, entre la fin des séquelles multiples de la guerre et l'apparition de nouveaux troubles destinés à s'implanter.
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