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.. Demandons l'impossible : le roman-feuilleton de mai 68

Couverture du livre Demandons l'impossible : le roman-feuilleton de mai 68

Auteur : Hervé Hamon

Date de saisie : 03/04/2008

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Ed. du Panama, Paris, France

Collection : Littérature française

Prix : 20.00 € / 131.19 F

ISBN : 978-2-7557-0271-2

GENCOD : 9782755702712

Sorti le : 03/04/2008

  • Les présentations des éditeurs : 26/03/2008

C'est l'histoire d'une famille. Une famille moyenne, trois enfants comme tout le monde, la province pas très loin, la guerre pas finie mais pas oubliée (celle de 39 et celle d'Algérie), le tremplin des Trente Glorieuses, la mère un ; peu catho, le père un peu coco, des crédits en : cours, l'ascenseur social qu'est devenue l'école, la télé aux ordres et en noir et blanc, le général de Gaulle père de la nation, la banlieue qui se bétonne, le poulet du dimanche... Avril 1968. La France s'ennuie, dit-on. Ça ne va pas durer. D'un coup, sans crier gare, une crise sociale inédite déferle. La plus grande grève de l'histoire du pays. Et beaucoup plus : une fracture dans l'intimité de chacun.
C'est un livre en deux printemps. Lors du premier, Mélina, la mère, vit «les événements» depuis sa cuisine - tous les siens se sont éparpillés, chacun sa révolution. Lors du second, c'est Mélina qui est dehors, et c'est son mari qui se retrouve dedans.
Entre Good Bye Lenin' et Armistead Maupin, la chronique divertissante de chambardements dont nous ne sommes pas remis.

Hervé Hamon, mai 1968, ça le connaît. Il est l'auteur, avec Patrick Rotman, de Génération, ouvrage de référence s'il en est. Mais il n'aime guère les anniversaires, les nostalgies recuites, ni les polémiques de café du commerce. Pour mai 2008, il a choisi une autre voie : le roman-feuilleton.


  • Les courts extraits de livres : 26/03/2008

Le coach, il me prend pour une débile, il est persuadé que mes derniers neurones sont morts. Pendant les séances du mercredi, il nous regarde, les vieilles, de manière soupçon­neuse, comme un juge, comme nous regardait mon institutrice de neuvième, Mme Balanan, qui relevait les dictées avec répugnance avant même d'avoir compté nos fautes.
Bien sûr que les gâteuses ne manquent pas, à l'Escale sereine (c'est le nom de la maison, une maison de la SNCF, j'y ai droit puisque je suis veuve de cheminot). Mais je ne suis pas gâteuse, pas du tout. Et je le prouve. C'est plutôt la somme de ce que je retiens qui m'effraie, toutes ces petites choses inutiles, ces détails, ces nuances dont tout le monde se fiche, moi la première. Je n'ai pas fait beaucoup d'études, quand j'étais jeune, mais assez pour savoir que j'apprends vite. Je suis montée à Paris dès mes dix-sept ans, ça ne plai­sait pas à mon père, j'habitais Montparnasse comme tous les Bretons, j'étais dactylo chez un notaire du boulevard Edgar-Quinet et je n'avais pas besoin de relire le brouillon pour frapper une lettre. C'était gravé là-dedans et ça y est toujours.
Alors le coach, il m'amuse avec ses airs magnanimes, cette façon qu'il a de se pencher sur nous en parlant trop fort, de nous appeler ma belle comme s'il nous draguait à la plage, de vouloir tant nous stimuler. C'est son mot fétiche, stimuler, il est payé pour nous stimuler.
Je ne lui ai pourtant rien dit d'extraordinaire. Je lui ai dit la vérité. Je lui ai dit que, pour moi, la révolution a com­mencé un dimanche d'avril 1968, juste avant la grand-messe que devait célébrer mon beau-frère Pierrot. La scène du début, je la situerais là, très exactement. J'étais dans notre chambre en combinaison mauve, avec Bernard, mon mari. Vous vous rappelez les combinaisons ? On portait ça sous la robe, c'était quelquefois brillant, quelquefois en nylon transparent, avec un liseré de dentelle. Quand ça dépassait un peu, les gens se moquaient, la formule consacrée était que la fille cherchait une belle-mère.
Eh bien, moi, j'affirme que ce dimanche d'avril, entre 10 et 11 heures, dans ma vie, la révolution a commencé. Je l'igno­rais, naturellement. Je connaissais le nom de Karl Marx parce que Bernard avait eu sa carte du Parti, mais je ne connaissais pas encore la phrase célèbre de Karl Marx : «Les hommes font leur histoire et ne savent pas qu'ils la font.» Ce qui est rudement vrai, la suite l'a montré.
Le coach m'a regardée avec indulgence, avec lassitude. J'ai vu fonctionner sa cervelle mieux qu'au scanner. Ça y est, Mme Duvergnon a perdu la boule. Elle aura tenu longtemps. J'ai imaginé la fiche qu'il était en train de rédiger 17 mentalement. Mélina Duvergnon, 2 25 08 22 278 052, début de ramollissement cérébral, pas d'Alzheimer mais signes avant-coureurs de démence sénile avec léger délire assorti de confusion, cite Karl Marx et se croit révolutionnaire.

D'habitude, Bernard aimait observer sa femme en combinaison. Le côté dentelle, le côté «dessous», secret, la trans­parence peut-être, la phase intermédiaire entre l'habillage et le déshabillage. Ils s'étaient connus très jeunes, elle c'était son premier amour, ils avaient aussitôt vécu ensemble, elle avait tout de suite été enceinte, ils s'étaient mariés vite fait, dès que possible, et maintenant, ils avaient déjà derrière eux vingt-cinq ans de vie commune. Un quart de siècle. Il n'empêche, quart de siècle ou pas, Bernard continuait de la trouver attirante, vivante, Mélina. Ce qui est également vrai, c'est qu'au fil du temps il le lui disait moins, il oubliait de le lui dire.
Mais ce matin, l'ambiance n'était pas aux câlins. L'électricité, dans l'air, vibrait comme un essaim de guêpes. C'était ainsi, entre eux. Il suffisait d'un rien pour que l'exaspération flambe. Leurs tempéraments étaient pourtant fort différents. Elle, toute fine, toute brune, les yeux brillants, mordait vite et sec mais se reprochait ensuite ce premier mouvement. Lui tardait plus à démarrer, affichait d'abord une maîtrise dont il était peut-être dupe, puis cédait d'un seul coup, sans transition, et poussait sa gueulante.


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