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Auteur : Betty Mindlin
Date de saisie : 03/04/2008
Genre : Sociologie, Société
Editeur : Métailié, Paris, France
Collection : Traversées
Prix : 21.00 € / 137.75 F
ISBN : 978-2-86424-651-0
GENCOD : 9782864246510
Sorti le : 03/04/2008
Betty Mindlin est arrivée en mai 1979 chez les Suruí, le long de la BR-364 qui relie Cuiabá à Porto-Velho, alors qu'ils conservaient encore intactes leurs coutumes et leur système traditionnel. Lors de ce premier séjour, elle a rencontré un paradis.
On pourrait dire que les habitants du paradis l'ont trouvée à leur goût. Pas un jour où elle ne fut demandée en mariage malgré la protection et la prude affection du chaman Náraxar. C'est là, à l'abri des ocas, grandes maisons communautaires, entre les corps invitants de l'intérieur et les fantômes de l'extérieur, enveloppée par un choeur de rires amicaux, entre invites, jalousie, menace, cajoleries et petits travaux de la vie quotidienne, qu'elle apprend tout de ses hôtes et se découvre dans sa vérité de femme blanche et de mère éloignée des siens. Au long de sept voyages, elle connaît avec eux la guerre contre les trafiquants de diamants, la modernisation et la découverte du travail salarié...
Ces carnets, qui couvrent ses séjours entre 1979 et 1983, même et surtout parce qu'ils ont été revisités, retravaillés pour mettre en scène les gens et les mythes, sont soutenus par des observations anthropologiques rigoureuses mais jamais encombrantes dont la pertinence s'impose au regard de cette ethnologue enjouée, choisie et adoptée par "ses Indiens préférés".
Betty Mindlin, curieuse et gourmande, fait du lecteur son compagnon de voyage et nous raconte ce monde différent avec une simplicité, une vitalité et une acceptation de l'autre exceptionnelles.
Betty Mindlin est anthropologue. Diplômée de l'Université de Cornell, elle travaille et vit à Sâo Paulo. Elle a fondé l'Instituto de Antropologia e Meio Ambiente (Anthropologie et Environnement) en 1987. Elle est l'auteur de Fricassée de maris.
EN ROUTE VERS LES INDIENS, AVANT LES SIX VOYAGES
6 mai 1979
Étendues dans les hamacs de la véranda de la maison de bois, un bâtiment voisin du hameau perdu de Riozinho, seule marque humaine dans une friche entourée de forêt, Carmen et moi contemplons le bleu du ciel et l'ipé aux fleurs jaunes, presque à portée de main, anxieuses d'atteindre rapidement les villages des Indiens et rongeant notre frein.
Trouver un transport jusqu'aux terres indigènes prendra peut-être une semaine. Pendant ce temps, Celina et Aimoré Cunha da Silva, l'administrateur du parc d'Aripuanã, nous hébergent généreusement chez eux.
Aimoré, qui vient toujours nous chercher à notre arrivée de Sâo Paulo, nous attendait avant-hier, avec sa chaleur habituelle, sa barbe noire, dodu, nous faisant signe de la salle précaire qui mérite à peine le nom d'aéroport. Quand l'avion a atterri à Ji-Paraná, au coeur de l'État de Rondônia, nous avons eu la sensation de tomber droit dans la forêt vierge, masse verte d'arbres majestueux entaillée uniquement par la courte piste d'atterrissage. À peine la porte ouverte, les chants, sifflements et gazouillis d'oiseaux étranges nous ont submergées en même temps que la vague de chaleur.
Avec lui, nous avons pris la BR-364, tant bien que mal inaugurée dans les années 70 et déjà nommée route Cuiabá-Porto Velho, route de terre toute défoncée. Nous avons mis plusieurs heures pour parcourir les 130 kilomètres jusqu'à Riozinho, un peu avant Cacoal. Par chance, les pluies avaient déjà cessé, sinon nous serions restés embourbés. La jeep d'Aimoré, une vieille guimbarde, progressait par cahots successifs. Dans les derniers kilomètres, les phares se sont éteints, les grillons se sont allumés, comme dans un poème de Lorca. Le clair de lune nous a guidés pendant que nous tenions une conversation animée sur les drames de la région.
Aimoré nous a accueillies avec espoir, comme si nous pouvions apporter une aide magique dans cette région si éloignée. Les Indiens sont sa passion. Il leur consacre sa vie, avec tout son dévouement et toute son honnêteté. Homme du Sud en exil, il est, depuis 1976, un des principaux collaborateurs de Apoena Meirelles, chef de la délégation de la Funai à Rondônia, grand défenseur des indiens de la région et qui nous a invitées à venir travailler ici.
Aimoré a pour juridiction le parc d'Aripuana, des terres qui atteignent maintenant plus de 3 millions d'hectares comprenant les Surui, les Cinta-Larga et les Zoro, des peuples qui parlent des langues du tronc tupi et de la famille mondé. La tâche la plus pressante est de garantir en fait et en droit les terres de ces peuples avec qui le contact vient d'être établi, les Surui et les Cinta-Larga en 1969, les Zoro en 1978.
Le parc a été créé en 1969, mais, au cours de ces dix premières années, divers décrets ont réduit le territoire indigène à moins de la moitié de la superficie initialement prévue. Les terres des Gavião et des Arara, par exemple, devaient être contiguës au parc, mais différentes fermes, comme celle des Châtaigniers (do Castanhal), se sont appropriées les terres des indiens, occupant la bande qui devait les relier aux Surui. Les Cinta-Larga, dont un grand nombre n'avait pas encore été contacté, ont perdu de grandes étendues à l'est, comme celles du Rio Vermelho. Préserver ce qui a été épargné par les invasions, les orpaillages, les élevages de bétail, les nouvelles routes, les colons, les projets de colonisation, les villages et villes nouvelles est une véritable prouesse, qui exige une surveillance continue et des ressources que la Funai ne possède pas.
La région de Serra Morena, celle de l'étude de Carmen, est menacée par des invasions et le marquage de ses frontières est erroné. La Codemat, Compagnie de développement du Mato Grosso, a commencé à ouvrir une route qui va traverser les terres des Cinta-Larga. Il semble impossible de conserver intactes les frontières autrement que par la force. Et les Zoro, si vulnérables,
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