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Auteur : Jocelyn Royé
Date de saisie : 28/03/2008
Genre : Sciences humaines et sociales
Editeur : Droz, Genève, Suisse
Collection : Travaux du Grand Siècle
Prix : 49.65 € / 325.68 F
ISBN : 978-2-600-01147-1
GENCOD : 9782600011471
Sorti le : 01/02/2008
Alors qu'au XVIe siècle le pédant est en charge de l'instruction des jeunes gens au collège comme à l'université, à la fin du siècle suivant, le mot désigne toute personne qui abuse de son savoir dans sa relation aux autres. En même temps, la littérature comique rend populaire le personnage du pédant, universitaire et savant sentencieux dont le ridicule s'exprime à la fois dans l'allure dégradante, la conduite discordante et le jargon inintelligible. Figure caricaturale du clivage entre l'être et le paraître, sa présomption est à l'égal de son «incivilité» et de la dérision qui l'accompagne. Dégageant les traits de ce personnage, dans son usage tronqué du savoir et du langage, Jocelyn Royé montre comment la notion de pédantisme se développe à partir de Montaigne et culmine dans la représentation cocasse qu'en donne Molière. Mais entre ces deux auteurs, nombre d'écrivains placent le ridicule du pédant et la charge contre le pédantisme au coeur de leurs oeuvres, comme autant de manières de participer aux débats, aux polémiques et aux mutations épistémologiques en cours. Aussi, est-ce bien une critique de la sclérose intellectuelle, des opinions péremptoires et des attitudes affectées qu'alimente le succès littéraire dont jouit la figure du pédant.
Extrait de l'introduction :
Il faudrait inventer quelque nouveau langage,
Prendre un esprit nouveau, penser et dire mieux
Que n'ont jamais pensé les hommes et les dieux.
Théophile de VIAU, Elégie à une dame
Pierre de Montmaur exerça pendant vingt-cinq ans, jusqu'en 1648, la fonction de «Professeur royal de grec» à l'université de Paris. Il succédait à Jérôme Goulu et à Jean Dorât. Sa notoriété dépassa l'enceinte du Quartier latin et les assemblées de savants et d'érudits parisiens. En effet, des textes parurent de son vivant offrant un portrait bien peu avantageux du personnage. D'après Adrien de Valois, auteur de la Valesiana, ce fut une oeuvre du début de la carrière littéraire de Gilles Ménage qui déclencha la cabale :
La pluspart des savans se crurent obligez de le célébrer comme il le meri-toit et de luy rendre justice. Ce fut M. Ménage qui sonna pour ainsi dire le tocsin contre lui. Il composa sa Vie en latin, et à la fin de cette pièce il exhorta par une petite epigramme de cinq vers tous les Savans à prendre les armes contre cet ennemi commun.
Nombreux furent ceux qui répondirent à l'appel de l'écrivain dans la dénonciation des travers du professeur. Mais c'est la mort de ce dernier, le 7 septembre 1648, qui marque le déclenchement d'une avalanche d'écrits satiriques sur le thème du ridicule à laquelle participent pendant quelques années la plupart des auteurs célèbres du moment. Une première «anthologie» paraît en 1665 rassemblant quelques textes des plus fameux. C'est le témoignage de cette «guerre si plaisante» que nous laisse également Albert Hendrik de Sallengre dans un recueil paru en deux tomes à La Haye au début du XVIIIe siècle. Plus étoffé que l'ouvrage précédent, il contient des pièces écrites soit en latin soit en français ainsi qu'une biographie de Montmaur, qui reprend des jugements portés par certains écrivains, contemporains du professeur. L'auteur de cet ouvrage tente à la fois de comprendre les raisons d'un tel «hommage funèbre» tout en discernant ce qui tient de la mauvaise réputation - fondée ou non - et ce qui résulte de l'exagération propre à l'écriture satirique :
Ils n'ont pas été les aggresseurs. Montmaur les avoit attaquez et les avoit déchirez dans toutes les compagnies.
D'après nos deux auteurs, règlements de comptes et vengeances personnelles semblent donc avoir été les motifs principaux de cette campagne. Pourtant, Sallengre souligne que la portée de cette cabale dépasse la personnalité qui en est l'objet, et le pose ainsi en «victime» d'une joute littéraire dont nombre d'écrivains de ce siècle étaient friands. Il hésite lui-même dans son jugement sur Montmaur et relate quelques témoignages biographiques contradictoires. Certains le présentent sous un aspect plutôt avantageux, d'autres plus nombreux sont bien moins laudatifs :
Le Professeur Mommor aimoit à faire bonne chère aux dépens d'autrui. Il s'étoit donné entrée chez tous les Grands qui tenoient table ouverte, par quelques bons mots Grecs et Latins qu'il leur debitoit pour son Ecot. Après avoir bien bû et mangé, pour divertir ses hôtes, il se mettoit à médire de tous les Savans, tant vivans que morts. Et il n'y en avoit pas un qui n'eût un coup de dent.
Si le comportement social est un des premiers ridicules dénoncés chez le professeur de grec, les écrivains engagés dans la cabale et cités par Sallengre placent aussi la satire sur le plan intellectuel :
Tous les auteurs, qui ont fait mention de Montmaur, lui rendent des témoignages fort avantageux sut son esprit et sur son érudition. On n'en voit pas néanmoins des marques dans les Petits Ouvrages qui nous restent de lui.
Grief de nouveau illustré un peu plus loin avec une citation de Bayle :
Il faut croire, continue Bayle, que Montmaut expérimenta, comme quelques autres, qu'il y a infiniment moins de peine à bien discourir sur le champ, qu'à composer un bon livre.
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