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Auteur : Jean Teulé
Date de saisie : 10/05/2008
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Pocket, Paris, France
Collection : Pocket. Best, n° 13546
Prix : 5.00 € / 32.80 F
ISBN : 978-2-266-17927-0
GENCOD : 9782266179270
Sorti le : 06/03/2008
Une histoire improbable, des personnages improbables... mais pourquoi pas ? Un univers loufoque, dans lequel évolue la famille Tuvache, experte ès suicides, qui depuis 10 générations fournit tout le nécessaire à ses "fidèles" clients pour mettre fin à ses jours. Famille qui excelle dans l'éducation de ses deux premiers enfants en leur inculquant la manière de penser à la Tuvache, très dépressive, sans aucune pointe d'optimisme. Mais voici que naît Alan, suite au test d'un de leurs produits (un préservatif percé), qui résiste à l'éducation que lui donne ses parents et les contamine de sa joie de vivre.
Un petit roman distrayant, drôle, avec de bonnes trouvailles (où un client demande s'il peut payer à crédit et au commerçant de lui rétorquer "et pourquoi pas une carte de fidélité ?"), plaisant et à conseiller sans modération !
Vous avez raté votre vie ?
Avec nous, vous réussirez votre mort !
Imaginez un magasin où l'on vend depuis dix générations tous les ingrédients possibles pour se suicider. Cette petite entreprise familiale prospère dans la tristesse et l'humeur sombre jusqu'au jour abominable où surgit un adversaire impitoyable : la joie de vivre...
«Une fable déconcertante, grinçante et irrespectueuse, digne des Monty Python au mieux de leur forme, pour tous ceux qui voudraient mourir... de rire !»
Valérie Gans McGarry - Madame Figaro
«Les amateurs d'humour noir vont se régaler (...). Une farce aussi absurde que drôle (...).»
Agathe Fourgnaud - Le Point
Egalement chez Pocket : Darling, Ô Verlaine ! et Je, François Villon.
C'est un petit magasin où n'entre jamais un rayon rose et gai. Son unique fenêtre, à gauche de la porte d'entrée, est masquée par des cônes en papier, des boîtes en carton empilées. Une ardoise pend à la crémone.
Accrochés au plafond, des tubes au néon éclairent une dame âgée qui s'approche d'un bébé dans un landau gris :
- Oh, il sourit !
Une autre femme plus jeune - la commerçante -, assise près de la fenêtre et face à la caisse enregistreuse où elle fait ses comptes, s'insurge :
- Comment ça, mon fils sourit ? Mais non, il ne sourit pas. Ce doit être un pli de bouche. Pourquoi il sourirait ?
Puis elle reprend ses calculs pendant que la cliente âgée contourne la voiture d'enfant à la capote relevée. Sa canne lui donne l'allure et le pas maladroits. De ses yeux mortels - obscurs et plaintifs - à travers le voile de sa cataracte, elle insiste :
- On dirait pourtant qu'il sourit.
- Ça m'étonnerait, personne n'a jamais souri dans la famille Tuvache ! revendique la mère du nouveau-né en se penchant par-dessus le comptoir pour vérifier.
Elle relève la tête, tend son cou d'oiseau et appelle :
- Mishima ! Viens voir !
Une trappe au sol s'ouvre comme une bouche et apparaît, telle une langue, un crâne dégarni :
- Quoi ? Que se passe-t-il ?
Mishima Tuvache sort de la cave avec, entre les bras, un sac de ciment qu'il dépose sur le carrelage tandis que sa femme lui raconte :
- La cliente prétend qu'Alan sourit.
- Qu'est-ce que tu dis, Lucrèce ?... Époussetant un peu de poudre de ciment sur ses manches, il s'approche à son tour du nourrisson qu'il contemple longuement d'un air dubitatif avant de diagnostiquer :
- Il a sûrement la colique. Ça leur dessine des plis de lèvres comme ça..., explique-t-il en remuant ses mains à l'horizontale, l'une par-dessus l'autre devant son visage. On peut parfois confondre avec des sourires mais ça n'en est pas. Ce sont des grimaces.
Puis il glisse ses doigts sous la capote du landau et prend l'aïeule à témoin :
- Regardez. Si je pousse les commissures de ses lèvres vers le menton, il ne sourit pas. Il fait la gueule comme son frère et sa soeur dès qu'ils sont nés.
La cliente demande :
- Relâchez.
Le commerçant s'exécute. La cliente s'exclame :
- Ah ! vous voyez bien qu'il sourit.
Mishima Tuvache se redresse, bombe le torse et s'agace :
- Qu'est-ce que vous vouliez, vous ? !
- Une corde pour me pendre.
- C'est haut de plafond, là où vous habitez ? Vous ne savez pas ? Tenez, prenez ça : deux mètres devraient suffire, continue-t-il en sortant d'un rayonnage un lien de chanvre. Le noeud coulant est déjà fait ! Vous n'aurez plus qu'à glisser votre tête dedans...
Tout en payant, la dame se tourne vers le landau :
- Ça met du baume au coeur de voir un enfant qui sourit.
- Oui, oui, c'est ça ! râle Mishima. Allez, rentrez chez vous. Vous avez mieux à faire, maintenant, là-bas.
La dame âgée et désespérée s'en va, la corde enroulée autour d'une épaule sous un ciel chagrin. Le commerçant se retourne dans le magasin :
- Hou, bon débarras ! Fait chier, celle-là. Il ne sourit pas.
La mère est restée près de la caisse suspendue de la voiture d'enfant qui remue toute seule. Le grincement des ressorts se mêle à des gazouillis et des éclats de rire émanant de l'intérieur du landau. Plantés de chaque côté, les parents se regardent catastrophés :
- Merde...
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