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Auteur : Henri Gougaud
Date de saisie : 27/02/2008
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Albin Michel, Paris, France
Collection : Romans français
Prix : 19.50 € / 127.91 F
ISBN : 978-2-226-18232-6
GENCOD : 9782226182326
Sorti le : 27/02/2008
En moins d'un demi-siècle, dans une folle croisade d'or et de sang, une poignée de soldats espagnols, dressant des croix sur des pyramides de cadavres, font la conquête d'un nouveau monde. Une civilisation s'effondre, une autre va naître. Assoiffés de trésors, de légendes et de territoires inexplorés, d'autres hommes prennent la relève.
1528. Une petite flotte de caravelles aborde les côtes inconnues de la Floride. Trois hommes survivent à l'expédition, anéantie par les naufrages, les épidémies et les flèches indiennes. Nunez Cabeza de Vaca, l'un d'eux, noble Andalou, découvre, au lieu de l'Eldorado promis, des villages faméliques peuplés de primitifs candides, malades, profondément religieux. Au nom du Christ, ses compatriotes se livraient à des massacres. Au nom de Mahona, divinité de ces peuples, le conquistador apporte la paix, la guérison et l'amour.
Une extraordinaire épopée commence, à la fois récit authentique et oeuvre soulevée par la passion humaniste, le souffle de l'aventure et de la poésie, contée avec le style, l'art et la magie d'Henri Gougaud.
Écrivain et conteur, Henri Gougaud a été chanteur, éditeur, chroniqueur sur France Inter... Il est l'auteur d'une trentaine d'ouvrages, contes, romans, essais, nouvelles.
Ils étaient sept cents officiers et soldats à chanter à pleine voix le Salve Regina sur le pont des navires qui s'élancèrent le 17 juin 1527 du port espagnol de Sanlucar, à la conquête du Nouveau Monde. Ceux qui accostèrent quelques mois plus tard au nord de la Floride se comptaient sur les doigts d'une main. Parmi eux, Alvaro Nunez Cabez de Vaca, noble castillan qui écrivit à son retour des Amériques une Relation de voyage pour le roi d'Espagne. S'inspirant de ce récit authentique, le conteur Henri Gougaud a réinventé l'aventure une épopée dans les grands espaces du dehors et du dedans, de cet homme «qui s'en fut conquérant et revint désarmé».
Extrait du prologue :
A vous, mon fils, l'entière vérité. A vous mes fatigues, mes désespoirs, mes naufrages, mes renaissances, ma force et ma mémoire. A vous seul, mon bien-aimé, ce qu'il me fut donné de vivre sur les vastes terres de Floride et autres lieux d'outre-océan où aucun soldat ni clerc de Castille n'avait avant moi cheminé.
Je me sens un coeur de taureau depuis que m'est apparue l'évidence de ce que je devais faire pour votre édification et la conjuration de ma mélancolie. Parler enfin sans fard, sans crainte ni vergogne. Inscrivez dans votre jeune mémoire l'instant et le lieu où votre père s'est résolu à entreprendre ce récit : la nuit dernière, au bas de la falaise où est notre demeure, face à la mer obscure. Il n'y avait ni lune au ciel ni vent de la terre ou du large. Une lueur de barque est apparue au loin. Comme mon épouse contemplait cette étoile mouvante dans les ténèbres, elle a murmuré mon nom, puis elle s'est mise à fredonner un chant comme elle faisait parfois, sur un autre rivage. Elle me savait perdu dans des pensées amères. En vérité, depuis notre départ d'Espagne, j'enrageais. J'ai à peine entendu sa voix, mais ce fût comme si la cascade d'Inguazi me déferlait soudain dessus. N'en soyez pas surpris, mon fils, il n'y eut là aucun miracle, sauf d'amour attentif. Le chant de votre mère fut comme le dernier souffle sur les braises, celui après lequel le feu jaillit, vivant et neuf. J'étais prêt, elle le savait. J'ai serré si fort sa main qu'elle en a gémi avant d'en rire, et ce matin me voici à l'écritoire.
Vous n'ignorez pas que j'ai autrefois rédigé à l'intention de Sa Majesté le roi d'Espagne une précédente relation de ma longue et lointaine errance. Vous en trouverez copie, si vous prend le désir de la lire, au couvent San Francisco de Séville, où mon ami le frère prieur Bartolome me fait la charité de l'héberger. Ce premier récit ne fut pas mensonger, sachez-le, si ce n'est par prudente omission. Je me souviens m'y être honnêtement appliqué à décrire la misérable existence de ces êtres qui m'accueillirent parmi eux, et à glorifier les prodiges que, par mon entremise, il plut à Dieu d'accomplir pour leur sauvegarde. Mais il est vrai que mon souci le plus constant fut de tenir en bride l'ardeur qui m'échauffait les sangs, et de repousser hors de mes feuillets tous les événements, aventures, rencontres et découvertes qui pouvaient paraître déraisonnables à un esprit convenablement catholique. Quand j'eus relu le dernier mot, j'avoue avoir soupiré d'aise. Selon mon sentiment, je n'avais rien écrit qui puisse ébouriffer les sourcils d'un prêtre, d'un juge ou d'un courtisan. J'avais oublié, après huit années loin des jardins et des palais de Madrid, l'insigne fragilité des monarques. Le nôtre ne put supporter d'entendre que les Indiens n'étaient pas des bêtes mais des hommes, et qu'il était injuste de les asservir et de les massacrer comme l'on aurait fait de cerfs ou de bisons. Il ordonna que l'on m'exile dans la poussiéreuse lumière d'Oran, la plus espagnole des cités barbaresques, où Dieu merci nous demeurons en paix.
A vous donc, mon enfant qui m'êtes plus précieux qu'un roi, le véritable récit de mes tribulations dans ce pays sans chemins où votre mère a vu le jour. A quel autre vivant pourrais-je confier ces malheurs et ces bontés qui ont si rudement nourri mon âme ? A Dieu ? Sa figure m'est trop lointaine. Vous, je vous entends, je vous respire, et vous me regardez quand je vous prends aux épaules. Je suis fier de vos yeux, ils savent rire droit malgré votre jeune âge. Il me plaît de penser que vous ferez bon usage de mon histoire. Vous y apprendrez qui je fus, ce qui est peu, et vous y trouverez ce que j'ai récolté dans le champ de la vie. Est-ce beaucoup ? Question pour le moins superflue. Je n'ai rien d'autre à vous offrir. En vérité, si je vous écris ainsi, c'est dans le pur et simple espoir que mon héritage vous sera nourricier et qu'il vous donnera le désir et la force de découvrir des horizons que votre père n'a su voir.
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